Lancement de la plateforme nationale anti-discriminations, promise après l'agression du Martiniquais Michel Zeckler

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Elisabeth Moreno a visité vendredi le centre d'appel anti-discriminations. ©Ludovic MARIN / AFP

Elisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l'Egalité, a inauguré vendredi avec la Défenseure des droits Claire Hédon la plateforme antidiscrimination.fr promise en décembre par Emmanuel Macron après l'agression par des policiers du producteur martiniquais Michel Zecler.

La plateforme accompagne gratuitement, depuis vendredi matin, les victimes de discriminations qui lui signalent les cas par téléphone (3928) ou par internet, quelles qu'elles soient : origine, genre, orientation sexuelle ou handicap. 

"Cette plateforme permet d'avoir une oreille et une personne qui puissent vous accompagner grâce ce guichet unique à travers tous les services de l'Etat, toutes les associations qui luttent contre les discriminations", a résumé la ministre Elisabeth Moreno. Pour rétablir la personne discriminée dans ses droits, elle est habilitée à engager une médiation avec les "discriminants, qu'il s'agisse d'un employeur, d'un service public ou privé ou bien même d'une agence immobilière".

Vendredi à la mi-journée, plus de 200 appels avaient déjà été enregistrés par l'équipe de médiateurs et de juristes à l'autre bout du fil ou du tchat. Ces appels concernaient pèle-mêle des questions sur un retour de congé maternité, le suivi de dossiers déjà déposés devant une administration, ou les propos racistes d'un employeur, a constaté une journaliste de l'AFP.

Médiations, recours ou poursuites

"L'idée, c'est d'écouter, de poser des questions, d'accompagner et d'orienter, et de mettre l'accent sur la différence avec les propos haineux ou les violences", a insisté Claire Hédon, la Défenseure des droits, une autorité administrative indépendante. "Chaque discrimination est une humiliation, une violence. Les discriminations nous rappellent que notre République n'est jamais achevée. Et face aux discriminations, nous répondrons par l'action", a tweeté vendredi soir Emmanuel Macron.

Le chef de l'Etat a souligné qu'au-delà des médiations, les juristes de la plateforme pouvaient aussi aider les victimes à aller en justice. "Ils sont là pour vous aider à ce que justice soit faite par tous les moyens possibles : en engageant des médiations, en facilitant des recours ou des poursuites administratives ou judiciaires", a-t-il précisé. Certaines associations, comme la Maison des Potes ou SOS Racisme, plaident pour un élargissement de la lutte contre les discriminations au-delà de l'accompagnement ou de l'écoute des victimes. 

"C'est important de rétablir le discriminé dans ses droits, mais aussi de travailler massivement sur les discriminants et même parfois sur les systèmes institués de discriminations", a indiqué à l'AFP Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Selon M. Sopo, "les médiations doivent être réservées à des situations particulières, et quand il y a matière à plainte, ce que nous réclamons en priorité, ce sont des dispositifs de police ou judiciaires adaptés, avec la formation d'effectifs spécialisés", a-t-il insisté. "C'est une chose de régler les problèmes des personnes qui sont victimes de discrimination, mais nous réclamons aussi des sanctions suffisamment importantes pour qu'elles soient dissuasives", a ajouté Mme Hédon.

Violences policières et contrôles d'identité

La Défenseure des Droits avait rappelé vendredi sur Franceinfo que les cas de violences policières et des contrôles d'identité faisaient partie des missions de la plateforme. Elle avait d'ailleurs proposé de créer des zones sans contrôles d'identité.

Le 4 décembre, Emmanuel Macron avait dit vouloir regarder en face la question des contrôles au faciès. "Aujourd'hui quand on a une couleur de peau qui n'est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé (..) On est identifié comme un facteur de problème et c'est insoutenable", avait-il regretté, déclenchant la colère des syndicats de policiers.

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