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Maltraitance animale à La Réunion: entre mythe et réalité

Les Réunionnais sont régulièrement accusés de faire subir les pires sévices aux chiens et chats, comment l'ont rappelé les propos injurieux de Brigitte Bardot mardi à leur encontre. Ces accusations indignent à chaque fois la population locale. Mais quelle est la réalité? 
    

© Réunion 1ère (capture écran)
© Réunion 1ère (capture écran)
  • La1ère avec l'AFP
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Dans une lettre au préfet pour dénoncer la maltraitance animale, Brigitte Bardot a notamment écrit que les Réunionnais ont des "gènes de sauvages" et des "réminiscences de cannibalisme". Plusieurs plaintes ont été déposées contre elle. Sur les réseaux sociaux, de nombreux Réunionnais ont posté des photos de leurs animaux de compagnie, pour dénoncer les propos de Brigitte Bardot. 
    
L'utilisation de chiens vivants pour appâter les requins est l'accusation récurrente adressée aux Réunionnais, émanant généralement de métropole. Si la pratique, évidemment interdite, a pu exister par le passé, elle n'a été révélée qu'à deux reprises, en 1998 et quelques années plus tard, de mémoire de journalistes, archives à l'appui.
 

Des cas jugés et condamnés

 "Des jugements sont rendus régulièrement par les tribunaux qui condamnent notamment à de la prison ferme pour des cas de maltraitance animale", ont répliqué jeudi neuf parlementaires réunionnais dans une lettre ouverte à Brigitte Bardot.
    
"A cause des risques de ciguatera (une maladie transmise par la chair de poisson - ndlr), la commercialisation de la chair de requin est interdite depuis plusieurs années. C'est très dur de pêcher un squale. Pourquoi on irait se défoncer la carcasse à le faire sans pouvoir ensuite le vendre", renchérit Jean-Marc, pêcheur professionnel de 41 ans, exerçant à Saint-Leu (ouest de l'île).
    
Les parlementaires dénoncent également le lien que fait l'ancienne actrice entre la prolifération des requins au large de l'île et les fêtes tamouls, au cours desquelles des abats de chèvres et boucs décapités seraient jetés à la mer. "Aucune étude scientifique n'a démontré le lien que vous établissez avec des pratiques exercées dans le cadre du respect des cultes", affirment-ils. "De plus, le cannibalisme que vous évoquez n'existe pas et n'a jamais existé chez nous", insistent-ils.
    
"Il y a beaucoup d'animaux à La Réunion et il y a beaucoup de gens qui les aiment", confirme Hélène Rondeau, vétérinaire et présidente du Gevec (Groupe d'étude vétérinaire sur l'errance des carnivores). "Il suffit de regarder les cabinets vétérinaires, ils sont pleins".
 

Coup de sabre 

 "On ne peut pas nier qu'il y ait des actes de maltraitance et de cruauté très graves envers les animaux dans l'île. Mais cette maltraitance n'est pas spécifique à La Réunion", explique Lysiane Uny, présidente de l'association REVEZ (Réunion Viv Ensamb ek Zanimo).
    
Des animaux battus, frappés d'un coup de sabre, en cage ou attachés à un arbre, mal nourris et déshydratés... "Bien sûr que ces cruautés existent", admet Hélène Rondeau. Selon elle, "une grande partie de la maltraitance se fait aussi par ignorance: les propriétaires ne savent pas par exemple qu'un chien ne doit pas rester attaché dans une cour". Cette maltraitance "découle aussi de l'errance animale", estime Lysiane Uny.

Fin 2018, selon la préfecture, il y avait 222.800 chiens à La Réunion. Parmi eux, 30.900 divagants (chiens dont le propriétaire est connu qui errent sur la voie publique) et 42.100 errants, sans propriétaire. Ces meutes de chiens, qui parfois attaquent population et cheptels, "peuvent effrayer" et entraîner des sévices, note Lysiane Uny. 
    
"Des campagnes de stérilisation sont régulièrement conduites, notamment par les intercommunalités, par les associations ainsi que des vétérinaires", rappellent les neuf parlementaires dans leur courrier. Et ils soulignent les "efforts considérables pour améliorer les conditions d'accueil (...) au niveau des fourrières et de la SPA". Mais par manque de solutions pour les gardes et les adoptions, l'euthanasie est fréquente. "Nous sommes le premier département en France en terme d'euthanasie",
déplore Lysiane Uny.
 

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