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Léopold Jacquens, le "délinquant solidaire" martiniquais, rejugé pour la sixième fois

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Leopold Jacquens
©France 3 Normandie
Le retraité martiniquais de 75 ans, installé au Havre, ne compte plus les comparutions judiciaires. Le militant associatif comparaissait hier une nouvelle fois devant la justice pour avoir aidé une femme sans-papiers. Portrait.
Cette fois, c'est une peine d'amende de 500 euros avec sursis qui a été requise devant la cour d'appel d'Amiens contre Léopold Jacquens. L'arrêt sera rendu le 4 juillet 2018, mais le retraité martiniquais, ne s'inquiète pas outre-mesure. L'homme, né au Vauclin en martinique et arrivé à l'âge de 12 ans dans l'hexagone, explique avoir désormais l'habitude de ces procédures. C'est son sixième procès. Il a déjà été jugé au Havre, à Rouen, à Caen...

Joint par La1ere.fr, Léopold Jacquens explique :

Je suis régulièrement poursuivi par la justice depuis 2012, parce que j'ai accepté de fournir une attestation d'hébergement à une femme, sans-papiers congolaise, afin qu'elle puisse monter son dossier pour être régularisée.

-Léopold Jacquens 


Saga judiciaire

Les ennuis judiciaires n'ont pas tardé : la Police aux frontières effectue un contrôle à son domicile en 2013. Le Martiniquais est condamné en première instance à 500 euros d'amende pour "fausse attestation". Avec son avocat, il fait appel et il est relaxé par la cour d'appel de Rouen qui estime que, s'il y a bien une infraction, le militant associatif a agi "pour préserver les intérêts physiques d'une personne". 

"Délinquant solidaire"

Mais le parquet se pourvoit en cassation et gagne. Léopold Jacquens, retraité de chez Renault est rejugé en appel. Nouvelle relaxe (voir par ici le reportage de France 3 Normandie) et nouveau pourvoi en cassation du parquet. Cette fois encore, la cour de cassation annule le jugement. Le nouveau procès se déroulait donc le 4 juin 2018 devant la cour d'appel d'Amiens.  "Je pense que c'est pour faire peur aux gens. Pour leur dire 'si vous aidez les immigrés, voilà ce que cela vous coûte'. Il ne doit pas se passer grand-chose en France pour que la justice s'occupe de 'délinquants solidaires' comme nous", explique Léopold Jacquens.

"Faire un exemple" ?

Des poursuites "pour faire un exemple", a tonné son avocat Antoine Mary, réclamant la relaxe. "Si nous n'avions pas rempli cette attestation, nous aurions pu être poursuivis pour non-assistance à personne en danger", a-t-il ajouté, eu égard selon lui à la maladie de cette migrante et aux menaces pesant sur elle dans son pays.

"Personne ne remet en cause les intentions louables de M. Jacquens, mais il n'y a pas de débat sur le fait que l'attestation d'hébergement est fausse", a déclaré de son côté l'avocate générale. 

Soutien des associations

Léopold Jacquens était soutenu devant le tribunal par près de 70 personnes mobilisées pour dénoncer un "délit de solidarité", dont des membres de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), du mouvement Ensemble et de Réseau éducation sans frontières
(RESF).

Oui, c'est une forme d'acharnement faite à mon encontre. Mais si c'était à refaire je le referais. La ressortissante congolaise que j'ai aidée a vu la mort de près. Je ne pouvais pas laisser quelqu'un dans une telle situation de précarité. Le comble, c'est qu'aujourd'hui sa situation est régularisée.

- Léopold Jacquens


©la1ere


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