Natation artistique : palmarès d'exception pour les clubs ultramarins lors des championnats de France

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Les sirènes de l'Ouest de La Réunion aux championnats de France de natation artistique
Les sirènes de l'Ouest de La Réunion ©Photosynchro-Doublet : Jean-Michel Mazerolle
Cinq clubs d'Outre-mer ont participé aux Championnats de France de natation artistique à Angers. Décalage horaire, manque d'entraînement à cause des confinements... Malgré de nombreuses contraintes, les athlètes ont réalisé de très belles performances.

Les Championnats de France de natation artistique -anciennement natation synchronisée- se sont déroulés à Angers du 29 juin au 4 juillet 2021. Près de 750 nageuses et nageurs venus de France hexagonale et d’Outre-mer se sont affrontés à la piscine Jean-Bouin. Organisés "à la dernière minute" en raison de la crise covid, ces Championnats qui ont rassemblé jeunes, espoirs, juniors et séniors ont permis aux athlètes des cinq clubs ultramarins d’accomplir de véritables exploits et pas seulement en raison des manques d’entrainements dus aux différents confinements.

 

Des nageuses trois fois moins entrainées qu'à l'accoutumée

Tehanne Jalat, jeune nageuse martiniquaise de 16 ans du Longvilliers Club du Lamentin, a décroché la médaille de bronze en solo libre junior.

C’est indescriptible ! Les nageuses ici en Hexagone sont normalement bien plus fortes que nous. Ça me donne envie de me surpasser plus qu’avant. On voit en venant ici que c’est possible de faire une performance !

Tehanne Jalat, nageuse martiniquaise qui s'entraîne au Lamentin.


Une performance d’autant plus remarquable que cette jeune athlète, comme ses huit autres camarades, n’a pas pu s’entrainer toute l’année en raison des mesures sanitaires et du confinement. "On a beaucoup travaillé en avril durant les vacances scolaires et puis seulement en juin, explique Céline Chartol, l’entraineur de Tehanne. On a beaucoup souffert des couvre-feux. Les nageuses ont réalisé cette année à peine 60 % du programme d’entrainement d’une année normale. Alors, décrocher une médaille, c’est juste inespéré, surtout après deux années sans compétition !"

Longvilliers Club du Lamentin en Martinique
Longvilliers Club du Lamentin en Martinique ©Photosynchro-Doublet / Jean-Michel Mazerolle

Même sentiment pour Flore Attyasse qui entraine les Sirènes de l’Ouest, le club de Saint-Paul sur l’île de La Réunion : "On a pu s’entrainer cette année que 3 heures par semaine contre 10 heures habituellement. Ça a été dur de préparer la compétition. D’autant plus que l’on pensait qu’il n’y aurait pas à nouveau de Championnats de France cette année en raison du covid, comme l’an passé. Et puis la nouvelle est tombée début juin. Alors repartir d’Angers avec 8 médailles récoltées dans les différentes catégories, c’est plus qu’une réussite pour les 14 nageurs et nageuses des Sirènes de l’Ouest."

Les Sirènes de l’Ouest / Saint-Paul La Réunion – 3ième Ballet libre junior
Les Sirènes de l’Ouest / Saint-Paul La Réunion – 3ième Ballet libre junior ©Photosynchro-Doublet/Jean-Michel Mazerolle


Car c’est toute la singularité de ces Championnats nationaux 2021 de natation artistique : "Ils ont été décidés courant mai par la Fédération française de natation synchronisée, témoigne Romuald Robert, président d’Angers Nat’ Synchro et responsable de l’organisation des Championnats. En raison de la crise sanitaire, tout le monde pensait que 2021 ressemblerait à 2020. C’est-à-dire : pas de compétition. Une autre année blanche. Et puis le déconfinement a précipité les choses. La fédé nous a demandé de mettre en place cette semaine de compétition nationale en raison de notre expérience en la matière… On n'a eu qu’un mois et demi pour tout préparer. Un sacré challenge !"

