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Musée du quai Branly à Paris : on a retrouvé un fragment de Maro ura de Polynésie !

Un fragment de Maro ura, la ceinture de plumes rouges que seuls les grands chefs polynésiens pouvaient porter a été identifié au musée du quai Branly à Paris. Sur le drapeau de la Polynésie, les deux bandes rouges symbolisent le Maro ura, c’est dire l’importance de cet objet.
 

Musée du quai Branly à Paris © Manuel Cohen
© Manuel Cohen Musée du quai Branly à Paris
  • Par Cécile Baquey
  • Publié le
Au musée du quai Branly à Paris Il y a trois ans, Guillaume Alévêque était chercheur en Post-doctorat. Spécialiste de La Polynésie, il s’est naturellement intéressé à la collection polynésienne du musée. C’est alors qu’il a fait une découverte.  

J’ai vu cet objet-là qui me paraissait étrange et qui ne correspondait pas à des choses habituelles dans les collections polynésiennes »

-Guillaume Alévêque-Chercheur associé à l'IIAC (Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain)

 

Fragment de Maro ura au musée du quai Branly à Paris © DR
© DR Fragment de Maro ura au musée du quai Branly à Paris


Cet objet était jusqu'alors identifié comme étant une enveloppe de To'o. Selon l'éthnologue Alain Babadzan, "c'est par les To'o que les Tahitiens figuraient le dieu Oro. Le To'o était indispensable à la célébration du rituel d'investiture des chefs suprêmes"

Une ceinture de chef 

Très vite le chercheur fait le lien avec le Maro ura, une ceinture de chef mesurant plusieurs mètres de long ornée de plumes et composée de tapa, de l'écorce de banian. Un objet très impressionnant.

Le maro ura était l’objet le plus important, sans doute le plus précieux et le plus rare pour les très grands Arii, les grands chefs des îles du vent et sous le vent car ils permettaient de faire des cérémonies en lien avec le culte de Oro qui était le Dieu le plus important ».

-Guillaume Alévêque, Chercheur associé à l'IIAC
 

Récits de voyage

Guillaume Alévêque se plonge alors dans les récits de voyages des explorateurs européens. Le fameux capitaine Bligh connu pour avoir subi la mutinerie du Bounty a dessiné un Maro ura. Dans ses écrits, James Cook, l’explorateur britannique raconte avoir assisté à une cérémonie dans laquelle le roi de Tahiti Pomaré Ier était vêtu d’un Maro ura.
James Cook © DR
© DR James Cook


Un long fanion rouge

Dans cette ceinture se trouvait, selon des témoignages sur place, un long fanion rouge apporté par Samuel Wallis. L’explorateur qui a donné son nom à une île française du Pacifique est le premier britannique à se rendre à Tahiti en 1767.
Gravure représentant des habitants de Tahiti attaquant le capitaine Samuel Wallis lors de sa découverte de l'île en 1767 © Musée du quai Branly
© Musée du quai Branly Gravure représentant des habitants de Tahiti attaquant le capitaine Samuel Wallis lors de sa découverte de l'île en 1767


Analyses au musée du quai branly

En observant de près le fragment conservé au musée du quai Branly, Guillaume Alévêque repère des morceaux de tissus rouge. Avec Christophe Moulherat, chargé d’analyses au musée, il se lance dans des recherches plus fines.

Les travaux de Guillaume Alévêque nous ont permis d’identifier un bout de fanion que l’on trouvait en haut des mâts des bateaux anglais. L’analyse du tissus a permis de montrer qu’il s’agissait d’un tissus en laine teint à la garance"

-Christophe Moulherat-chargé d'analyses au musée du quai Branly


Or il n’y avait en Polynésie à cette époque, ni teinture à la garance ni laine. Grâce à cette analyse, Guillaume Alévêque a pu montrer que ce fragment de Maro ura était très probablement celui porté par Pomaré Ier lors de la cérémonie à laquelle Cook avait assisté. 
Pomaré Ier © DR
© DR Pomaré Ier


"Dans la mémoire des gens"

L’ajout de ce drapeau anglais dans un emblème de la Polynésie française apparaît étonnant, mais pour une spécialiste de l’Océanie telle que Stéphanie Leclerc-Caffarel, rien de plus logique.

C’est un objet qui a évolué au cours de son histoire. Mais ça c’est tout à fait typique des objets très importants que l'on trouve dans le Pacifique. Ces objets sont conservés, réutilisés, transmis et continuent quand ils ont disparus matériellement des sociétés à vivre dans la mémoire de gens »

-Stéphanie Leclerc-Caffarel-Responsable Océanie au musée du quai Branly


Et pourtant aucun dessin, aucune gravure, ne représente un chef polynésien portant le Maro ura. Avec ce fragment identifié à l’autre bout du monde, la mémoire est ravivée. 


Pour en savoir plus, regardez le reportage de France Ô/La1ère :
Le Maro ura au Musée du quai Branly

 
L’histoire du Maro ura

Alexandre Juster est historien. Il est l’auteur de "L’histoire de la Polynésie française en 101 dates". La1ère lui a demandé des précisions sur l’origine du Maro ura. Voici sa réponse.

Deux grandes parties
Dans l’histoire polynésienne, le monde polynésien fut, à un moment donné divisé en deux grandes parties : le Ao tea et le Ao uri (au=monde, tea=clair et uri=foncé).

Maro ura/Maro tea
Lors de l’avènement du dieu Oro à Raiatea, la période du Maro ura se met en place. Cette ceinture pénienne représente la chefferie et son système d’alliance. Ainsi les chefs de Raiatea recevaient sur le marae d’Opoa le Maro ura, tandis que ceux de Bora Bora recevaient sur le marae Vaiotaha, le Maro tea.

Défaits par Pomaré
Le système maro tea/maro ura remplace la division ao tea/ao uri. A Tahiti, les Teva à Papara portent le Maro ura. Après leur rencontre avec Samuel Wallis, ils ornent leur Maro ura du pavillon naval du navigateur, voulant que la puissance extraordinaire de l’Européen, se diffuse dans leur chefferie. Tout cela en vue de l’intronisation de Teriirere, le fils d’Amo et de Purea. Mais ils vont être défaits par Pomaré et ses alliés.

Ajouts successifs
Suite à cette défaite, Pohuetea (de Punaauia) s’empare du Maro ura des Teva. On est en décembre 1768. Plus tard, lors de l’investiture de Tu (Pomaré I), on rajoute au Maro ura le drapeau de Cook. Puis en prévision de l’avènement de Pomare II, au marae de Tarahoi, on y rajoute les plumes rouges offertes par le lieutenant Watts.
 

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