L'accord de libre-échange avec le Vanuatu fait polémique en Nouvelle-Calédonie

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Louis Mapou, président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, et Bob Loughman, Premier ministre du Vanuatu, vendredi 29 juillet, à Port-Vila, au Vanuatu
Louis Mapou, président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, et Bob Loughman, Premier ministre du Vanuatu ont signé une déclaration d'intention en vue d'un accord de libre-échange, vendredi 29 juillet, à Port-Vila ©Valentin Deleforterie / NC la 1ère
La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles de Nouvelle-Calédonie, le député Nicolas Metzdorf et le groupe loyaliste Ensemble mettent en cause l'accord de libre-échange sur lequel travaillent le gouvernement et le Vanuatu, alors qu'une déclaration d'intention a été signée, vendredi 29 juillet, à Port-Vila.

Quelques jours après la signature d'une déclaration d'intention entre la Nouvelle-Calédonie et le Vanuatu, l'accord de libre-échange sur lequel travaillent les deux gouvernements fait des mécontents. Sur le Caillou, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA NC) y est opposée. La confédération loyaliste Ensemble y voit "un simple coup de com' des indépendantistes". Le groupe de l'Union nationale pour l'indépendance (Uni) au Congrès soutient, lui, la démarche.

Opposition totale de la FNSEA NC

Pour la FNSEA NC, le fait que le taro, l'igname, la patate douce et le manioc figurent la liste des produits envisagés à l'importation depuis le Vanuatu est source d'opposition. "Notre exaspération est encore plus forte quand nous savons que ce sont des cultures qui sont connues de nos populations côté technicité et donc qu'aucune formation n'est nécessaire pour augmenter et développer économiquement ces produits, que le développement de ces filières éviterait l'exode rural, fixerait les populations dans les communes de Brousse et créerait de l'emploi", fait valoir le syndicat, dans un communiqué émis samedi 30 juillet. La FNSEA NC a demandé, le lendemain, un rendez-vous, avec Louis Mapou, président du 17e gouvernement. Elle souhaite travailler avec l'exécutif à "des solutions pour augmenter la production de ces produits agricoles" et à "la création de filières de transformation."

Retrouvez, ci-dessous, le communiqué de la FNSEA NC :

Communiqué de la FNSEA NC
Le communiqué de la FNSEA NC. ©FNSEA NC

La confédération loyaliste Ensemble "perplexe"

Pour sa part, Ensemble s'estime "perplexe" par le choix du Vanuatu. "Cet accord commercial ne s'inscrit dans aucune politique de commerce extérieur globale susceptible de générer de la richesse et des opportunités économiques pour nos entreprises, nos agriculteurs et les Calédoniens", mentionne un communiqué en date de lundi 1er août. La confédération loyaliste craint que l'accord permette "l'arrivée en Nouvelle-Calédonie de produits chinois bas de gamme qui seront exonérés de droits de douane sous couvert d’une origine Vanuatu". Elle chiffre à 430 millions de francs CFP (3,6 millions d'euros) le volume des importations en provenance du Vanuatu est invite le gouvernement à privilégier "des mesures permettant de redynamiser notre économie et de redonner du pouvoir d'achat aux Calédoniens."

Retrouvez, ci-dessous, le communiqué d'Ensemble :

Le député de la seconde circonscription Nicolas Metzdorf, également président du parti loyaliste Générations NC est intervenu, dimanche 31 juillet, sur sa page Facebook. Il considère que "faire des accords de libre échange sur des produits alimentaires de première nécessité est complètement obsolète à l’heure où les grandes puissances remettent au cœur de leurs politiques publiques leur propre souveraineté alimentaire."

Retrouvez, ci-dessous, l'intervention de Nicolas Metzdorf :

L'Uni en soutien du gouvernement

Le groupe de l'Union nationale pour l'indépendance (Uni) au Congrès est intervenu, mardi 2 août, pour affirmer son soutien au gouvernement et "cette volonté de renforcer nos échanges et consolider nos liens dans la région". Dans ce texte, Ithupane Tieoue, cheffe adjointe du groupe, rappelle que la Nouvelle-Calédonie et le Vanuatu entretiennent des relations étroites "depuis plus de 20 ans par convention, via le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, les gouvernements précédents et l'Etat français". Elle précise que cette démarche "n'est qu'un premier pas qui nous permettra de dresser les contours d'une politique commerciale et régionale" et qu'aucune contestation des travaux n'a été formulée au gouvernement "à la réunion de collégialité de la semaine dernière."