Le "parent pauvre" de la natation

730 nageuses et quelques nageurs représentant une quarantaine de clubs dont cinq d’Outre-mer se sont affrontés à Angers durant une semaine, en solo, en duo, en ballets libres, techniques ou highlight, une performance plus courte mais spectaculaire, car principalement composée de portés. Un festival de figures dans et hors de l’eau. Un sport tout aussi physique qu’artistique où se conjuguent grâce, technicité et cohésion en mêlant natation, danse et gymnastique. "Dommage que ce sport si complet soit le parent pauvre de la natation, lâche Romuald Robert, le président d’Angers Nat’ Synchro. Plus qu’un sport, la natation synchronisée est un art trop mal récompensé et pas assez médiatisé !"

C’est justement pour honorer tout le travail et l’investissement des nageurs que la Fédération Française de natation synchronisée (FFNS) a tenu à organiser dans la précipitation ces Championnats 2021 à Angers. Histoire aussi de permettre aux athlètes de récolter les fruits de leur travail alors que beaucoup de piscines sont restées fermées de longs mois durant les confinements. D’où la mise en place cette année de catégories de classement particulières. En plus des titres nationaux habituels, la FFNS a décidé de décorer les participants aux épreuves en fonction de leur niveau d’entrainement en cette année marquée par le coronavirus : normal / partiel / très peu voire pas d’entrainement.

Une cinquantaine de nageuses et nageurs ultramarins ont fait le déplacement à Angers. En plus des clubs du Lamentin en Martinique et de Saint-Paul à La Réunion, étaient présents trois autres équipes réunionnaises : Synchro n’Or de Sainte-Marie, Vue belle natation de la Saline et les Aquanautes de Saint-Gilles-les-Bains, la plus grosse délégation avec vingt nageuses et un nageur qui ont décroché pas moins de huit médailles, dont deux en or. "Nos résultats sont allés au-delà de nos espérances, reconnait Marie Tavenard, l’entraineur des Aquanautes. C’était une très belle initiative de la Fédération pour relancer les clubs et les athlètes dans un sport qui souffre du manque de reconnaissance. Les performances sont là et ça fait du bien ! Ça va remotiver nos jeunes !"

Equipe des Aquanautes Saint-Gilles les Bains de la Réunion / Médaille d’argent ballet technique junior
Equipe des Aquanautes Saint-Gilles les Bains de la Réunion / Médaille d’argent ballet technique junior ©Photosynchro-Doublet / Jean-Michel Mazerolle

"Ces titres et ces médailles sont d’autant plus importants qu’ils récompensent aussi tout l’investissement des clubs et des familles, insiste Elisabeth Chauvin, une des quatre mamans réunionnaises qui ont accompagné les Aquanautes. Cette année, ces Championnats de France nous ont coûtés beaucoup plus chers que les années précédentes et on n’a eu quasi aucune aide de la région et des sponsors."

"Chers championnats !"

Et pour cause : d’habitude les clubs réservent leur voyage plusieurs mois à l’avance histoire de payer moins cher, mais cette année, organisation de dernière minute oblige, les clubs ont dû acheter des billets d’avion au prix fort. Du fait de la précipitation, mais aussi à cause du décalage de la compétition qui s’est tenue au début de la haute saison touristique en Hexagone alors qu'elle se tient habituellement en mai. "Je salue les familles qui ont dû mettre la main au porte-monnaie, insiste Flore Attyasse, coach des Sirènes de l’Ouest. "Normalement, on organise en amont des actions comme des brocantes ou des ensachage de courses pour financer notre déplacement en Hexagone. Cette année : rien. On a perdu 60 % de notre budget. A notre retour à La Réunion, on va demander des aides de la région et des sponsors." 

