Participation record, paradoxe dans la parité, LREM et écolos effacés... Les clés de l'élection des maires Outre-mer

Municipales 2020 en graphiques et en cartes

Sur les 212 mairies Outre-mer, 190 connaissent désormais leur premier magistrat, même si tous n'ont pas encore été installés : les 34 communes de Martinique, les 32 de Guadeloupe, deux à Saint-Pierre et miquelon, 24 à La Réunion, 17 à Mayotte, 48 en Polynésie et 33 en Nouvelle-Calédonie. Le second tour a été reporté en Guyane, à cause de la propagation active du Covid-19. Wallis et Futuna dans le Pacifique ainsi que Saint-Martin et Saint-Barthélemy aux Antilles n'ont pas de communes et donc pas de maires. 
        
Quels sont les enseignements de ces élections 2020? Des femmes portées jusqu'aux mairies les plus importantes, des candidats LREM et écolos boudés, une participation record par endroit... Outre-mer, ces élections municipales ont été marquées par plusieurs tendances singulières, loin des conclusions tirées au niveau national. 
     
     

► Participation : les Outre-mer beaucoup plus mobilisés que l'Hexagone

C’est Mayotte qui arrache le taux de participation le plus élevé pour ce second tour : 74,72%, alors qu’il dépassait déjà les 70% au premier tour, une exception en France. La Martinique et la Guadeloupe, habituellement très mobilisées pour les scrutins locaux, n’atteignent pas les 60% de participation avec respectivement 52,94% et 56,52%. De la même manière, La Réunion plafonne à 54,16% et la Nouvelle-Calédonie à 57,62%. Pour rappel, le taux de participation est de 41,6% au plan national au second tour. Autrement dit, les électeurs se sont beaucoup plus mobilisés Outre-mer que dans l'Hexagone. 

Le graphique de PoliticData ci-dessous schématise les 10 communes (de plus de 1000 habitants) qui ont le plus voté. Par défaut, il s’agit de tous les territoires d’Outre-mer confondus, mais vous pouvez choisir un territoire dans le menu déroulant. Vous pouvez aussi choisir le tour qui vous intéresse pour les élections de 2020 mais aussi 2014.
Au premier tour, la Polynésie s'est octroyée les dix premières places de la participation avec des taux supéreurs à 90% ; on peut facilement imaginer qu'elle battra de nouveaux records au second tour. En attendant que tous les chiffres soient rendus officiels, le classement est beaucoup plus nuancé. En 2020, Terre-de-Haut dans l’archipel des Saintes au large de la Guadeloupe (90%) devance Sainte-Rose à La Réunion (89%), Bouéni à Mayotte (88%) et Poum en Nouvelle-Calédonie (83%). Cinq communes mahoraises figurent dans le top dix des bons élèves.

Du côté des mauvais élèves à présent, c’est à Saint-Leu à La Réunion que les isoloirs ont le moins servi (69,22% d’abstention). Viennent ensuite Dumbéa en Nouvelle-Calédonie (55,96%), Saint-Joseph en Martinique (55,39%) et Saint-Denis de La Réunion (54,52%), un score qui relativise un peu l’accession d’Ericka Bareigts au poste de maire.
Au premier tour 2020, c’est Fort-de-France en Martinique qui avait reçu le bonnet d’âne (74,99%) devant Cayenne en Guyane et Petit-Bourg en Guadeloupe. Sept communes de Martinique figuraient dans le top 10 des communes qui ont le moins voté. 

► Renforcées en 2020, les femmes toujours sous-représentées

La situation des femmes dans les mairies ultramarines - comme hexagonales - relève d’un paradoxe. Trois femmes ont remporté les plus grandes villes des Outre-mer, des postes-clés : Ericka Bareigts à Saint-Denis de La Réunion, Huguette Bello à Saint-Paul de La Réunion et Sonia Lagarde à Nouméa en Nouvelle-Calédonie. Si Huguette Bello et Sonia Lagarde retrouvent des fauteuils qu’elles ont déjà occupés par le passé, Ericka Bareigts, ancienne ministre, est la toute première femme à remporter la ville la plus peuplée des Outre-mer.
Sonia Lagarde (à gauche) a été élue dès le premier tour à la mairie de Nouméa, Huguette Bello (au centre) et Ericka Bareigts l'ont emporté respectivement à Saint-Paul et Saint-Denis de La Réunion.
Ce tour de force cache bien des inégalités. Si depuis les années 2000, la parité est au cœur du scrutin, la réalité des mandats reste bien différente. Si l'on exclut la Polynésie où les résultats ne sont pas encore complets et définitifs, 25 femmes ont été élus maire en Outre-mer en 2020, tout comme en 2014 (34 en comptant la Polynésie qui avait élu neuf femmes, une proportion qui devrait être similaire cette année, sept étant déjà confirmées).

