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Panthère, Jésus et Tito, les protagonistes d'un trafic de cocaïne entre la Martinique et Clichy au tribunal

Ils sont 14 prévenus à comparaître au Tribunal correctionnel de Nanterre dans une affaire de trafic de cannabis et de cocaïne entre la Martinique et l’Hexagone. Un Martiniquais surnommé Panthère apparaît comme le pivot du dossier dans lequel figure un ex-chef de cabinet du maire de Clichy.
 

Tribunal correctionnel de Nanterre © CB
© CB Tribunal correctionnel de Nanterre
  • Par Cécile Baquey
  • Publié le , mis à jour le
Panthère, Rico, Jésus, Tito ou Gros sac, les surnoms de certains des 14 prévenus évoquent une série américaine. Mais ce vendredi au Tribunal de Grande instance de Nanterre, on avait plutôt l’impression d’avoir à faire à une bande éclectique et assez désorganisée que les enquêteurs de la PJ avaient placé sur écoute.
 

Panthère de Clichy

Il y a Panthère, le surnom de Loïc P. qui revient dans tous les témoignages et les écoutes. Ce martiniquais de 28 ans habitait Clichy avec sa compagne et ses deux enfants quand il a été incarcéré pour trafic de stupéfiants. Au moment de son arrestation, il était éboueur pour la mairie de Clichy.
 

Excuses

A la barre du tribunal correctionnel de Nanterre, il reconnaît "être dans un trafic et dit regretter tout ce qu’il a fait". Il s’excuse en particulier auprès de sa mère. Âgée d’une cinquantaine d’année, elle a l’air vraiment perdu au milieu de tous ces hommes qui ont participé de près ou de loin au trafic de drogue.
 

Mule en Martinique

En juillet 2017, cette mère de famille au RSA a dû héberger chez elle un homme surnommé Jésus "en raison de ses boucles" que lui a envoyé son fils. L’homme lui-même toxicomane devait faire la mule et rapporter 500 grammes de cocaïne dans l’Hexagone. "Ma mère ne savait pas que Jésus devait faire de l’importation", explique Panthère à la barre du tribunal correctionnel de Nanterre.
 

Chaîne en or

Avec son look de rasta et sa voix douce, Panthère fait plus penser à un animateur d’école primaire qu’à un violent trafiquant de drogue. Et pourtant l’homme a dans son téléphone des photos de lui avec une énorme chaîne au cou ou encore une photo de fusil.

"Comment avez-vous acheté cette chaîne en or ?" lui demande Isabelle Pulver, la présidente de la 12e chambre. Panthère répond "avec mon RSA". Face à l’étonnement du magistrat, il ajoute "avec un peu de mon RSA, un peu de mon trafic".
 
Liasses de billets © DR
© DR Liasses de billets


Liasses de billets

Dans le téléphone de Panthère, se trouvaient aussi plusieurs clichés de billets de banque. La présidente de la 12e chambre s’étonne : "mais qu’est-ce que vous avez tous en ce moment à faire des photos de liasses de billets ?". "C’est pour moi, je regarde" balbutie Panthère. Un avocat ajoute plus fort : "c’est la société de consommation, madame la présidente !" 
 

"Nourrice" à l'hôpital

Pour stocker la drogue, Panthère a choisi un lieu pour le moins surprenant. Grâce à une amie infirmière, il sous-loue un studio à l’hôpital Beaujon à Clichy. Cet appartement est occupé par "un vieux copain" martiniquais selon Panthère qui lui verse un loyer de 500 euros tout en faisant office de "nourrice". La nourrice étant dans le milieu de la drogue, la personne chargée de garder le stock, en l’occurrence du cannabis et de la cocaïne.
 
Hôpital Beaujon © DR
© DR Hôpital Beaujon
 

Témoignage aggravant

La présidente de la 12e chambre fait ensuite part d’un témoignage qu’elle considère très grave à l’encontre de Panthère. Il s’agit d’une prostituée de 16 ans au moment des faits. Cette très jeune femme native d’Haïti a raconté aux enquêteurs que Panthère lui avait proposé de faire la mule entre la Martinique et l’Hexagone.
 
"Il m’a dit d’aller voir son cousin Moussa en Martinique qui devait me donner 400 ou 500 grammes de cocaïne. J’avais des problèmes d’argent, poursuit-elle, mais j’ai pris peur. Je ne voulais pas laisser mon fils, j’ai alors menti en disant que j’avais perdu mes papiers". A la barre, Panthère conteste ce témoignage.
 

Mairie de Clichy 

Sur les quatorze prévenus dont la grande majorité vit à Clichy, trois dont Panthère sont incarcérés, les autres sont arrivés libres au tribunal. Dans cette affaire, un ex-chef de cabinet de l’ancien maire de Clichy Gilles Catoire, figure dans la liste des prévenus. Medhi B. qui était lui-même consommateur de cocaïne au moment des faits.
 
Il explique : "en 2015, j’allais mal, je me suis drogué. Je n’avais plus de travail (NDLR : en 2015, l’élection de Gilles Catoire a été annulée pour irrégularités), je me sentais inutile, confie-t-il. Avec son frère, ils "tapent" c’est-à-dire qu’ils consomment de la cocaïne et organisent des fêtes "avec des meufs", souligne la présidente du tribunal se référant aux écoutes.
Mairie de Clichy © DR
© DR Mairie de Clichy

 

Tito ou Gros sac

Son grand frère surnommé Tito ou Gros sac achetait depuis 2016 de la cocaïne au dealer martiniquais Panthère, 30 euros le gramme qu’il revendait environ le double. En septembre 2017, il demande un prêt à son frère de 7 000 euros. Selon les écoutes, précise la présidente du tribunal, "Panthère avait la volonté d’organiser une importation de cocaïne". L’importation ne se réalisera pas et Tito réclamera en vain les 7 000 euros prêtés par Medhi B..
 

Expédition à Nantes

Pour tenter de se faire rembourser, Tito explique à la barre avoir participé à une expédition à Nantes en compagnie de Panthère et de trois autres acolytes pour aller voler 595 g de cocaïne chez un dealer. L’affaire capote. En revanche, les deux frères récupèrent 142 g de cocaïne quasiment pure que Medhi B va transporter à scooter avant de se faire arrêter par la police.
 
Les 14 prévenus encourent une peine maximale de dix ans d’emprisonnement. L’affaire va être mise en délibéré ce vendredi 22 février 2019. Les prévenus devraient être fixés sur leur sort la semaine prochaine. 
 

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