Législatives : vers une recomposition de la scène politique aux Antilles

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Vue de la baie de Fort-de-France en Martinique ©LIOT JEAN-MARIE / HEMIS.FR / AFP
Les Antilles ont affiché un anti-macronisme profond lors de la présidentielle en votant massivement pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour et Marine Le Pen au second : les législatives devraient déboucher sur une recomposition de la scène politique locale.

"Il y a une recomposition qui est très claire avec de nouveaux partis autonomistes qui ont émergé, et avec aussi un rejet de la majorité qui pousse un certain nombre de ses élus, justement, à ne plus se revendiquer de cette majorité", a indiqué à l'AFP Mikaa Mered, secrétaire général de la chaire Outre-mer à Sciences-po Paris. Alors que l'abstention est habituellement massive lors des élections législatives, "la campagne est en train de générer de l'intérêt", explique-t-il.            

M. Mered relève à ce titre la visite de la nouvelle ministre des Outre-mer Yaël Braun-Pivet en Guadeloupe, quelques jours à peine après sa nomination, "montrant l'intérêt de la centrale du mouvement Renaissance (ex-LREM) à Paris" et un "repositionnement" des élus au niveau local. En Guadeloupe, Olivier Serva, ex-député de la majorité présidentielle, a indiqué fin mai qu'il "refusait le soutien de Renaissance" et ambitionnait de "créer un groupe parlementaire d'Ultramarins pour que l'Outre-mer pèse dans les débats", pour cause de désaccords sur l'obligation vaccinale et ses conséquences.            

La Guadeloupe et la Martinique ont connu fin 2021 un mouvement de contestation contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale des soignants qui s'est élargi à des revendications sociales, causant manifestations et violences urbaines.  

Réforme constitutionnelle

"Ce que tout le monde a en tête, notamment chez les élus LREM, c'est qu'il y aura tous les débats sur la réforme constitutionnelle et les débats qui vont s'ouvrir sur la dimension d'autonomie (...) très vite dans la prochaine mandature et donc de fait ils doivent se positionner par anticipation" et ainsi acquérir de la "légitimité", selon M. Mered.            

Signe de l'atomisation de la politique locale en Guadeloupe, les candidats hors partis sont nombreux et plusieurs postulants des gauches locales qui ne font pas partie de l'accord de la Nupes se présentent sous diverses étiquettes. Le Rassemblement national, porté par le score très élevé (69,6%) de Marine Le Pen au second tour en Guadeloupe, présente également plusieurs candidats.            

En Martinique, la foison d'ambitions rappelle le scénario des élections territoriales de 2021 au cours desquelles 14 formations politiques s'étaient affrontées. Pour Catherine Conconne, sénatrice PS de Martinique, il est difficile d'y lire les conséquences des scores de Jean-Luc Mélenchon puis de Marine Le Pen car "ce sont deux campagnes différentes", analyse-t-elle. 

Un député c'est un des nôtres, qu'on connaît, qui vit en Martinique, qui a exercé des fonctions. Ça change totalement la donne

Catherine Conconne, sénatrice

Renouvellement annoncé

"Les élections législatives supposent une certaine implantation locale et une capacité de mobiliser", abonde Justin Daniel, professeur de sciences politiques à l'Université des Antilles. Jean-Philippe Nilor, député de la quatrième circonscription au sud de la Martinique, est le seul parlementaire en place à se représenter. Il affrontera Alfred Marie-Jeanne, 85 ans, son ancien mentor et député du Sud jusqu'en 2012.            

Ce renouvellement annoncé pourrait être une source de motivation pour conduire certains électeurs aux bureaux de vote pour un scrutin qui intéresse peu le corps électoral martiniquais. En 2017, seulement un quart des électeurs s'étaient rendus aux urnes à l'occasion du premier tour et un tiers au second tour. En Guadeloupe, le taux d'abstention frôlait les 70% au 2e tour des législatives en 2017 et tous les candidats interrogés "craignent" une abstention massive. "Les élections législatives sont celles qui intéressent le moins en Martinique avec les élections européennes", rappelle M. Daniel. "Combattre l'abstention ne peut se faire que dans la proximité", estime pour sa part Mme Conconne, surtout pour "les parlementaires qui apparaissent comme des gens hors sol".            

A la Réunion, autre territoire qui avait vu Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen dépasser les autres candidats, respectivement au premier tour et au second tour, "la situation est différente car on y retrouve pour ces législatives des personnalités très ancrées qui arrivent malgré tout à faire patienter la jeunesse", selon M. Mered. Dans les Outre-mer, le premier tour aura lieu le 4 juin en Polynésie, et les 11 et 12 juin dans les autres territoires. Le second tour une semaine plus tard.