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Le surf aux Jeux Olympiques : c’est déjà une réalité ! Le Japon est le premier pays organisateur à l’avoir mis au programme des compétitions de juillet 2020. La France l’envisage pour 2024, et en attendant la validation du CIO, elle a lancé un appel à candidature. Cinq territoires sont en lice… dont Tahiti avec le spot mythique de Teahupoo. Voyage dans l’Hexagone, pour étudier les dossiers des concurrents.

 

La pointe de la Torche : l'authenticité

"Les gens qui viennent jusqu'ici ne viennent pas par hasard, parce qu'on ne passe pas, on vient à la pointe de la Torche. C'est un peu le bout du continent, face à l'océan Atlantique, et je crois que les gens sont particulièrement sensibles à la haute qualité environnementale du lieu". Ronan Chatain est le directeur technique de l'Ecole de surf de Bretagne.

Au bout de la route, juste avant les parkings et les dunes, elle accueillle depuis 1994 ceux qui veulent s'essayer à la glisse. Le Conservatoire du littoral est le propriétaire de cet espace naturel préservé.
 

L'éperon rocheux de La Torche, avec la plage nord et la plage sud © Robin Aussenac


Les jeunes du pôle espoir s'entraînent ici, de part et d'autre de l'éperon rocheux qui plonge dans l'océan. Il sépare les plages nord et sud qui permettent de s'adapter aux conditions de vent et de houle. "Naturellement c'est un endroit qui est bien fait et qui est simple. Il y a le fameux "ascenseur" qui permet au surfeur d'aller au large", (Ndlr : un courant qui longe les rochers) explique le président de la Ligue de surf de Bretagne Stéphane Ibarboure.

Le Finistère c'est 1 200 km de côtes. "Avec ce territoire côtier énorme, on se rend compte que le surf devient une pratique très importante chez les jeunes comme chez les adultes, affirme Stéphane Ibarboure. Sur le plan compétition la Bretagne commence à jouer un super rôle puisqu'elle s'est classée deuxième au niveau national depuis 2018. On a de plus en plus d'école de surf, de clubs : c'est vraiment une pratique en augmentation, tant sur le côté libre que fédéral."

Les récents résultats aux championnats de France (en octobre dans les Landes) prouvent ce dynamisme. Haut lieu du windsurf dans les années 80-90, le spot a les honneurs du Junior pro de surf depuis 2018.
 

© DR


Pour la Bretagne c'est une candidature historique. Marseille ayant remporté l'organisation de la voile, le territoire mise tout sur le surf pour faire partie de la fête olympique. Pour le maire de Penmarc'h et président de la communauté de communes du Pays Bigouden sud, c'est également l'occasion de recevoir le label "terre de jeux" qui permet notamment d'accueillir des délégations dans leur préparation. L'authenticité et le charme breton pourraient séduire.

Et les premiers à convaincre, ce sont les habitants pour Raynald Tanter : "Quand on parle de JO on pense gigantisme. Or ici il est question de recevoir 48 compétiteurs et une famille olympique de 300 personnes, donc ça relativise. On a édité un document d'information qu'on a distribué dans les boîtes aux lettres pour que chacun puisse se rendre compte de la dimension de l'événement. On veut en faire un dossier d'excellence car c'est une pépite environnementale. On veut zéro impact pour transmettre cette pépite aux générations futures."
 
 
Stéphane Ibarboure va dans le même sens : "Monter un site qui serait non-pérenne serait un contrepied à tous les excès qu'on a pu voir sur d'autres grands rendez-vous sportifs. On viendrait et on repartirait, avec une empreinte carbone la plus minime possible.


 

Capbreton-Hossegor-Seignosse : l'expertise

"On tourne la tête à gauche c'est tout plat, c'est tout petit et tout mignon... Et en face de nous il y a des énormes tubes comme à Hawaï. Et quelques surfeurs pro qui ne sont pas en séries sont en train de s'amuser, et me donnent envie de faire comme eux !" En plein Quiksilver et Roxy pro Mathieu Vayron, le responsable technique du Comité des Landes de surf, envie ceux qui profitent des conditions du jour. Depuis l'enfance il vit et surfe ici, entre océan, lac et forêt de pins.

