“On devrait tous avoir le même starting block pour démarrer dans la vie”, pour le Guadeloupéen Grégory Abelli, militant de SOS Racisme

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Le Guadeloupéen âgé de 24 ans milite depuis trois ans an au sein de SOS Racisme. ©SOS Racisme
Grégory Abelli, 24 ans, milite depuis trois ans au sein de l’association SOS Racisme. Un engagement ce qui l'a amené jusqu’au rassemblement d’Eric Zemmour à Villepinte où il a été pris à partie par les sympathisants du candidat. Nous l'avons rencontré dans le cadre de la semaine d'éducation et d'actions contre le racisme et l'antisémitisme qui démarre lundi 21 mars.

“Je ne pensais pas aller en garde à vue pour un t-shirt « Non au racisme »”, témoigne Grégory Abelli. Cette détention pendant douze heures, il la doit à son action avec quatorze camarades de l’association SOS Racisme, lors du premier meeting du candidat Eric Zemmour à Villepinte. Le Guadeloupéen âgé de 24 ans milite depuis trois ans an au sein de l’organisation. Un activisme en lien avec son service civique, effectué à la fin de son master en migrations internationales à l’université de Poitiers.

“Une fois que j’ai mis le pied dans cette association, cet engagement a tout de suite fait sens. Il m’a permis de mettre des mots et des actions sur ce que je pensais depuis longtemps”, explique le jeune homme.

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Grégory Abelli dans les locaux d'Outre-mer la 1ère ©Carla Bucero Lanzi

Grégory Abelli a grandi dans l’ouest de la France à Niort (Deux-Sèvres), tout en étant imprégnée par sa double culture hexagonale et guadeloupéenne transmise par son père originaire de Bouillante.

“J’ai bénéficié de ce métissage dans mon éducation. Hormis la musique, la culture et les vacances… Mes parents m’ont appris à y faire face. On sait que la vie ne va pas être facile à cause de notre couleur de peau. À toi de faire le double d’efforts. Cela a poussé à ce que je m’engage. Ce n’est pas normal, c’est la première inégalité à laquelle j’ai été confronté. Peu importe d’où l’on vient, on doit avoir les mêmes chances.” C’est dans cette ville de 65 000 habitants, qu’il garde en mémoire une agression raciste. “Je rentrais du sport et j’allais prendre mon bus. En montant le chauffeur a cru que je fraudais. Donc, il m’interpelle et j’ai eu le malheur de lui répondre. Le ton est monté, il m’a ainsi insulté en me demandant de rentrer chez moi en Afrique et en me traitant de singe. Alors que je suis Antillais. J’avais 15 ans. J’en conclus, selon le quartier, la tenue, l’heure de la journée et la couleur de peau, on te renvoie à une apparence certaine.”

Conjuguer sport de haut niveau et militantisme à temps plein

Cette force de conviction, il la puise aussi dans son expérience sportive, depuis son plus jeune âge. Quatre fois sélectionné en équipe de France jeune d’athlétisme, Grégory Abelli constate des inégalités dans le monde sportif : “On renvoie les Noirs au sport. Mon engagement d’athlète est un travail sur moi-même et mon identité. L’équipe de France est l’incarnation de l’identité française. Sur une piste d’athlétisme il y a des règles. Le starting block est le même pour tout le monde. Ce même pied d’égalité au départ devrait être le même pour tout le monde.”

Aujourd'hui, il continue de conjuguer sa passion sportive et son militantisme. “Je me sens utile, au bout d’un moment tu ne peux pas espérer voir les choses changer si tu n’y prends pas part.” Son combat contre le racisme s’ouvre sur l’égalité dans sa globalité, en gardant le même slogan “Touche pas à mon pote” qui symbolise l’association.  Avec ses camarades de SOS Racisme, ils réfléchissent à faire toute une série de propositions pour la présidentielle. “Pourquoi il n’y-a-t-il pas de vrai musée à Paris sur l’esclavage ? Le seul digne de ce nom est le MemorialACTe en Guadeloupe. C’est le devoir de mémoire qui est important, ce travail sur l’histoire qui n’est pas entièrement fait vu qu’on ne peut pas y accéder.” Puis, son discours change de ton face au contexte politique actuel : “Ce que l’on vit aujourd’hui est la conséquence de ces dix dernières années. Notamment avec la place laissée à l’extrême droite dans les médias. C’est la suite logique alors il est d’autant plus nécessaire de s’engager, de faire entendre ce qui se passe. Par exemple, je n’ai entendu aucun débat sur l’égalité, la jeunesse depuis le début de la campagne.”

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L'association intervient dans les établissements scolaires pour sensibiliser les élèves aux questions d'égalités. ©Fiona HILOUA

“Des gens étaient venus pour en découdre”

C’est à travers ces différents constats que l’idée de mener une action lors du premier meeting d’Eric Zemmour est née. “Au début, nous étions peut-être utopistes. Sa candidature, on n’y croyait pas. Et puis… Il a annoncé la date de son premier rassemblement. Il se présentait donc bien. Pendant plusieurs semaines nous avons réfléchi à un mode d’action non-violente. L’idée des t-shirts était la plus visuelle. Chacun portait une lettre pour obtenir la phrase : Non au racisme.” Grégory portait la lettre O. Il poursuit : “On a organisé notre venue en meeting en réservant des billets à nos noms. Notre chance a été de pouvoir être assis sur la même rangée sinon l’effet n’aurait pas marché.” Trois heures de discours se sont écoulées et lors d’un bref moment de silence entre deux acclamations du candidat… Ils se lancent : “On a eu juste le temps de crier non au racisme et là, c’est le déluge de coups, un lynchage, je me suis demandé si on allait s’en sortir. Je comprends donc que des gens sont venus pour en découdre.” L’exfiltration se fait par l’équipe de sécurité du candidat, les militants sont remis aux forces de l’ordre qui les garderont à vue pendant une nuit. “Une dame nous a accusés de l’avoir frappé. Nous avons frappé personne. Au petit matin, les policiers nous ont relâchés, ils n’avaient aucune charge contre nous”, explique Grégory encore marqué par l’épisode.

Dans ce contexte électoral, “même si l’extrême droite n’arrive pas au pouvoir les phrases restent et les idées sont propagées dans la société. Cela laisse des traces”, évoque-t-il avec amertume. Pourtant, il veut rester optimiste: “C’est pour lutter contre ces idées que l’engagement est important.” 

Retrouvez l'interview de Grégory Abelli ci-dessous :

Interview Gregory Abelli, militant SOS Racisme. ©Carla Bucero Lanzi