"Oser voir plus grand" : le message de l’association des étudiants ultramarins de Sciences Po à destination de la jeunesse des Outre-mer

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Sciences Po Paris
©Daniel THIERRY / Photononstop / Photononstop via AFP

Dans une lettre ouverte à la jeunesse ultramarine, l'association Science Ô interpelle les lycéennes et lycéens d'Outre-mer. Objectif : les inciter à quitter leurs territoires pour leurs études afin de tenter leur chance dans l'Hexagone auprès des grandes écoles, comme Sciences Po.

“Ô jeunesse, jeunesse ! Je t’en supplie, songe à la grande besogne qui t’attend. Tu es l’ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d’équité, posés par le siècle finissant.” 
C’est par ces mots d’Emile Zola, destinés en pleine affaire Dreyfus à la jeunesse de France, que l’association des étudiants ultramarins de Sciences Po Paris et Sciences Po Reims -Sciences Ô- a décidé de s’adresser aux lycéennes et lycéens d’Outre-mer.

L’objectif de cette lettre ouverte à la jeunesse ultramarine est simple : inciter ces jeunes à s’engager et à oser viser des écoles d’excellence à l'image de Sciences Po. Retrouvez la lettre dans son intégralité ci-dessous, via la page Facebook de Sciences Ô :

 

"L’idée est de les motiver, de les inciter à partir et à oser, à oser voir plus grand en fait", décrypte Magalie Danican, présidente de Sciences Ô Paris. “D’autant plus que cette année, à cause du Covid, ils ne sont pas vraiment bien informés. Alors on s’est dit que ce serait l’occasion de s’adresser à eux directement.”

L’atout Parcoursup

La Guadeloupéenne, âgée de 21 ans, précise : “On s’est dit que ce serait intéressant de profiter de la réforme Parcoursup pour les interpeller.” En effet, les élèves qui veulent intégrer Sciences Po à partir de la rentrée 2021 doivent dorénavant passer par la plateforme Parcoursup. "Cette réforme est une nouvelle chance pour les lycéens ultramarins", peut-on lire dans la lettre. "Jusque là, Sciences Po comptait dans le cadre de la convention d’éducation prioritaire (CEP) 106 lycées dont 19 des Outre-Mer, en Guadeloupe, Guyane, Martinique et Nouvelle-Calédonie." Avec Parcoursup, les élèves des lycées non conventionnés pourront donc aussi candidater.

“En principe cette réforme est censée favoriser l’égalité des chances, raconte Magalie Danican, puisque tous les lycéens seront examinés selon les mêmes critères. Le parcours scolaire ainsi que le projet professionel seront valorisés.” Seront effectivement jugés, outre les résultats scolaires, l’engagement associatif, les activités sportives…"Sur la base de ces critères, ils pourront être présélectionnés pour un entretien à l’oral, l’oral de Sciences Po." 

Parrainage 

Mais la difficulté reste la même : “il faut qu’ils se préparent’, insiste Magalie Danican. Elle ajoute : “c'est vrai que la préparation est exigeante, mais nous, en tant qu’association, on est là pour les aider, les accompagner. C’est pour cela qu’on a voulu s’adresser à eux directement, pour leur dire qu’ils peuvent venir vers nous.”

Magalie Danican, présidente 2020-2021 de Sciences Ô Paris
Magalie Danican, présidente 2020-2021 de Sciences Ô Paris ©DR

L’association, qui compte une soixantaine d’étudiants ultramarins dans ses rangs, a prévu d’instituer un “modèle de parrainage”“ce serait un étudiant de Sciences Po pour un lycéen qui préparerait et consituerait un bon dossier. Pour avoir le maximum de chances.”


Toucher le plus de monde possible

L’association cherche à s’adresser à un maximum de lycées, et pas uniquement aux lycées déjà “partenaires”. "On travaille avec les services administratifs de Sciences Po pour qu’ils puissent être notre relai auprès des  différentes académies Outre-mer, des différents rectorats.”

Sciences Ô s’est aussi lancée dans une véritable opération de communication : "on est en pleine négociation avec les différents journaux locaux pour qu’ils puissent diffuser la lettre, afin qu’on ait le maximum de visibilité et qu’on puisse toucher le maximum de lycéens”.  Et le temps leur est compté : "Nous avons jusqu’a la mi janvier pour carburer, pour avoir le maximum de visibilité, indique Magalie, afin que les élèves puissent faire leurs choix sur Parcoursup en pleine conscience.”


Ambassadeurs de leurs territoires

Pour mobiliser ces jeunes d’Outre-mer, l’association ne manque évidemment pas d’arguments. “Nul ne pourra mieux que toi identifier les enjeux de ton territoire et y apporter des solutions, tes solutions", lit-on dans cette lettre ouverte. "Que ce soit au pays ou à l’international, nul ne pourra mieux que toi, faire rayonner les territoires ultramarins”. Dans la lettre, le pôle accueil de Sciences Ô insiste sur le fait que chaque lyceen peut devenir “l’ambassadeur de [son] territoire".
 

Nul ne saura mieux que toi ce que signifie vivre en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à La Réunion, à Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon ou encore à Wallis et Futuna.

Extrait de "Notre lettre ouverte à la jeunesse ultramarine"

 


Une ouverture sociale et professionnelle 

Et si cette lettre ne suffisait pas, le parcours de Magalie, aujourd’hui en master 1 à l’école d’affaires publiques de Sciences Po pourrait sans doute finir de les convaincre. Pour l’ancienne lycéenne de Morne-à-l’Eau, en Guadeloupe, “Sciences Po a été une porte ouverte à la connaissance mais aussi aux expériences”. Un stage au journal Libération en fin de première année, une semestre passé en Chine pour étudier les affaires publiques : voilà quelques exemples des opportunités offertes par son cursus.

Ce n’est pas seulement l’apport académique en tant que tel ,qu’apporte Sciences Po, c’est aussi une ouverture sociale, une ouverture professionnelle.

Magalie Danican, présidente de l'association Sciences Ô

 


Et Magalie de conclure : "avoir simplement la carte sciences po, cela permet à des jeunes Ultramarins comme nous, d’accéder à des journaux, à des stages de qualité et à un milieu que l’on ne connaît pas quand on est à 8000 km”.