Mathieu Vayron a participé à la rédaction du dossier de candidature, vantant les différents swells rencontrés sur quatre kilomètres de littoral. "Grâce au phénomène naturel de la Fosse de Capbreton, on a autour du port des plages abritées des fortes houles. Donc à la plage sud (Hossegor) et autour des premières plages de Capbreton, on retrouve des spots très calmes où on peut débuter le surf. Dès qu'on s'écarte, les vagues deviennent très puissantes, très creuses. Il y a pas mal d'accidents : elles sont pour les experts car elles cassent très près du bord et sont très puissantes. Si on s'écarte encore il n'y a plus d'influence de la fosse et on arrive sur des plages classiques landaises avec des baïnes, des bancs de sable, avec des vagues qui déroulent plus longtemps, un peu moins creuses et puissantes."
 

© DR


"We surf 2024" : c'est avec ce hashtag que le conseil départemental sensibilise à la candidature aux JO depuis plusieurs mois. Si les Landes accueillent de grandes compétitions de surf depuis 1992, l'expérience se partage à l'international pour Philippe Courtesseyre, le directeur adjoint jeunesse et sport. "Dans le dossier on a mis en avant les partenariats qu'on a noués avec la ville de Punta Hermosa au Pérou et avec l'Université de Tsukuba au Japon. L'idée c'est d'essayer d'échanger sur la place que peut avoir le surf sur les territoires, la manière dont il est appréhendé, pour essayer de changer le cadre de vie ici et la place qu'on fait au surf."

Le Pérou, terre émergente de surf, pays hôte des Jeux Panaméricains d'août 2019, et l'Université de Tsukuba, véritable usine à champions olympiques : les stations balnéaires de la Côte d'Argent s'en inspirent, en attendant la décision du Comité organisateur de Paris 2024.
 


 

Biarritz : le charme

"Il y avait une certaine logique que Biarritz soit candidat, car durant le mandat on avait adopté une politique surf assez dynamique. On a reçu les deux derniers championnats du Monde..." Laurent Ortiz est conseiller municipal chargé du surf depuis 2014. Plus qu'un sport pour la ville du pays Basque, c'est une culture ! Avec dix-huit écoles et sa Maison du surf, l'élégante cité balnéaire voit 20 000 personnes se mesurer aux vagues chaque année.

Outre son charme architectural et paysager, Biarritz s’appuie sur ses acquis. "On a un aéroport international à trois kilomètres du centre ville, une gare, on a une qualité d'accueil assez importante : on l'a vu lors du dernier sommet politique (Ndlr : le G7 en août 2019), avec une gamme d'hôtels assez complète, argumente Laurent Ortiz. On est attractifs, Biarritz est connue en France et à l'international, c'est une station assez cotée."
 

La Grande plage de Biarritz © Ville de Biarritz


Ici la plage se trouve en plein centre-ville, dans le cœur historique. Souvent comparé à une arène naturelle, avec ses rochers emblématiques et ses promenades littorales, tout cela dans un cadre urbain, Biarritz et ses cinq spots offrent une diversité de conditions de vagues et des points d'observation pour le public. "En termes financier et d'éco-responsabilité on est pas trop mal du fait qu'on n'a rien à construire", précise Laurent Ortiz qui pratique la glisse depuis qu'il a 12 ans.

En ce mercredi d'octobre, dans une eau à 20 degrés, un petit groupe d'enfants s'entraîne sous les yeux de son professeur. "Il y a toujours de quoi surfer sur la Grande plage, décrit celui qui est également le directeur du BASCS, le Biarritz association surfs clubs. C'est un beach-break au bord. En fonction de la marée on a une gauche au channing, on a un pic au milieu à mi-marée à la piscine... C'est un spot qui peut-être reçoit un peu moins les houles que ceux qui sont plus exposés : on doit être à 10% de houle inférieure. Mais c'est comme une anse où l'on est beaucoup plus protégé des vents. C'est une vague creuse, puissante, ça demande un bon sens marin."

"C'est incroyable de pouvoir vivre près de cet élément fort au quotidien, s'extasie Jon Razin, le président du Comité départemental. Ici on parle de surf urbain car l'accessibilité est très simple." La Grande plage a vu passer de nombreuses compétitions en 50 ans. Privée de l'étape du tour pro -le Biarritz arena surf master- dans les années 90, la ville voit l'ouverture de la saison de compétition européenne depuis 30 ans. Mondiaux ISA, championnats de France... "Nous sommes connu pour notre savoir-faire en matière d'organisation d'évènements. Le surf c'est notre ADN."


