Coronavirus-Norvège : Lucie Goraguer, une étudiante saint-pierraise, confinée dans un paradis blanc

Etudiante à Tromso, ville de Norvège située au-dessus du cercle polaire, Lucie Goraguer, originaire de Saint-Pierre et Miquelon, est, elle aussi, confrontée à la crise sanitaire du Covid-19. En Norvège, le confinement est plus souple qu'en France avec une population disciplinée. 
Après avoir vécu six ans en Polynésie, puis cinq ans à Saint-Pierre et Miquelon, où vivent ses parents, Lucie Goraguer s'est installée depuis bientôt trois ans dans la ville de Tromso en Norvège. Dans cette ville, l'étudiante saint-pierraise, qui prépare un Master de recherche en biologie marine et écosystème arctique n'est pas épargnée par la crise sanitaire du coronavirus. Mais dans ce paradis blanc, au-dessus du cercle polaire, le confinement se vit aussi au grand air et s'appuit sur une population respectueuse des restrictions. 
 

5 millions d'habitants, 200 décès

La ville de Tromsoe, en Norvège

Jusqu'ici, la Norvège et ses 5 millions d'habitants déplorent 200 décès liés au Covid-19. A l'échelle de la France, c'est environ moitié moins de morts.
 

A l'annonce de la pandémie, dix jours avant le début du confinement en France, l'Etat norvégien a pris des mesures drastiques. Tous les commerces, cafés, entreprises ont fermé du jour au lendemain et tout le monde s'est confiné. Il n'y avait plus personne dans les rues.
Lucie Goraguer, étudiante saint-pierraise en Norvège

  
Pour empêcher la propagation du Covid-19, la Norvège a également interdit dès le 15 mars aux nombreux propriétaires de se rendre dans leur résidence secondaire, sous peine d'une amende de 1200 euros et de dix jours de prison. Cette mesure a duré un peu plus d'un mois. "Aujourd'hui, tout le monde sort sans restriction, mais dans le respect des gestes barrières."

Comme en France, les universités, les collèges et les écoles ont fermé depuis la mi-mars. "Désormais, les crêches et les maternelles sont ouvertes", précise l'étudiante en biologie marine. Les enfants de six à dix ans retrouvent également les bancs de l'école dans des classes réduites à 15 élèves. Le pays continue de lever progressivement les restrictions annoncées le 12 mars. 

Pour la réouverture des universités du pays, il faudra encore attendre. "Le délai pour remettre mon mémoire a été repoussé du 15 mai au 1er juin, j'en profite pour le peaufiner et préparer mon avenir", explique Lucie n'a pas l'intention de revenir en France. Elle veut enchaîner avec un Doctorat au Svalbard, situé dans l'océan arctique, à mi-chemin entre la Norvège et le pôle Nord. "Je dois attendre qu'un poste s'ouvre. Rien n'est fait", indique-t-elle. 
 

Cette crise sanitaire est un avertissement

"Il faut revenir à l'essentiel", affirme Lucie Goraguer qui voit dans cette crise une forme d'avertissement de la nature sur nos comportements excessifs. "Beaucoup de gens ne se rendent pas compte de l'état dans lequel se trouve notre planète. Ils continuent de consommer, d'acheter à tout-va. Il est urgent de porter un autre regard sur la nature", dit-elle un brin désabusée. 

Chaque jour, Lucie se déplace à vélo et utilise les transports en commun. Elle loue une chambre d'étudiante et se nourrit, sans complexe, selon une pratique de plus en plus répandue : le "dumpster diving". "Je récupère dans les poubelles des supermarchés des produits alimentaires dont la date de péremption a expiré, mais qui sont parfaitement consommables." 

Pour arrondir ses fins de mois, Lucie avait jusqu'ici un job de guide touristique. "J'accompagnais des groupes pour aller dans les fjords ou observer les aurores boréales, mais avec le coronavirus les 80 agences touristiques de Tromso ont été contraintes de fermer leurs portes", regrette-t-elle.

L'étudiante en biologie marine aurait aimé pouvoir compter sur une bourse de la collectivité territoriale de Saint-Pierre et Miquelon, mais "ils ont refusé, car la Norvège ne fait partie de l'Union européenne" affirme avec une pointe d'amertume Lucie Goraguer qui ajoute, "c'est d'autant plus décevant que mes études sont en lien avec Saint-Pierre et Miquelon." 
 

Quand la mer rime avec Goraguer 

La famille Goraguer entretient un rapport étroit avec la mer. Lucie a grandi en Polynésie, puis à Saint-Pierre et Miquelon, et son père travaille à l'IFREMER, l'nstitut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer.

Cette passion pour la mer a aussi gagné son frère, Mathieu. Il  rénove depuis plus de deux ans en Bretagne "le Basile", un navire dessiné par l'architecte naval de renom Michel Joubert, pour huit aventuriers désireux de se rendre en Géorgie du Sud (une île proche du pôle Sud). Lorsque le navire sera prêt à prendre la mer, le frère de Lucie a bien l'intention de prendre le large, cap sur ... le Groenland. 

Cette période de confinement n'a pas empêché Lucie de chausser ses skis ce mardi et de partir gravir à peau de phoque le mont Fjellet Gabriel, situé à 1200 mètres d'altitude, avant de redescendre "tout schuss". Sauf que, de retour chez elle, elle apprend qu'un étudiant de la résidence, où elle habite, a contracté le Covid-19. "Aucun étudiant n'a été informé, c'est un peu un scandale", dit-elle.  

Les études et le sport rythment les semaines de Lucie qui porte aussi un regard inquiet sur la situation de son pays, la France, où elle n'envisage pas de revenir pour les vacances d'été. "Ca fait un peu peur", conclue-t-elle sobrement.