La sophrologue Isabelle Gace veut soulager l’endométriose par le yoga thérapeutique

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Isabelle Gace
La sophrologue Isabelle Gace ©Damien Baltimore

La Guadeloupéenne Isabelle Gace est sophrologue, sexologue clinicienne et chargée d’enseignement en addictologie à Paris. Elle réalise actuellement une étude sur l’endométriose aux Antilles-Guyane, et pense que le yoga thérapeutique permet d’apaiser les souffrances causées par cette maladie.

C’est encore une affection peu connue et peu diagnostiquée. Selon l’Association française de lutte contre l’endométriose (EndoFrance), environ 10% des femmes en sont atteintes, dont 70% souffrent de douleurs invalidantes (notamment dans le domaine sexuel) et 40% rencontrent des problèmes d’infertilité. Malheureusement, cette maladie est repérée tardivement, avec un délai de sept ans en moyenne. En outre, "il n’existe pas aujourd’hui de traitements définitifs de l’endométriose, même si l’hormonothérapie et/ou la chirurgie peuvent endiguer l’évolution de cette maladie durant plusieurs années selon les cas", d’après EndoFrance.

Pour la sophrologue et sexologue guadeloupéenne Isabelle Gace, formée à plusieurs thérapies non médicamenteuses comme la programmation neurolinguistique ainsi que la gestion du stress et des conduites addictives, entre autres, le yoga thérapeutique qu’elle pratique également peut constituer une option pour soulager les souffrances intimes, physiques et psychiques, causées par l’endométriose. Elle l’a expliqué à Outre-mer La 1ere.

Quel est le périmètre de votre recherche sur l’endométriose ?
Isabelle Gace :
Trop longtemps tabou, l’endométriose est une maladie spécifiquement féminine, encore trop mal connue des femmes en Outre-mer, mais aussi du corps médical. Chez les femmes atteintes d’endométriose, l’endomètre, c’est-à-dire le tissu de la paroi interne de l’utérus, se développe en dehors de celui-ci. Ce qui cause des douleurs et provoque parfois la formation de nodules et de kystes, des adhérences entre les organes, et réduit la fertilité. Il s’agit d’une maladie inflammatoire chronique qui touche 10 à 15% des femmes en âge de procréer. La plupart des femmes atteintes de cette maladie que je reçois en consultation de sexothérapie voient leur corps comme un ennemi qui les fait souffrir. Certaines souffrent de douleurs menstruelles et ont souvent de la colère accumulée. Pour celles qui sont en couple, elles rencontrent des difficultés à vivre une sexualité épanouissante avec leur partenaire. En 2017, la Haute Autorité de Santé, dans ses recommandations de bonnes pratiques, indiquait que "l’acupuncture, l’ostéopathie et le yoga ont montré une amélioration de la qualité de vie chez les patientes ayant des douleurs liées à l’endométriose." C’est donc le yoga thérapeutique en tant qu’option thérapeutique non médicamenteuse qui m’intéresse tout particulièrement en sexothérapie.

Comment la pratique du yoga thérapeutique soulage-t-elle les douleurs et améliore la qualité de vie sexuelle des femmes souffrant d’endométriose ?
Mon étude s’intéresse aux femmes chez qui on a diagnostiqué une endométriose et vivant dans les Outre-mer. Elle se penche sur leurs expériences et pratiques du yoga thérapeutique qui permettent une diminution des douleurs pelviennes chroniques. Entre lâcher-prise, apprentissage du Pranayama (maîtrise du souffle et de la respiration, ndlr) et de postures au sol, le yoga thérapeutique que je propose en sexothérapie permet aux femmes de se reconnecter à leur féminité, à leur douceur intérieure et à leur bien-être sexuel selon le modèle de la santé sexuelle. C’est une posture de yoga, savasana, lors de ma formation de professeur de Yoga Hatha, qui m’a ouvert les yeux. Et aujourd’hui, j’ai décidé de mettre au service des femmes les bienfaits du yoga thérapeutique et d’en mesurer les effets sur leurs douleurs liées à leur endométriose et l’amélioration de leur qualité de vie sexuelle.