"Sur les 10 000 euros de budget de déplacement pour cette compétition, les familles des nageuses ont obtenu une petite aide de la municipalité : 150 euros par compétitrice. Et rien pour le club !, renchérit Emmeline Aymard, entraineur de l’équipe Synchro N’or de Sainte-Marie. Et on a pu aussi bénéficier de quelques bons de continuité sur l’aérien. C’est toujours ça de moins à payer pour les familles ". "On a déboursé 20 000 euros pour neuf nageuses, poursuit Céline Chartol du Club martiniquais du Lamentin. C’est une sacrée somme pour notre première participation à ces Championnats de France depuis 20 ans. Mais avec nos deux médailles, c’est déjà une très belle récompense pour tout le travail fourni. Nous sommes la seule équipe de natation artistique de compétition en Martinique. Les deux autres sont des clubs loisir. Venir se confronter aux meilleurs clubs de l’Hexagone et d’Outre-mer, c’est pour nous l’occasion de prendre des repères, de se mesurer aux autres, de jauger notre niveau. Et les filles repartent boostées à fond, prêtes à reprendre l’entrainement au plus vite pour augmenter leurs performances et revenir l’an prochain pour faire encore mieux…"

L’équipe nageuses Synchro N’Or Sainte-Marie de La Réunion
L’équipe nageuses Synchro N’Or Sainte-Marie de La Réunion ©Photosynchro-Doublet / Jean-Michel Mazerolle

"De la chance !"

Au-delà du sacrifice financier, les cinq clubs ultramarins sont partis avec des "handicaps" par rapport à ceux de l’Hexagone pour la compétition nationale : "On n’a même pas eu le temps d’encaisser le voyage et/ou le décalage horaire qu’il a fallu nager et être de suite performantes, explique Elodie Pignal, l’autre entraineur des Aquanautes de Saint-Gilles-les-Bains. Sans compter les aléas de la route du littoral. En raison d’un accident, nous avons été bloqués et nous sommes arrivés trop tard à l’aéroport. Heureusement qu’une partie de l’équipage de l’avion était lui aussi bloqué par l’accident. Sinon, nous n’aurions même pas pu venir…" 

"On a atterri à Paris mercredi matin en provenance de Fort-de-France et les filles ont nagé le soir même à Angers. C’est une véritable performance pour mes jeunes nageuses qui ont entre 11 et 18 ans !"

Céline Chartol, du Longvilliers Club du Lamentin.


Sans oublier que ces Championnats de France ont débuté en pleine période d’examens scolaires. "Quatre filles de notre équipe ont passé l’épreuve de l’oral de français mardi 30 juin en début d’après-midi jusqu’à 16h. Cinq autres ont passé le brevet des collèges. A 17h30, toutes les nageuses étaient réunies pour passer les tests de dépistage PCR du covid obligatoires avant d’embarquer. Et le soir même, nous étions dans l’avion pour Paris. Et même le train Paris – Angers a eu du retard. Et comble de malchance, une des nageuses a déclaré forfait la veille du départ. Ajouté au fait qu’une autre nageuse, la pilier de l’équipe [poste indispensable à la réalisation de portés, ndlr] -qui avait calé un séjour linguistique à l’étranger pensant que les Championnats n’auraient pas lieu- n’a pas pu venir, il a fallu que l’équipe des ballets se réorganise complètement et prépare de nouvelles chorégraphies pour les ballets à 8 au lieu de 10 et ce en quelques jours à peine. Un exploit ! C’est dire si les 8 médailles remportées sont plus que de simples victoires !", a confiée non sans un énorme sourire Elisabeth Chauvin, l’une des mamans des Aquanautes, toute à la joie de voir l’une de ses filles sur un podium.

"On est certes impressionnées par les ballets des meilleures nageuses, a confiée Thaïs Grondin des Synchro N’Or de Sainte-Marie. C’est très inspirant d’être ici. On n’a pas le même niveau. On n’a pas les mêmes heures d’entrainement, notamment que les pôles espoirs. Les autres clubs nous donnent des idées de chorégraphies. On apprend beaucoup. Mais surtout, on est fières de représenter notre île." "La Réunion lé la !", ont alors crié les nageuses réunionnaises comme pour clore cette semaine… haute en couleurs, bien au-delà du bronze, de l’argent et de l’or !
Une belle moisson pour les nageuses et nageurs ultramarins.