"La Confiseuse" : quand l’écrivain guadeloupéen Dominique Lancastre s’exerce avec brio à la nouvelle

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L’écrivain guadeloupéen Dominique Lancastre ©DR
Après avoir publié des romans, de la poésie et des contes, l’écrivain guadeloupéen Dominique Lancastre revient en librairie avec un ouvrage intitulé "La Confiseuse. Nouvelles des alizés" (éditions Nèg Mawon), un recueil consacré aux parcours de dix femmes de son île natale, entre réminiscences et imaginaire.

Dix femmes. Dix histoires. Il y a la Confiseuse, à laquelle l’auteur accorde le plus de place, mais aussi la Stoppeuse, la Poissonnière, la Pieuse, la Ramasseuse, la Marcheuse, la Cuisinière, la Dentellière, la Coupeuse d’herbes, et la Scandaleuse. Dix itinéraires disséqués dans l’un des livres les plus achevés de Dominique Lancastre, dont on retrouve avec plaisir les talents de conteur et l’imaginaire fertile. Le livre s’inscrit également dans l'esthétique particulière de la culture créole et des mythologies antillaises.   

C’est la première fois que l’écrivain s’exerce au genre littéraire de la nouvelle. Il s’en explique : "Si on regarde ce que j’ai produit jusqu’à présent, ce sont des œuvres courtes. Je n’ai jamais aimé des romans fleuves, sans doute, baigné dans un système anglo-saxon où la nouvelle a toujours été un style littéraire apprécié des lecteurs et des lectrices. Je m’y trouve plus à l’aise. Il y a aussi les études littéraires anglo-américaines où la nouvelle apparaît assez souvent dans les cursus universitaires. Qui n’a pas entendu parler d’Edgar Allan Poe ou de Thomas Hardy par exemple. La nouvelle n’est pas un style facile de toute façon, donc ce n’est pas par facilité ce choix de présenter des histoires courtes."   

Monde irréel  

"La Confiseuse est une longue promenade dans un monde irréel et même si les personnages sont inspirés de gens réels (dont les grands-mères maternelle et paternelle de l’écrivain, ndlr), ils se comportent dans ces nouvelles d’une toute autre manière", poursuit Dominique Lancastre. "On remarquera que je donne une très grande place au personnage féminin. Ce sont toutes des femmes comme figées dans leurs tâches quotidiennes."  

Dans le livre, les histoires se déroulent sous le regard aiguisé d’Antoine, jeune observateur silencieux et omniprésent tout au long des nouvelles. Le double de l’auteur ? "Antoine nous sert de guide et c’est à travers lui que nous découvrons ces personnages. En général, un recueil de nouvelles traite de plusieurs histoires et ces histoires n’ont pas vraiment de lien. Dans La Confiseuse, le lien est Antoine mais aussi un air de musique qui revient tout au long du recueil. Cette musique c’est Buffalo Soldier de Bob Marley. Je rends hommage au roi du reggae d’une certaine manière mais Buffalo Soldier à un sens et symbolise la résistance et la force de ces soldats noirs qui ont combattu pendant la guerre de sécession aux États Unis."

Ces femmes sont toutes seules et sont des combattantes. Elles affrontent une multitude de problèmes mais on sent dans la façon dont elles se tiennent, elles bougent et elles s’expriment que ce sont des soldats au combat tous les jours

Dominique Lancastre

Mythologie caribéenne

Le recueil de nouvelles aborde de nombreuses problématiques comme l’émigration, la religion, la prostitution, la santé mentale, la marginalité et les croyances locales. "Il y a aussi dans La Confiseuse cette volonté de donner aux femmes des pouvoirs et je touche un peu à la mythologie caribéenne. C’est le rapport aux contes, les personnages qui font rêver mais qui d’une certaine manière nous inquiètent. Concernant le sous-titre, Nouvelles des alizés, je reste toujours dans la créativité et je crois que la littérature antillaise est une littérature très créative", souligne Dominique Lancastre.  

"La Confiseuse est une forme de nouvelle parmi les nouvelles", ajoute-t-il. "D’autres auteurs caribéens ont déjà produit des nouvelles mais en s’inspirant des règles des nouvelles européennes je pense. Nous n’avons pas vraiment besoin de nous inspirer du modèle européen, nous avons une culture très riche qui nous permet de produire des œuvres d’une très grande originalité. Je crois que la nouvelle génération est capable de se lancer dans cette entreprise qui ouvre une autre porte à notre littérature. Nous voyons apparaître des mangas antillais, des BD, des livres pour enfants et ces derniers et les jeunes s'y reconnaissent. Par ailleurs dans un monde où l’on pense que les jeunes ne lisent pas il est important de trouver un format qui plaît et qui ouvre des opportunités à la lecture."   

♦ Dominique Lancastre sera en séance de dédicace mercredi 4 mai de 14h à 16h à la librairie Cultura de Destreland en Guadeloupe  

La Confiseuse. Nouvelles des alizés, par Dominique Lancastre – éditions Nèg Mawon, 120 pages, 15 euros.