Retrouvez, ci-dessous, le communiqué de l'Uni :

Ecoutez Ithupane Tieoue, au micro de Charlotte Mannevy :

Ce ne sont pas des produits agricoles tout venants, ce sont des produits transformés et congelés

Ithupane Tieoue, cheffe adjointe du groupe Uni au Congrès

Dans la foulée, le bureau politique du Parti de libération kanak (Palika), est également manifesté, mercredi 3 août, son adhésion à cette initiative commerciale du gouvernement. Judickaël Selefen, son porte-parole, dénonce "fermement les critiques et reproches formulées par les confédérés 'Ensemble' dont l'analyse se situe dans la droite des intérêts défendus par le patronat et la bourgeoisie locale, totalement à l'opposé des salariés et consommateurs qui sont très largement bénéficiaires de cette stratégie."

Retrouvez, ci-dessous, le communiqué du Palika :

Jeudi 4 août, Aloisio Sako, en charge de l'animation du bureau politique du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui s'exprime sur la question. "Les anti-indépendantistes devraient s’intéresser à procéder à un rééquilibrage entre le commerce international et le commerce régional, plutôt que d’alimenter des craintes injustifiées auprès de notre population", réagit-il.

Retrouvez, ci-dessous, le communiqué du FLNKS :

La genèse du partenariat économique entre la Nouvelle-Calédonie et le Vanuatu

L'origine du projet d'accord commercial remonte au 13 février 2019. Lors du premier sommet économique entre la Nouvelle-Calédonie et le Vanuatu, tenu à la Communauté du Pacifique, à Nouméa, les deux archipels ont signé une première déclaration conjointe qui portait sur une liste d'une quarantaine de produits exempts de droits de douane. Le 23 avril de la même année, au même endroit, Charlot Salwai, Premier ministre du Vanuatu à l'époque, et Philippe Germain, président du gouvernement calédonien d'alors, ont signé un premier accord commercial. Celui-ci comprenait la suppression et la réduction de taxes douanières sur 38 produits dans les secteurs de l'agriculture, de l'industrie, du BTP, de l'agroalimentaire et des équipements.

"Il n’y a pas de concurrence déloyale entre les deux territoires. Il y a, le cas échéant, des complémentarités. C’est ce qu’on peut avoir dans l’agriculture. La Nouvelle-Calédonie favorise son agriculture et interdit les importations quand nous sommes en pleine production. Inversement, dès lors qu’on n’a plus de production locale, on importe ces produits de l’extérieur. Eh bien, l’idée sera de privilégier des importations en provenance du Vanuatu, dès lors que les productions existent", argumentait alors Philippe Germain. En 2020, l'accord a été retouché par le gouvernement calédonien présidé par Thierry Santa. La liste qui avait été présentée aux élus du congrès, n'avait pas suscité la moindre réaction. Le manioc y était mentionné.

Une mise en œuvre prévue en 2023

Présent mardi 12 juillet à Suva, aux îles Fidji, lors du 51e Forum des îles du Pacifique pour mener des discussions bilatérales avec Bob Loughman, Premier ministre du Vanuatu, Louis Mapou, a évoqué un nouvel accord commercial. Le lendemain, Mickaël Forrest, membre du gouvernement en charge des relations extérieures, a mentionné qu'une "quinzaine de produits" étaient concernés ainsi que la recherche d'une "cohérence pour les différents acteurs économiques du pays". Vendredi 29 juillet, la déclaration d'intention signée à Port-Vila, porte finalement sur 15 produits de chaque côté, qui seront exemptés de taxe à l'importation. Du manioc, des patates douces, des ignames et des taros congelés sous vide destinés à la restauration collective figurent bien dans la liste des exportations vanuataises concernées. Toutefois, l'accord de libre-échange n'est pas encore entré en vigueur. Une délégation ni-vanuatu est attendue à Nouméa, dans les prochains mois, pour le conclure. Le gouvernement calédonien souhaite qu'il soit effectif en 2023.

La liste complète des produits concernés

Selon les documents que nous nous sommes procurés, les négociations portaient, il y a trois mois, sur les exportations :

Depuis le Vanuatu

  • Du manioc congelé

  • Des patates douces congelées

  • De l'igname congelée

  • Du taro congelé

  • Du café

  • Du kava en poudre, en chips ou sous d'autres formes

  • Des produits préparés à base de porc

  • De la poudre de cacao

  • Du chocolat

  • Des barres chocolatées

  • Des jus de fruits

  • Des spiritueux à base d'ananas

  • Des meubles en bois pour cuisine

  • Des meubles en bois pour chambre à coucher

  • D'autres meubles en bois

Depuis la Nouvelle-Calédonie

  • Des pâtes alimentaires

  • De la farine

  • Deux références de produits à base de céréales

  • Des éléments préfabriqués en béton armé ou précontraint

  • De l'acier coupé façonné

  • Des ronds de béton en barres

  • Des panneaux sandwich

  • Des lames de lambris PVC

  • Des piscines en fibre de verre

  • Des meubles en bois pour cuisine

  • Des meubles en bois pour chambre à coucher

  • D'autres meubles en bois

  • Du liquide vaisselle

  • Du savon liquide