Maxime Chazal ou l’histoire d’un tennisman calédonien confiné en… Guadeloupe !

diaspora la guadeloupe
Maxime Chazal
Maxime Chazal by himself ©Maxime Chazal
Maxime Chazal avait prévu de passer dix ou quinze jours en Guadeloupe. Étape idéale pour préparer les tournois du printemps aux États-Unis. Le Covid-19 a tout chamboulé. Voilà le joueur de tennis professionnel calédonien confiné sur l’île papillon depuis plus d’un mois.
Voir jouer Maxime Chazal est un régal. La Calédonien dispose d’un revers à une main délicieux et efficace. Comme Federer. Et toujours à l’instar du célèbre Suisse, Maxime cultive une élégance discrète. Joueur professionnel freiné par de nombreuses blessures, le Calédonien commençait à voir le bout du tunnel au début du mois de mars. #AllezLaChaz - son hashtag préféré sur les réseaux sociaux - allait de nouveau rugir sur la toile : "Ma cheville droite me laissait enfin tranquille. Je pointais à la 390e place au classement ATP. Avec un peu de réussite, j’aurais pu espérer une invitation pour les qualifs de Roland-Garros. Pour grimper au classement mondial, je comptais enchaîner une série de tournois aux États-Unis en avril. Comme j’ai des amis en Guadeloupe, m’arrêter ici une dizaine de jours me semblait donc une bonne idée. Je le croyais tout du moins."

La pandémie de coronavirus en a décidé autrement. Tournois de tennis annulés jusqu’à la mi-juillet au moins. Stades fermés. Confinement généralisé. Maxime Chazal décide alors de rester aux Abymes. Sauf que le joueur ne peut plus jouer.
 

Les dix premiers jours furent très compliqués. J’aime faire les choses à l’extérieur. D’un seul coup, je me suis retrouvé enfermé. Alors c’est vrai, je m’entretiens physiquement au quotidien. Tous les deux jours, je sors courir autour de l’appartement 30 à 45 minutes. Mais le 11 mai prochain, ça fera pratiquement deux mois sans toucher la raquette. Deux mois ! Ça ne m’est jamais arrivé en 25 ans de pratique. Aujourd’hui, je suis partagé entre le manque et l’appréhension. La manque car le tennis est ma passion. Et l’appréhension car j’ai peur d’avoir perdu au niveau de mes déplacements sur le court, de ma vision du jeu…

 
Maxime Chazal
Maxime Chazal en 2019 avec Nicolas N'Godrela, fils de Wanaro ©Sugar-photographie.com / Facebook Maxime Chazal


Zéro tournoi à disputer = zéro salaire

Quand viendra l’heure du déconfinement, Maxime Chazal estime qu’il lui faudra bien quatre semaines d’entraînement pour retrouver son niveau. Minimum. Voilà pour la réalité physique. Somme toute anecdotique. Reste la réalité économique. Plus dramatique. Avec un circuit mondial à l’arrêt, la planète tennis ne génère plus le moindre revenu. Pour un Novak Djokovic ou un Gaël Monfils, c’est tenable. Pour le Calédonien, c’est beaucoup plus compliqué.
 

Pour nous, les troisièmes couteaux, ce qui arrive est pire qu’une blessure. On ne gagne de l’argent qu’en jouant des tournois. Actuellement, nous n’avons aucune visibilité quant à la reprise. D’ici là, c’est zéro revenu. Pour beaucoup de joueurs, la situation sera vite intenable. J’espère que la Fédération va nous aider.


La Fédération Française de Tennis et pourquoi pas, la bande des trois ? Le Big 3 (comprenez Djokovic, Nadal et Federer) propose en effet un plan pour venir en aide aux joueurs classés entre la 250e et la 700e place mondiale. Le principe ? Que les joueurs du Top 100 contribuent à une caisse de solidarité de manière dégressive (30 000 dollars pour le premier et 5 000 pour le centième). Ajoutez à cela une participation des quatre tournois du Grand Chelem. Secouez bien et au final, Maxime Chazal et tous les autres pros classés entre la 250e et la 700e place pourraient recevoir la somme de 10 000 dollars chacun. De quoi espérer tenir jusqu’au retour des compétitions. Si le plan est bien évidemment accepté par ceux qui sont censés alimenter ce Fonds de soutien inédit…
 
Vidéo de Maxime Chazal, joueur de tennis calédonien confiné en Guadeloupe ©Maxime Chazal


Mes 27 bougies et moi

En cette période si particulière, Maxime le voyageur fou ne rêve que d’une chose : retourner chez lui en Calédonie. Se ressourcer. Retrouver son père, sa sœur, son oncle, ses cousins, ses amis… Surtout que là-bas, le déconfinement commence déjà à se mettre en place. Il y a juste un petit hic pour l’enfant du pays : "J’adorerais rentrer," confirme-t-il. "Les liaisons aériennes existent toujours. Le problème n’est pas là. Si j’arrive en Nouvelle-Calédonie aujourd’hui, ils vont m’imposer 14 jours de quarantaine… à l’hôtel. Pas chez moi mais à l’hôtel ! Ça refroidit quelque peu."

Si Maxime Chazal doit quitter la Guadeloupe, ce sera donc plutôt pour l’Hexagone. Aix-en-Provence, son camp de base. Mais pas avant quelques jours. Le temps d’organiser son retour. D’ici là, le Calédonien aura fêté ses 27 ans tout seul ou presque : "Je m’apprête à célébrer mon anniversaire… confiné !" s’amuse-t-il. "Ça risque d’être un peu spécial. J’organiserai peut-être une visio avec quelques potes pour un semblant de contact humain. Tenez : je vais faire un gâteau maison ! Même si je ne garantis pas le résultat. Et vous voulez un scoop ? Je crois que je vais faire comme Roland-Garros. Je vais devoir reporter la fête."
Les Outre-mer en continu
Accéder au live