Le Martiniquais Mathias Lessort rêve d'exploit à Kazan avec Monaco et de Tokyo en Bleu

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Mathias Lessort lors du mondial 2019 face à la République dominicaine ©John MACDOUGALL / AFP

Auteur d'un match de haut niveau lors de la victoire monégasque sur Kazan (89-87) mardi, le Martiniquais Mathias Lessort s'attend à "un combat" en Russie vendredi pour décrocher l'Eurocoupe, avec en toile de fond son "objectif personnel" de participer aux Jeux Olympiques avec les Bleus.

Avec 17 points, cinq rebonds, six fautes provoquées contre Kazan, Lessort a été un élément moteur de Monaco. "Mais on n'a fait que la moitié du travail, lance-t-il. Gagner le titre sera un soulagement. A Kazan, ça va être un combat. Il faudra encore se battre comme des chiens."

Déraciné à 15 ans, Lessort, 25 ans, sait ce que "se battre pour y arriver" veut dire. Recruté par Chalon-sur-Saône en 2010, le Martiniquais y a découvert une autre vie. "Au début, c'était très compliqué, se remémore-t-il. A part la langue, tout était différent. Et physiquement, j'étais faible, incapable de faire trois pompes."

Même si mon frère Grégory, en ProB à Quimper, m'a toujours soutenu, ma mère est partie après deux semaines. J'ai vite dû apprendre à m'en sortir, avoir la volonté de réussir. Quitter la Martinique était une opportunité. Je devais m'imposer, devenir un joueur dominant.

Mathias Lessort

 

"Je me suis racheté"

Si rien n'a été facile en Bourgogne, son adolescence caribéenne n'a pas été rectiligne non plus. Renvoyé du Pôle Espoirs après sa quatrième, viré de trois collèges, il reconnaît avoir "été très agité et fait des bêtises".

En seconde, j'ai intégré le Pôle Outre-mer. Je recevais des propositions mais je n'étais pas assez mâture pour partir. Beaucoup m'avaient tourné le dos. Un professeur, Charles Henry Palvair, ne m'a jamais lâché, pris sous son aile, et donné ma chance. Je me suis racheté.

Mathias Lessort


A Chalon, le jeune Mathias s'est donc accroché. "Le premier hiver a été rude, la Martinique me manquait. J'ai passé les fêtes de fin d'année dans le froid. Famille, amis, tous étaient sur la plage, en maillot !"

"La Martinique, c'est mon point d'ancrage, assène-t-il. Cet été, c'est chez moi, à Morne-Vert, que j'ai accepté la proposition de Monaco." Le seul club, avec l'Asvel à pouvoir le faire revenir en France, qu'il avait quittée après s'être révélé à Nanterre en 2016-2017.

Cela reste sa "saison référence", avec une Coupe de France et une Coupe d'Europe FIBA remportées. "Mais aujourd'hui, on peut mieux faire", annonce-t-il. Ce sera le cas si Monaco s'impose à Kazan et remporte le championnat, dont il occupe actuellement la tête.

"La NBA ne m'obsède plus"

Avec l'expérience de trois saisons à Belgrade, Malaga et Munich, Lessort affiche ses ambitions. Désormais, élu dans le 5-type de l'Eurocoupe et MVP des quarts, lui, ses 2,06m et 115kg règnent sur les parquets.

 

En fin de contrat en juin, il se focalise sur sa fin de saison. "Je veux gagner des titres avec Monaco, qui monte en puissance et a beaucoup à prouver, répète-t-il. C'est un projet qui correspond à ma mentalité." Celle de progresser -"je suis loin d'avoir atteint mon meilleur niveau"- et d'aller encore plus haut.

Comme lorsqu'il s'est présenté à la Draft NBA en juin 2017. Choisi au 2e tour par les 76ers de Philadephie, il n'a jamais évolué outre-Atlantique. "Ca reste possible mais la NBA ne m'obsède plus, explique-il. Au top-niveau européen, c'est très fort aussi."

Cela tombe bien, Monaco évoluera en Euroligue dès septembre. A son arrivée, Lessort avait annoncé vouloir y qualifier la Roca Team. "Ca, c'est fait, sourit-il. Mais on a encore faim. Des finales, on en vit peu. Kazan est une grande équipe mais personne ne veut s'arrêter là !"

Gagner. Systématiquement. Pour se donner la chance de retrouver les Bleus, avec qui il a été médaillé de bronze aux Mondiaux-2019. "Participer aux Jeux Olympiques est clairement un objectif personnel, conclut-il. Il y a beaucoup de concurrence, de talent à mon poste mais je vais tout donner." Comme toujours.