L'idée fixe de Fabien Roussel

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Portraits de campagne
Portraits de campagne ©Delphine Ghosarossian/FTV
Portraits de campagne : le regard forcément subjectif de notre journaliste Serge Massau, sur la campagne électorale. Les candidats à l’élection présidentielle sous le prisme des Outre-mer. Une plongée en coulisses qui éclaire les dessous de la campagne et la personnalité des candidats. Rencontre avec Fabien Roussel, candidat du Parti communiste français (PCF), dans son bureau de la place du Colonel-Fabien, à Paris.
Fabien Roussel - Outre-mer 2022
Fabien Roussel, invité d'Outre-mer 2022 ©Stéphane Grangier / FTV

Pour cette présidentielle, le parti communiste français a remplacé la faucille et le marteau par la fourchette et le couteau (à viande, et pas entre les dents). Fabien Roussel, député du Nord et candidat à la présidence de la République, veut permettre à tous de profiter d’ "une bonne viande, un bon fromage, un bon vin". Les esthètes de la politique s’émeuvent d’une campagne au ras de l’assiette. Fabien Roussel a pourtant trouvé le moyen d’incarner une question qui concerne tout le monde et que chacun se pose au moins deux fois par jour : "Qu’est-ce qu’on va manger ?"

Voici donc la stratégie marketing, maline, du PCF version 2022 : construire un discours fédérateur pour moderniser l’image d’un parti englué dans un passé révolu. Le parti communiste s’est depuis longtemps résigné à louer la plus grande part de son siège historique, place du Colonel-Fabien, à Paris. Il ne lui reste que les cinquième et sixième étages. "Ce n’est plus les années 80", constate une militante. A l’étage de la direction, il y a dans l’air comme une légère odeur de tabac froid. Dans un recoin du bureau du secrétaire national, est accrochée l’affiche de la première campagne électorale de Fabien Roussel, aux élections cantonales de 2004, comme un résumé de sa stratégie actuelle à l’égard de ses concurrents à gauche : "Je vote communiste… et je t’emm…"

"On a abimé un peuple !"

Dans cette campagne, Fabien Roussel défend l’industrie nucléaire, la gastronomie française et se moque du "wokisme", ce concept anglo-saxon fourre-tout pour désigner les luttes des "minorités". Mais Fabien Roussel est-il si "franchouillard" qu’il veut bien le laisser croire dans cette campagne ? Sur Instagram, il nous a présenté Dorothée, sa compagne aux cheveux blonds. On connait moins les autres membres de sa famille recomposée, posés dans un cadre derrière son bureau, ses "enfants qui sont métis", d’une "mère comorienne".

Fabien Roussel souhaite que l’histoire de l’esclavage "fasse partie du récit national" et veut un jour férié pour célébrer tous ceux qui ont lutté pour leur émancipation. Il s’emporte contre la gestion du département de Mayotte, réduite à un seul problème d’immigration massive, et ne décolère pas contre le référendum de 1974, qui a permis la partition de l’archipel des Comores. "On a abimé un peuple ! On a créé la haine entre eux." De son déplacement à La Réunion en fin d’année dernière, il se souvient, en se prenant la tête dans les mains, de ces logements indignes. "Il n’y a pas de sous-citoyen en République française", dit-il, promettant de "mettre le paquet pour rattraper le retard" accumulé.

"J’ai faiiim"

Derrière les punchline propices à provoquer du buzz sur la scène nationale, une fois passé au tamis ultramarin, son discours redevient plutôt consensuel. Roussel enrichit son slogan du "manger bien et à sa faim" avec "la canne à sucre de La Réunion, la mangue des Antilles" et veut développer, comme la plupart des autres candidats, les coopérations régionales et tendre vers l’autonomie alimentaire. En matière de protection du climat, "il ne s’agit pas d’ouvrir une centrale nucléaire", mais d’ "investir fortement" dans les énergies renouvelables.

Fin de l’entretien. Fabien Roussel, satisfait, débriefe l’entretien avec sa directrice de cabinet : "J’ai fait appel à mes souvenirs, aux gens, aux paysages… à ce que j’ai mangé." Midi. Nous quittons son bureau. Derrière la porte, Fabien Roussel, et son idée fixe qui ne le quitte pas : "J’ai faiiim." La cantine du PCF a aussi fermé ses portes. Ceci explique d’ailleurs peut-être cela.