Nickel : "les déboires de l’usine du Sud en Nouvelle-Calédonie intéressent ses concurrents" estime Jim Lennon, analyste de la banque australienne Macquarie au LME

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NICKEL
Matthew Chamberlain est le directeur-général de la Bourse des métaux de Londres (LME) ©Alain Jeannin
Les négociants mondiaux ont les yeux tournés vers l’Indonésie. Ils apprécient un pays "business friendly", favorable aux affaires. Le nouvel eldorado du nickel ouvre la porte aux investisseurs tout en gardant un oeil sur l'évolution de la situation en Nouvelle-Calédonie.
 
Le vaste archipel d'Asie du Sud-est, riche en matières premières et détenteur d’énormes réserves de nickel, a décidé d’accélérer la construction de nouvelles usines spécialisées dans la production de l’ingrédient des batteries électriques. Elles seront directement concurrentes de l’usine du Sud en Nouvelle-Calédonie. Dans le ferronickel aussi, la menace est sérieuse, une vingtaine de fonderies de nickel est en construction sur le territoire indonésien.

Cette semaine, les analystes de la Bourse des métaux de Londres (LME) ont noté que les investisseurs se bousculaient pour investir dans le nickel en Indonésie. Une délégation de dirigeants indonésiens a rencontré des dirigeants de Tesla dans le cadre d’un déplacement aux Etats-Unis. Des Japonais vont les suivre. Pendant ce temps, le nickel termine la semaine en hausse et franchit le seuil des 16 000 dollars par tonne.
 

Un oeil sur l'usine du Sud

La situation de l’usine du Sud en Nouvelle-Calédonie est surveillée de près par ses concurrents mondiaux, et notamment par les industriels indonésiens. Un concurrent de moins, même s’il ne produit pour le moment que 1 à 2 % de l’offre mondial pour les batteries électriques, ne serait pas pour leur déplaire et ferait grimper les cours du nickel
 

Bien sûr que la situation conflictuelle autour du rachat de l'usine du Sud en Nouvelle-Calédonie est suivie attentivement par ses concurrents indonésiens et mondiaux qui n’en espéraient pas tant. Mais, on pense à Londres que l’usine calédonienne peut encore tenir un rôle précieux en tant que source d'approvisionnement «propre», et non contrôlée par la Chine ou l’Indonésie sur le marché en croissance rapide des véhicules électriques. L’usine du Sud, est bien placée, si elle poursuit la réduction de ses coûts et augmente sa production

Jim Lennon, premier analyste mondial du nickel


L'Indonésie domine le marché

Pendant ce temps, l’Indonésie, a plus que jamais pour ambition de devenir le premier producteur mondial de batteries pour véhicules électriques. "Nous disposons des plus grandes réserves de nickel au monde et nous sommes ouverts à tous les investisseurs" a déclaré Joko Widodo, le Président indonésien. Dans ce contexte, et devant la volonté indonésienne de dominer ses concurrents régionaux, "les analystes mondiaux attendent de voir si l’usine du Sud (VNC) obtiendra une licence pour exporter du minerai de nickel vers le marché chinois. Maintenant que l'Indonésie a interdit les exportations de minerai, le minerai de haute qualité de la Nouvelle-Calédonie est une denrée précieuse. Les exportations de minerai des Philippines sont presque toutes à une teneur en nickel inférieure à 1,5 %, tandis que la Nouvelle-Calédonie est à 1,8 % ou plus", a encore précisé Jim Lennon, interrogé par Outre-mer 1ère.

Comme en réponse à l’analyste de Macquarie, le président indonésien a loué les qualités de son pays et a vanté son "excellent" plan de développement de l’industrie du nickel mis en place pour faire de l’Indonésie le plus grand producteur de batteries au lithium. Ajoutant que "le territoire indonésien disposait des plus grandes réserves de nickel au monde."
 

Toc Toc, c'est la Chine...

De quoi répondre à l’appétit du géant Chinois CATL qui a annoncé un investissement de cinq milliards de dollars pour construire une grande usine, qui sera elle aussi concurrente de l’usine du Sud en Nouvelle-Calédonie. "L’Indonésie est le pays le plus favorable aux investissements, loin devant tous les autres" s’est félicité Bahlil Lahadahlia, responsable du bureau indonésien de coordination des investissements miniers (BKPM).

Des propos qui font écho à la nouvelle loi indonésienne sur la création d’emplois miniers et industriels, critiquée pour avoir assoupli les normes environnementales. Malgré les protestations de la part des étudiants et des écologistes, la nouvelle législation a été accueillie positivement par les investisseurs mondiaux. L’Indonésie entend poursuivre le rejet des résidus miniers en mer. Le procédé d'élimination des déchets  (deep sea taling) est destructeur pour l’environnement maritime mais il est peu coûteux à mettre en oeuvre. Il offre un avantage non-négligeable à l'Indonésie face à ses concurrents calédoniens et australiens. Malheur aux vaincus.

Cours du nickel au LME de Londres le 2011/2020 à 14:30 GMT 16 075 dollars/t +1,50 % [Semaine +0,95 %]
 
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