 

Lacanau : aux premières loges

"Le surf c'est nous. C'est l'ADN de la ville et ce qui nous a fait connaître dans le monde entier, dit fièrement le maire, Laurent Peyrondet. 51 ans que le Lacanau surf club a ouvert ses portes, quand le Lacanau pro a soufflé ses 40 bougies en 2019. La plus ancienne compétition de surf en France, étape du circuit de qualification du championnat du monde de surf, attire de nombreux touristes au mois d'août. La commune a banni le plastique après avoir signé la charte des événements sportifs éco-responsable avec le ministère.

La force du dossier de Lacanau ? Outre l’habitude d’organiser des championnats de France, d’Europe et du Monde, et le QS, la commune peut s’appuyer sur l’expérience de Bordeaux. La ville a accueilli nombre de grandes manifestations sportives en plus de représenter un réservoir notable d’hébergements. "On s'est entourés des meilleurs et on a construit ensemble une candidature de territoire, raconte Laurent Peyrondet. C'est la candidature de Lacanau, de Bordeaux métropole mais c'est aussi celle du Médoc, de la Gironde et cette identité surf aujourd'hui est présente sur tout le département."
 

© Masurel


Laurent Rondi est le président du comité départemental et du Lacanau surf club aux 1 100 adhérents. Petit, il a commencé à pratiquer en UNSS, jusqu’à concourir au niveau européen. "Si JO il y a, c'est ce qu'on a l'habitude de faire sur le Lacanau pro en mode XXL." Sur le front de mer, des parkings séparent les habitations de l'océan : ce sont eux qui reçoivent les structures de compétition. Les spectateurs sont aux premières loges, dans les tribunes ou sur la plage de repli créée grâce à un enrochement. Hébergements, commerces, restaurants : tout se trouve dans un rayon de trois kilomètres. 

"L'avantage c'est que le spot bouge en fonction des conditions, précise Laurent Rondi. Et que quoi qu'il arrive, on a quelque chose à surfer. C'est un beach-break de sable, avec une vague beaucoup moins régulière que ce qu'on peut retrouver sur du corail ou du rocher puisque le sable bouge et que ça redistribue les cartes. Quand on a des vagues de qualité médiocre, on sait que ça ne va pas durer car dès qu'une grosse houle va arriver, les bancs de sable vont bouger, les baïnes vont se déplacer, et les vagues se modifier. Ici depuis 40 ans (que le Lacanau pro existe) on a systématiquement eu une vague dans le secteur car les enrochements impactent sur ce qui se passe en amont et en aval de la plage."
 

 

Du côté de la fédération

Le surf aux JO, les pratiquants et les pros en rêvaient : Tokyo l’a fait ! Paris et Los Angeles espèrent garder la discipline au programme : on saura en décembre 2020 si le CIO valide ce choix français.

A la fédération, son président Jean-Luc Arassus, avoue des ajustements dans l'urgence : "Ça a bouleversé notre stratégie qui consistait en une préparation plus ciblée sur les jeunes pour leur permettre d'accéder au plus haut niveau. Il a fallu qu'on revoit notre copie assez rapidement pour améliorer nos relations et notre suivi sur les qualifiables aux Jeux olympiques. On a mis en place un programme de préparation olympique avec la nouvelle Agence nationale du sport, on est dans les clous." 

"Je n'ai pas de préférence dans la mesure où je suis le président de la Fédération française de surf ! Si c'est La Torche ça sera très bien, tout comme Hossegor, Lacanau ou Biarritz bien sûr. Tahiti, pour la fédération c'est un sujet quand même car il y a une fédération tahitienne. Ça nous implique dans une démarche de coopération très importante car on a des surfeurs tahitiens qui viennent en équipe de France. Cette collaboration est passionnante, elle débouche sur une équipe de France encore plus forte, avec un territoire français dont on a la grande chance et le privilège, peut-être, de pouvoir l'utiliser."
 

La Fédération française de surf à Hossegor © Julie Straboni


Les fédération nationales et internationales, ainsi que le comité organisateur se penchent actuellement sur les dossiers très complets déposés par les cinq spots. Réponse au premier semestre 2020.