Une séance de yoga thérapeutique s’accompagne de nombreux informations et conseils relevant de la santé sexuelle pour renforcer les cinq piliers de la santé : hygiène des cycles, hygiène alimentaire anti-inflammatoire, développement de sa relation aux autres et à son.sa partenaire apaisé.e, activité physique et enfin travail sur soi versus émotionnel pour rééquilibrer ainsi les énergies

Isabelle Gace


Concrètement, comment se déroule une séance de yoga thérapeutique en sexothérapie ?
En premier lieu, une séance de yoga thérapeutique en sexothérapie n’est proposée dans la prise en charge des douleurs et symptômes liées à l’endométriose qu’après un diagnostic précis établi par un.e médecin, un.e gynécologue, seul.e.s habilité.e.s à le faire. En effet, la séance est centrée sur les besoins spécifiques de la patiente dans une démarche individualisée, selon ses possibilités, ses difficultés, les contre-indications et indications qu’elle présente. Les séances de yoga thérapeutique seront construites après un entretien d’anamnèse sexologique. Il n’existe pas moins d’une cinquantaine d’exercices de base dont l’adaptation s’appuie sur le ressenti de la patiente dans une alliance thérapeutique constante et ne se base jamais sur un catalogue de postures. Les postures asanas (exercices de yoga, ndlr) sont toujours les plus simples possibles. Il ne s’agit pas de faire des postures extrêmes mais d’intégrer un relationnel apaisé à son corps à travers la pratique d’asanas en débutant debout puis au sol.

Mon rôle est d’offrir aux femmes la possibilité de vivre leur corps autrement qu’à travers la douleur à l’aide de séquences d’asanas pratiquées en fonction des symptômes (tête lourde, ballonnements, maux de dos, crampes abdominales, douleurs pelviennes, etc.), de l’apprentissage du Pranayama pour aider l’utérus à se détendre et de méditation Dhyana (pour mieux accueillir et apaiser les émotions envahissantes) en position savasana ainsi que des automassages pour stimuler la circulation sanguine et lymphatique. Une séance de yoga thérapeutique s’accompagne de nombreux informations et conseils relevant de la santé sexuelle pour renforcer les cinq piliers de la santé : hygiène des cycles, hygiène alimentaire anti-inflammatoire, développement de sa relation aux autres et à son.sa partenaire apaisée, activité physique et enfin travail sur soi versus émotionnel pour rééquilibrer ainsi les énergies yin et yang de la femme. En plus d’un tapis de yoga, les séquences se pratiquent avec différents supports permettant d’apporter plus de confort tels que des briques de yoga, des "bolsters" (sortes de traversins pour le yoga, ndlr), des couvertures et des sangles.

Quelle est la durée d’une séance, et d’après votre expérience combien de séances faut-il en moyenne pour parvenir à un résultat probant ?
La clé pour apprendre à soulager les symptômes liés à l’endométriose reste de pratiquer régulièrement mais à petite dose à chaque fois plutôt que de faire une grande séance uniquement "de temps en temps". Je recommande aux femmes que j’accompagne d’éviter d’attendre le moment d’une crise douloureuse pour pratiquer. Aussi, les séances en cabinet durent 45 minutes avec un programme en douze étapes.

Nous avons parlé du yoga thérapeutique. La sophrologie, que vous exercez également, peut-elle aussi soulager les douleurs liées à l’endométriose ?
Oui, tout à fait, la sophrologie peut être proposée en complément de la prise en charge médicale des douleurs pelviennes, notamment à travers les exercices de relaxation de Jacobson. Ils sont basés sur une série pendant laquelle des groupes de muscles spécifiques sont contractés puis relâchés. La sophrologie est également une aide précieuse pour gérer et accueillir différemment les émotions envahissantes, "défocaliser" les sensations de douleur, c’est-à-dire transformer une sensation de douleur en une sensation agréable librement choisie par la patiente, et de manière plus générale, gérer différemment le stress qui amplifie le phénomène et l’appréhension des douleurs endométriosiques.