La commission d’enquête sur la lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane va enfin commencer ses travaux

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Gabriel Serville
Gabriel Serville à l'Assemblée nationale ©Kelly Pujar

Le bureau de la commission d’enquête sur la lutte contre l’orpaillage illégal a été installé. Le député de Guyane Gabriel Serville en est le rapporteur. La commission va évaluer les opérations de lutte contre l’orpaillage et faire des propositions pour une meilleure efficacité de cette lutte.

La commission d’enquête sur la lutte contre l’orpaillage illégal aurait dû voir le jour en avril 2020. Sa création a été repoussée en raison de la crise causée par la Covid-19. Les membres de cette commission se sont réunis ce mercredi à l’Assemblée nationale. Le député Gabriel Serville nommé rapporteur espère que cette commission va permettre "d’avoir un regard global" sur la lutte contre l’extraction illégale d’or en Guyane. Depuis 2018, le député estime qu’il y a de la part de la préfecture "un black-out total". Avant cette date, "nous avions en Guyane l’habitude d’avoir des informations sur les opérations de lutte contre l’orpaillage", note-t-il. L'autre député de la Guyane, Lenaick Adam a été nommé président de cette commission. 

Evaluation de la lutte contre l'orpaillage illégal

Cela fait des années que les gouvernements successifs mettent en place des opérations de lutte contre l’orpaillage illégal. Mais le problème demeure et tend même à s’aggraver. "Ces activités mobilisent jusqu’à 15 000 travailleurs clandestins qui opèrent sur près d’un millier de sites répartis sur l’ensemble du territoire guyanais", dénonce le député dans un communiqué. Gabriel Serville se demande : "Est-ce que c’est un problème de moyens financiers, de moyens humains ? Est-ce que le matériel n’est pas adapté ? Est-ce que c’est la stratégie qui ne convient pas à la configuration de la forêt guyanaise ? Nous voulons comprendre pourquoi le système ne fonctionne pas", insiste le député.

La commission d’enquête va donc évaluer l’efficacité des politiques publiques de lutte contre l’orpaillage illégal. Gabriel Serville ne fait pas mystère des commentaires qu’il a souvent entendu. "Il se dit que les garimpeiros connaissent mieux la forêt guyanaise que les militaires qui sont chargés de les combattre. Comment se fait-il que l’on dépense autant d’argent pour ne recueillir que quelques grammes d’or ? Où passe le magot ?"

Impacts sanitaires et environnementaux

Outre l’efficacité de la lutte contre les chasseurs d’or illégaux, la commission devra faire la lumière sur les impacts sanitaires et environnementaux, mais aussi économiques et sociaux de l’orpaillage illégal. La santé des populations qui vivent le long des fleuves est gravement affectée par cette activité clandestine. "L’imprégnation au mercure des fœtus provoque chez les enfants de nombreuses malformations", souligne Gabriel Serville pour qui il s’agit "d’un véritable écocide." "12000 hectares de terrains sont ravagés chaque année", dénonce-t-il.

Au niveau économique, le député estime aussi qu’il faut absolument mettre un terme à ces activités frauduleuses car "sur le plan financier, entre 400 et 500 millions d’euros d’or quittent illégalement la Guyane". La commission d’enquête sur la lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane espère peser sur le projet de loi "climat et résilience", discuté à partir du 29 mars ainsi que sur la réforme du code minier. Gabriel Serville précise : "il faut convaincre afin d'obtenir des dérogations au droit commun dans le domaine de l’orpaillage en Guyane. Par exemple, quand les militaires vont en mission en Guyane, la règle de la garde à vue ne peut pas être respectée parce qu’il n’y a pas d’officiers de police judicaire sur place pour mener un interrogatoire. De même, le délai de la garde à vue doit être élargi avant la présentation devant un juge", souligne-t-il. 

Le député se félicite de la mise en place de cette commission d'enquête qui est un instrument plus efficace qu'une mission d'information car toutes les auditions se font sous serment. Les personnes auditionnées sont donc passibles de poursuites pénales si elles mentent.

Le rapport de la commission d’enquête sur la lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane devrait être remis à la fin du mois d’août 2021.