Au premier tour dans les communes des Outre-mer, près d’un quart des listes engagées étaient menées par des femmes. La Polynésie - avec une tête de liste féminines sur trois - et la Guadeloupe (22%) ont mené la course des femmes qui convoitaient un mandat de maire en 2020. Une proportion conservée en Guadeloupe au terme des deux tours puisque sept des 32 maires sont des femmes (22%). C'est tout de même une de moins que lors de la précédente mandature (huit femmes maires / 25%). Mieux encore, la Martinique - où 20 femmes ont mené des listes (18%) - compte désormais neuf femmes édiles soit 26% (elle n’en comptait que deux lors de la précédente mandature!)

À l’inverse, Mayotte - qui présentait 11% de têtes de liste au féminin - ne compte désormais plus aucune femme maire, contre deux jusqu’ici. L’île de La Réunion qui compte désormais 4 femmes maires - une grande première historique – est, dans les faits, passée de 22% de têtes de liste féminines à 16% de femmes maires.

C’est l’une des faiblesses des lois sur la parité. Les listes électorales doivent désormais compter autant d’hommes que de femmes et respecter une stricte alternance homme/femme. Mais la distribution des postes au conseil municipal reste très inégalitaire. Ainsi, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 17% des maires de France étaient des femmes, lors de la dernière mandature. En Outre-mer, pour les six années à venir, moins d'un maire sur cinq sera une femme. 
Le graphique PoliticData ci-dessus présente la part de femmes têtes de liste au 1er et 2ème tour de 2020 et 2014. Il ne prend cependant pas en compte les communes de moins de 1000 habitants qui sont, pour certaines, dirigées par des femmes comme Sarraméa en Nouvelle-Calédonie ou Fonds-Saint-Denis en Martinique, le ministère de l’intérieur n’incluant pas dans ses résultats les communes les plus petites. 

 

► Inattendue dans l’Hexagone, la vague verte n’atteint pas les Outre-mer

Au terme des municipales, les écologistes se sont emparés de plusieurs grandes villes hexagonales. Mais le raz-de-marée écolo n’a pas touché les Outre-mer, bien au contraire. Sur 212 communes Outre-mer votant au premier tour, 11 (5,2%) comptaient des listes écologistes (LECO) : une en Guadeloupe, deux en Martinique, trois en Polynésie et cinq à La Réunion, le département de l’océan Indien présentant aussi le plus grand nombre de listes sur la ligne de départ (165 étaient enregistrées pour le premier tour).

Parmi ces listes officiellement investies, une seule occupe désormais une mairie : celle d’Harry Durimel à Pointe-à-Pitre (47,2% au terme d’une triangulaire). Le nouveau maire était à la tête de la liste "Oxygène 2020". Par le passé, il a été à plusieurs reprises candidat sur les listes EELV lors d'élections précédentes.
Une autre élue, toutefois, se revendique écologiste : la maire réélue de La Possession, Vanessa Miranville, à La Réunion. Elle avait malgré tout face à elle une liste officiellement investie par les écolos et menée par Robert Tuco. Il a été éliminé dès le premier tour avec 2,05% des voix.
Autre candidate à montrer un intérêt pour l’écologie, à Mayotte cette fois : Moinécha Attoumani Mahadji et sa liste "Union pour le développement social économique et environnemental" dans la commune de Bouéni. Elle n’était pas présente au second tour (13,81% le 15 mars)
(Il faut noter que toutes les communes de Polynésie - et donc toutes les listes candidates et leur positionnement sur l'échiquier politique - ne sont pas répertoriées par le ministère de l'Intérieur.)

 

► Peu de listes, peu d'élus : la débâcle LREM

A chaque nouveau scrutin, la même conclusion : La République En Marche peine à s'implanter Outre-mer. Cinq listes étaient officiellement investies par le parti présidentiel : deux à La Réunion (La Possession et Saint-André), deux à Mayotte (Chirongui et Mtsamboro) et une à Grand-Santi en Guyane où le  premier tour a bien eu lieu le 15 mars. Ces cinq candidats - officiellement investis LREM - ont tous été battus.

13 autres listes étaient soutenues par LREM en Outre-mer, bien qu’elles n’en portaient pas officiellement l’étiquette : cinq en Guyane (Maripasoula, Saint-Laurent du Maroni, Kourou et Matouri), trois en Guadeloupe (Les Abymes, Saint-François et Capesterre-Belle-Eau), deux à La Réunion (Saint-Denis et Saint-Paul) et une en Martinique (Sainte-Marie).

