Mayotte : les candidats courtisent les naturalisés et les bi-nationaux

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municipales 2014 deuxième tour, Mayotte
©Ben Ali
À quatre jours du premier tour des élections municipales, nombreux sont les candidats à faire la cour aux naturalisés, à Mayotte. Il faut dire que ces derniers font le poids dans la balance électorale, car la population de nationalité étrangère représente 48 % de la population. 
Bacar Ali Boto, candidat sans étiquette aux municipales à Mamoudzou, fait du porte-à-porte dans les cases en tôle habitées essentiellement par les étrangers clandestins. Comme lui, beaucoup d'aspirants-maires de Mayotte font du charme aux naturalisés récents. "Ailleurs, la population autochtone reste majoritaire. Mais à Mayotte, c'est le contraire (48 % de la population est de nationalité étrangère selon le recensement Insee en 2017, ndlr)", rappelle Bacar Ali Boto, à quelques jours du premier tour. 
 

Les enfants de ces étrangers sont devenus Français. À long terme, les étrangers et les Français d'origine étrangère seront majoritaires. Si on les considère comme une menace, si on les maltraite, s'il y a deux sociétés qui se développent en parallèle, il y aura un esprit de vengeance, ce sera la guerre.
- Bacar Ali Boto, candidat sans étiquette aux municipales à Mamoudzou. 


À Mayotte, 95 % des étrangers sont de nationalité comorienne et la plupart sont en situation irrégulière, ce qui provoque parfois de vives tensions au sein de la population. D'autant que depuis 1975, les Comores contestent l'appartenance de Mayotte à la France, nourrissant un ressentiment des Mahorais envers les Comoriens.

Mais désormais, la majorité des listes en course aux municipales plaident pour le vivre-ensemble. Car si pendant longtemps, Mayotte a été habituée à un discours offensif envers les clandestins, aujourd'hui, leurs enfants sont en mesure de peser sur le scrutin, notamment dans les communes de Mamoudzou (71 500 habitants) et Koungou (32 000 habitants), les plus peuplées de l'archipel.

Chihaboudine Ben Youssouf, candidat sans étiquette à Mamoudzou, a été l'un des rares élus à s'adresser dès les années 80 à cette population étrangère. "En 1979, deux ans après la création des communes de Mayotte, l'Etat a décidé de baisser le montant de la DGF (dotation globale de fonctionnement) de 40%. Mais elle restait calculée en fonction du nombre d'habitants. Ils étaient comptabilisés, on ne pouvait pas les oublier" dans les politiques de la ville, se remémore Chihaboudine Ben Youssouf, même si "à l'époque, Mayotte venait de se séparer des autres îles de l'archipel et que le ressentiment anti-comorien était très fort". 
 

Pas de "Comorien de service"

Il raconte avoir aidé tous ceux dont les droits étaient bafoués et qui, une fois devenus Français, ont voté pour lui. Mais pour remporter les municipales, qui à Mayotte se jouent à moins d'une centaine de voix parfois, il faut prendre toutes les garanties possibles. Désormais, ces nouveaux Français ou les bi-nationaux s'engagent aussi dans les listes. 

Chez LR figurent ainsi des Franco-Comoriens ou des Franco-Malgaches. Une position assumée par Zaïdou Tavanday, ancien conseiller général, et candidat sur la liste "Réussir ensemble" à Mamoudzou. "Notre liste doit ressembler le plus possible à la société dans laquelle nous vivons. L'objectif n'est pas de mettre un Comorien de service, mais bien quelqu'un d'impliqué dans la vie de la cité à l'image de Charif Abdallah, vice-président de la chambre d'agriculture et de la pêche et qui vit à Mayotte depuis 30 ans", défend-t-il. 

Une liste à Mamoudzou cristallise néanmoins les craintes d'un accroissement des divisions de la société mahoraise. Il s'agit de la liste Ensemble pour Mamoudzou, menée par la candidate Nadjati Saïndou Combo (divers-centre). Ses adversaires la qualifient de "liste communautaire" ou de "bi-nationale", parce qu'elle compte un grand nombre de Franco-Comoriens ou Franco-Malgaches. 

Pour son directeur de campagne, Abdallah Ahmed, "il y a des listes qui comportent plus de personnes nées à l'étranger que la nôtre. Et tous nos colistiers sont Français", insiste-t-il. De plus en plus, l'idée fait son chemin : un jour, Mayotte aura des maires dont les deux parents seront des étrangers.
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