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Patrice Bouveret, de l'Observatoire des armements : "Nous allons continuer le travail de Bruno Barrillot"

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Patrice Bouveret, de l'Observatoire des armements : "Nous allons continuer le travail de Bruno Barrillot"
Patrice Bouveret, l'un des fondateurs de l'Observatoire des armements ©Julie Straboni
Bruno Barrillot est décédé. L'expert des essais nucléaires, l'infatigable passionné qui a dénoncé leurs conséquences sur la santé humaine et l'environnement en Polynésie française, était l'un des fondateurs de l'Observatoire des armements, situé à Lyon. L'association va poursuivre ses travaux.
"Le départ de Bruno Barrillot laisse un vide immense", confesse Patrice Bouveret. En 1984, ces deux amis créèrent le "Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits" à Lyon, devenu depuis "Observatoire des armements" en 2008. C'est là que sont entreposés des classeurs entiers de documents portant sur la période des essais, déclassifiés en 2013.

Mais le secret défense continue à planer comme l'explique Patrice Bouveret : "Pour le moment le gouvernement n'a déclassifié qu'une infime partie des documents accumulés. Parce qu'à chaque essai il y avait des rapports, des enquêtes... Il y a un travail à faire pour que l'on ait accès au reste. On prétexte que cela pourrait permettre de fournir la bombe à des entités malfaisantes si les dossiers étaient rendus publics, mais ce ne sont pas les secrets de fabrication qu'on demande ! C'est bien tout ce qui concerne les conséquences pour la population et l'environnement !" Des procédures seront donc engagées dès que possible.

Elargir la liste des maladies

"On est sûrs maintenant que ça n'est pas seulement les personnes qui ont participé à la période des essais qui peuvent rencontrer des problèmes de santé, mais qu'ils peuvent égakement les transmettre à leurs enfants... Cela peut même sauter une génération", rappelle le directeur de l'Observatoire des armements. "Mais pour l'instant le gouvernement nie la transmission transgénérationnelle. Il faudrait des études épidémiologiques, un vrai travail scientifique... C'est un sujet auquel le gouvernement polynésien devra s'atteler, et sur lequel on pourra lui apporter notre soutien".

Suite à la première évolution de la Loi Morin, relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français (Ndlr : dont on attend toujours le décret d'application), Patrice Bouveret souhaite que la liste des maladies prise en compte soit élargie. Pour l'instant elles sont 21 à être "reconnues" en France, alors que les Etats-Unis en retiennent 33, auxquelles on pourrait ajouter des pathologies neurologiques et cardiovasculaires selon le Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants.

Centre de mémoire

Enfin Patrice Bouveret souhaite aller au bout du dernier projet de Bruno Barrillot : "C'était de créer un lieu qui permette aux Polynésiens de pouvoir disposer des informations sur cette période, pour pouvoir se la réapproprier. Pour les nouvelles générations qui n'ont pas connu les essais nucléaires, même si leurs parents commencent à en parler. Pour leurs descendants. Ainsi des classes et des étudiants pourront venir consulter les archives militaires, les recherches et les témoignages emmagasinés."

La numérisation des documents a commencé à l'Observatoire des armements, qui se dit prêt à transmettre son savoir à Papeete. En attendant ses membres rendront hommage à Bruno Barrillot samedi 8 avril dans leurs locaux lyonnais, Un autre rassemblement à sa mémoire aura ensuite lieu à Paris. Christiane Taubira, qui a tant fait pour la cause, a promis d'être là.
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