Il faut noter le revers cinglant de deux députés de la majorité présidentielle dès le 1er tour : Olivier Serva aux Abymes en Guadeloupe et Lénaick Adam à Saint-Laurent du Maroni en Guyane. Pourtant la Guyane a élu dès le premier tour trois maires soutenus par LREM : Serge Anelli à Maripasoula, François Ringuet à Kourou et Paul Dolianki à Apatou. Reste à savoir si leur mandat sera maintenu. Le second tour ayant été repoussé au-delà du 28 juin, les élections pourrait être annulées, un nouveau scrutin à deux tours organisé.

Au final, sur les 16 candidats soutenus par La République En Marche, trois sont certains de porter l’écharpe : Bruno Nestor-Azérot à Sainte-Marie en Martinique, Bernard Pancrel à Saint-François et Jean-Philippe Courtois à Capesterre-Belle-Eau, deux communes de Guadeloupe. Le parti présidentiel est, à ce stade, à la tête d’1,6% des mairies d’Outre-mer.

 

► Équilibre entre renouvellement et confiance aux sortants

Il n’y a pas eu de vague de dégagisme en Outre-mer en 2020, il n’y a pas eu non plus de statu quo. Dans plusieurs territoires ultramarins, un même schéma : la moitié des maires sortants qui convoitaient un nouveau mandat ont été réélus, l’autre moitié s’est vue sanctionnée. Avec, d’une manière générale, un premier tour favorable aux sortants et un second tour, trois mois plus tard, qui a désavoué les édiles en poste et fait place à de nouveaux visages.

La Martinique est le territoire qui gardé le plus de ses anciens maires avec un quasi grand chelem : sur les 24 sortants qui se représentaient (sur 34 communes), 22 ont été réélus (92%). Si le second tour a vu une vague de nouveaux venus, 64% des maires martiniquais qui prennent leurs fontions ne sont pas des novices. 
Situation similaire dans l'autre département des Antilles, la Guadeloupe. Le premier tour avait vu l’élection de 12 maires, dont 11 sortants, alors que le deuxième tour a été beaucoup plus favorable aux nouveaux puisque, sur les 20 fauteuils restants à prendre, 14 sont désormais occupés par des hommes et des femmes qui n'étaient pas maires lors de la précédente mandature. Ainsi, 46% des maires guadeloupéens élus en 2020 retrouvent leur mairie.
Sur les 24 commues de La Réunion, 19 sortants ont cherché à garder leur fauteuil et 15 y sont parvenus. 
La proportion de sortants à se représenter était encore plus importante à Mayotte (15 sur 17), peu ont été récompensés. Ainsi, seuls 29% des maires mahorais étaient déjà en poste précédemment. 

A Mayotte, la grande surprise est venue du chef-lieu, Mamoudzou : élu avec la gauche en 2014, Mohamed Majani – qui se présentait cette fois sous l’étiquette LREM – a été largement battu. Arrivé troisième, il cède, à 59 ans, son écharpe à Ambdilwahedou Soumaila, 38 ans, tête de liste Les Républicains. A l’instar du nouveau maire de Mamoudzou, les communes mahoraises ont connu une vague de rajeunissement de leurs édiles, qui étaient déjà les plus jeunes des Outre-mer (50 ans en moyenne à Mayotte ; 59,5 ans en moyenne Outre-mer).
D'autres figures politiques historiques ont perdu leur mairie : Marie-Luce Penchard, ancienne ministre, a perdu la mairie de Basse-Terre, Jacques Bangou celle de Pointe-à-Pitre et Joël Beaugendre Capesterre-Belle-Eau, trois communes de Guadeloupe. Même chose pour Karine Claireaux à Saint-Pierre et Miquelon. 

Mais certains maires vétérans ont réussi leur pari. Maire du Moule en Guadeloupe depuis 1989, Gabrielle Louis-Carabin a été réélue pour six ans. Toujours dans l'île papillon, Jeanny Marc-Mathiasin conserve son fauteuil acquis en 1995 à Deshaies et Elie Califer à Saint-Claude rempile pour un 4ème mandat. Paul Néaoutyine rempile, lui, pour un sixième mandat à Poindimié en Nouvelle-Calédonie. A La Réunion, l'inamovible André Thien-Ah-Koon, 80 ans, est réélu pour un sixième mandat au Tampon. En Polynésie, Michel Buillard, maire de Papeete depuis 1995 est, lui aussi, réélu.

Vous trouverez dans ces cartes de PoliticData les maires élus au premier et second tour des municipales, associés à leur commune. Zoomez pour agrandir une zone :