Coronavirus : l'inquiétude de soignants ultramarins dans l'Hexagone [Témoignages]

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Hopital Bichat
Hôpital Bichat, à Paris ©Anne CHAON / AFP
Infirmières, médecins, aides-soignants, fortement sollicités ces derniers jours dans les hôpitaux. Pour faire répondre à l’afflux de malades le gouvernement a déclenché un plan blanc maximal. Le personnel doit faire face. Témoignages de soignants des Outre-mer dans l'Hexagone
 
Des services de jour fermés, des opérations non-urgentes déprogrammées, le plan blanc maximal doit permettre d’accueillir au sein des structures hospitalières le maximum de malades du coronavirus. Les équipes se voient également renforcées. Dans quelles conditions travaillent-elles aujourd’hui ? Nous avons recueilli les témoignages de quelques personnels soignants ultramarins. Ils ont préféré préserver leur anonymat pour nous raconter leur vécu au sein de l’hôpital.


Marine-Eugénie, infirmière en cardiologie 

Surblouse, charlotte, masque, lunette anti-projection, gants… Une tenue habituelle pour cette Martiniquaise qui travaille dans un service d'un hôpital Parisien spécialisé dans les greffes cardiaques, les patients atteints de pneumonie et de tuberculose.

Les modifications dans son service ne sont pas dans la tenue, mais ailleurs. 
 

Il y a eu des vols de masques et de gels, les cadres ont dû mettre le matériel sous scellé. Mais nous avons les clés donc nous ne sommes  pas pénalisés.


Un cas suspect a tout de même perturbé le service. "On n’avait pas droit au masque FFP2, je suis poltronne alors je doublais le masque. Cela ne servait à rien, mais cela me rassurait."

L’épidémie de coronavirus ne modifie pas trop les habitudes pour l’instant. "Jusqu’à présent nos patients sont négatifs, mais les protocoles peuvent évoluer. Les infirmières hygiénistes nous donne des protocoles tout le temps".
 

Eliane, aide-soignante 

Eliane (le prénom a été modifié afin de préserver son anonymat) est Guadeloupéenne et travaille à l’Hôpital Charles Foix, à Ivry : "Dans mon service de long séjour, où les patients attendent souvent leur fin de vie, nous manquons de personnel à cause des arrêts maladie, mais la situation est gérable. Jusqu'à présent, nous disposions de petites fioles de gel hydro-alcoolique, maintenant, c'est terminé. Elles ont été remplacées par des grosses bouteilles et des gants sur nos chariots. Nous n'avons pas de malades atteints du Covid 19. Si cela arrivait, nous avons un protocole de mesures qui a été affiché dans le service. Par rapport à d'autres services, notre situation est acceptable. Si nous sommes inquiets, c'est parce que nous sommes au début de la pandémie."

 

Monique, administratif actuellement en télétravail

Monique (le prénom a été modifié afin de préserver son anonymat) est Martiniquaise et travaille à hôpital Henri Mondor (AP-HP) à Créteil : "Je travaille en réanimation. En prévision de la pandémie, une nouvelle salle qui était fermée par manque de personnel, vient d'être réouverte. Elle comporte une dizaine de lits. Mais je ne sais pas comment cela va se passer car nous manquons de personnel, on jongle. Quant au matériel, c'est notre cadre qui nous donne au compte-goutte le gel et les masques.
Le gel et les masques c'est un vrai problème. A l'entrée du service, nous en mettons à disposition des familles qui viennent visiter leurs proches. Parfois, ils en prennent plus que nécessaire. Mais comment leur en vouloir."

 

Le changement, je le vois surtout au niveau du SAMU. Ils ont fait revenir des médecins généralistes  qui étaient à la retraite.  Ce qui fait que depuis lundi, nous avons des queues inédites de patients dans les couloirs. Nous sommes obligés de porter un masque. Et  L'hôpital a aussi réquisitionné des étudiants en médecine et des assistantes de régulation médicales pour répondre aux appels. L'hôpital est submergé. 


Elsa, infirmière dans un hôpital psychiatrique

Dans son service où sont pris en charge une vingtaine de patients, les consignes sont plus claires depuis deux jours. Des unités ont été fermées pour concentrer les efforts sur un service en particulier, celui qui reçoit des patients lourds sur une longue durée. Les patients dont elle a la charge, sont essentiellement schizophrènes, il y a aussi des patients âgés.

En cette période de crise sanitaire, certains de ses patients sont désorientés.
 

Pour ceux qui ne comprennent pas ce qui se passe, c’est très angoissant. Ils nous sollicitent énormément. On n’a pas forcément les réponses. On les rassure du mieux qu’on peut. Hier on a eu une patiente avec des violences verbales, sous fond de délires autour du coronavirus. C’était soit un complot, soit la fin du monde, soit une excuse pour les garder enfermés


Les patients ne peuvent plus voir leur famille. Les échanges avec se font par téléphone. "C’est un climat depuis lundi qui est assez stressant… La manifestation d’angoisse diffère d’un patient à l’autre…. Il y a celui qui va se replier sur lui et l’autre qui va être dans des manifestations plus maniaques voir hystériques… il faut pouvoir jongler".

La tâche est également difficile quand il faut faire appliquer les gestes barrières, comme mettre de la distance entre les personnes, ou encore se laver régulièrement les mains. "Il y a beaucoup de patients qui ne peuvent s’exprimer que quand ils sont à deux centimètres de nous. Plus on recule, plus ils avancent. Certains échangent leurs cigarettes... La prévention en psychiatrie est difficile !" Une prévention que le personnel soignant applique à la lettre même si Elsa aurait préféré avoir au moins deux masques durant sa journée de travail.

Malgré tout, elle reste positive face à cette situation inédite : "les patients sont de véritables éponges émotionnelles, le non-verbal ils le reçoivent comme jamais, il faut que l’on soit capable de les rassurer tant par notre posture que verbalement. Si on n’est pas nous-mêmes optimiste, on rajoute de l’angoisse là où il y en a déjà beaucoup ". Un travail de fond qui ne fait que commencer.

Je pense que l’on aura aussi un après covid-19, qu’il va falloir anticiper et gérer.



 
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