"Nous avons besoin de nos Outre-mer" déclare Elisabeth Borne lors de son discours à l’Assemblée nationale

accord de nouméa
Elisabeth Borne
Elisabeth Borne ©Franceinfo
La déclaration du gouvernement par la Première ministre Elisabeth Borne était très attendue dans l’Hémicycle. Dans son discours, la cheffe du gouvernement a eu un "mot particulier" pour les Outre-mer.

Depuis le lundi 4 juillet et l’annonce du nouveau gouvernement, l’Outre-mer est au centre des attentions avec la polémique d’un ministère délégué sous l’autorité du ministère de l’Intérieur. La Première ministre a donc réservé une place exclusive à l’intention des territoires ultramarins. Pour l’anecdote, c’est l’éphémère ministre des Outre-mer et nouvelle présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet qui a ouvert la session extraordinaire pour la déclaration de la politique générale de la Première ministre Elisabeth Borne. 

Un discours axé sur les territoires 

Tout au long de son discours, la Première ministre a mentionné à maintes reprises les territoires et la volonté du gouvernement de travailler avec eux tout en s’adaptant aux réalités locales : "La règle commune doit pouvoir s’adapter en fonction des spécificités de chaque territoire". Elle a d’ailleurs souligné devant les 577 députés et notamment les 27 députés ultramarins que "chacune de vos circonscriptions portent une parcelle de notre histoire". 

Nous devons laisser des marges de manœuvres dans les territoires car c’est dans les solutions différenciées que ce trouve les résultats concrets et la vraie égalité. Je ne crois pas que notre école ou notre santé connaissent les mêmes défis dans le centre de Paris, dans les quartiers de Cayenne ou dans un village au bord de la Vire.

Elisabeth Borne, Première ministre

Durant son discours qui a duré une heure et demie, la Première ministre a défendu la majorité relative qui lui est acquise en prenant en exemple un cas ultramarin emblématique : "Rappelons-nous que c’est le gouvernement Rocard qui n’avait qu’une majorité relative sur ces bancs (…) qui lancé le processus de paix en Nouvelle-Calédonie". 

Les Outre-mer "aux avant-postes de la transition écologique"

Durant le passage de son discours sur l’environnement, Elisabeth Borne a mis en avant les territoires ultramarins en leur accordant "une attention toute particulière" car leur "biodiversité est un trésor inestimable". Après avoir égrené plusieurs mesures comme la prise de contrôle à 100% d’EDF par l’Etat et la déconjugalisation de l’Allocation Adulte Handicapé, c’est dans une partie dédiée, que la Première ministre s’est exprimée sur les Outre-mer. Un message que nous vous mettons en entier : 

"Je veux aussi avoir un mot particulier pour nos Outre-mer, les Outre-mer sont une chance inestimable pour notre pays, ce sont des terres de jeunesse et d’espoir, ce sont les places fortes de notre souveraineté, plus que jamais, nous avons besoin de nos Outre-mer. Pourtant, ces derniers mois, vous avez dit vos doutes, vos craintes et vos colères. Il y a quelques jours, toutes les collectivités d’Outre-mer se sont rassemblées pour lancer l’appel de Fort-de-France, nous leur répondront ! Mon gouvernement les accompagnera pour soutenir leur développement économique et créer de l’emploi, pour renforcer la présence des services publics et assurer la sécurité, pour améliorer avec les collectivités la distribution d’eau potable, l’assainissement, le traitement des déchets, pour agir sur toutes les causes de la vie chère comme dans l’Hexagone, nous devons avancer sur tous ces sujets, placer les Outre-mer aux avant-postes de la transition écologique, et je demande à tout mon gouvernement, la plus grande attention à nos territoires ultramarins."

Enfin, la cheffe du gouvernement a assuré que des discussions auront lieu entre les différents partis concernant l’avenir institutionnel du Caillou : "ce quinquennat sera aussi celui d’une nouvelle page républicaine avec la Nouvelle-Calédonie. Nous aurons à écrire l’avenir de notre relation au terme du processus politique défini par l’accord de Nouméa. Des discussions seront engagés avec l’ensemble des partis, j’y prendrai comme mes prédécesseurs toute ma part.

Un discours qui laisse perplexes les députés ultramarins 

La déclaration du gouvernement par Elisabeth Borne n’a pas vraiment convaincu les élus ultramarins de l’Assemblée nationale, à commencer par les trois députés réunionnais du groupe GDR. Pour Karine Lebon, "une impression d’avoir assisté un grand moment de vide, notamment en ce qui concerne les Outre-mer, (…) et le discours qui a été tenu est pour le moins hypocrite puisqu’elle a parlé de son attachement envers les Outre-mer et de la volonté de leur donner toute leur place, et dans le même temps, il n’y a pas de ministère plein et dédié aux Outre-mer. (…) Nous sommes encore plus circonspects après ce discours qu’avant."

Frédéric Maillot, député de La Réunion à l'Assemblée nationale
Frédéric Maillot, député de La Réunion à l'Assemblée nationale. ©Kelly Pujar

Quant à Frédéric Maillot, le discours a ironiquement eu un bon côté, "c’était un discours assez écologique parce qu’à l’image des éoliennes ça a brassé beaucoup d’air." Mais au-delà de ce trait d’humour, pour le député réunionnais, les paroles de la Première ministre sur les Outre-mer n’étaient pas à la hauteur : "Je retiens aussi que les passages sur les Outre-mer ont été très très courts, qu’elle a associé les Outre-mer seulement à sa biodiversité, elle n’a pas parlé des problèmes de fond, de vie chère, de pouvoir d’achat, là où les Outre-mer ont rejeté en bloc ce gouvernement. Je regrette qu’elle ne connaisse pas le sujet des Outre-mer, et puis le manque de considération qui s’est fait il y a quelques jours en ne nous donnant pas un ministre à plein temps."

C’est l’absence de considération et un discours très lapidaire concernant les Outre-mer, à peine quelques mots, quelques secondes qui ont été dédiées uniquement à l’écologie, donc une vision extrêmement réductrice des territoires des Outre-mer. Rien concernant la situation sociale alarmante.

Emeline K/Bidi, députée de La Réunion

Concernant le député réunionnais de la France Insoumise Perceval Gaillard, dans ce discours, il manquait l’essentiel : "Une approche très sécuritaire et institutionnelle des problématiques de l’Outre-mer, mais rien sur le social, à peine quelque chose sur l’écologie, rien sur la crise démocratique." Une position que ne partage pas entièrement sa collègue Nathalie Bassire, qui attend les actes : "C’est un discours, je m’en tiendrai aux actes. Son allusion par rapport aux Outre-mer se limite à la protection de la biodiversité. (…) Je suis un peu perplexe, un peu déçu et j’attends la suite."

Marcellin Nadeau, député de la Martinique
Marcellin Nadeau, député de la Martinique à l'Assemblée nationale ©Alex Leveillé

Du côté des députés de la Martinique, les critiques sont plus globales et concernent plus largement la politique générale. "Ce n’est pas la politique qu’il faut pour faire sortir la France en général de l’ornière, mais encore moins les territoires dits d’Outre-mer et singulièrement mon pays, la Martinique. (…) On a des problématiques environnementales qui ont à peine été évoquées, je pense aux sargasses, au chlordécone, à la problématique de l’eau, voilà ses questions qui nous préoccupent fondamentalement", souligne Marcellin Nadeau.  

Même constat chez son collègue Jean-Philippe Nilor : "J’ai trouvé la déclaration de la Première ministre franchement laborieuse. Aucune réponse n’a été apportée aujourd’hui aux problématiques qui assaillent la France et singulièrement les Outre-mer. Aucune réponse à la question de la désertification médicale, aucun engagement quant à la réintégration qui est salutaire des soignants dans nos hôpitaux qui se meurent. (…) Avec ce discours, on ne peut pas être optimiste.

Jean-Philippe Nilor, député de la Martinique à l'Assemblée nationale
Jean-Philippe Nilor, député de la Martinique à l'Assemblée nationale. ©Alex Leveillé

Quant au député guyanais Davy Rimane, le discours de la Première ministre est "creux, (…) elle cite Cayenne alors qu’aujourd’hui, quand on voit l’état de la Guyane, c’est un territoire délaissé par la République. Sur la forme, c’est un discours technocrate."

Enfin, tous, sauf Nathalie Bassire qui est en discussion avec son groupe parlementaire, voteront la motion de censure déposée par la Nupes.