Nickel : atouts et handicaps d'une industrie calédonienne tournée vers la transition énergétique

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L'usine de nickel du Nord (Koniambo Nickel-KNS) en Nouvelle-Calédonie ©Claudine WERY/AFP
Le minerai de nickel, entrant dans la fabrication de l'acier inoxydable et désormais des batteries électriques, constitue la principale richesse de la Nouvelle-Calédonie, dont la santé économique est très dépendante des cours de cette matière première fixés par la Bourse des métaux de Londres (LME).

Les prix du nickel ont doublé depuis 2018, où ils avaient chuté autour de 10.000 dollars après sept ans d'effondrement. Ils ont atteint un sommet provisoire de près de 22.000 dollars la tonne en 2021.

La Nouvelle-Calédonie se situe au cinquième rang mondial des producteurs de nickel, qui représente 90 % des exportations du territoire et 10 % de son produit intérieur brut (PIB). Les accords de Matignon en 1988, de Nouméa et de Bercy en 1998 ont été fondateurs d’une politique de rééquilibrage économique de la ressource en nickel entre les provinces du Sud, majoritairement loyalistes, et du Nord, à majorité indépendantiste. Cette dernière a vu la construction d’une grande usine de production de ferronickel: Koniambo Nickel SAS (KNS) est associé à la multinationale suisse Glencore qui assure la commercialisation de sa production destinée à l'acier.

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Métallurgiste calédonien tenant du ferronickel dans ses mains. L'alliage est destiné aux aciers inoxydables de haute pureté. ©Nicolas Alain-Petit/AFP

"L'envolée des prix est alimentée par l'appétit de la Chine, très gourmande en métaux pour nourrir à la fois sa reprise économique et sa transition environnementale", explique Bruno Jacquemin, délégué général de A3M, la fédération des industriels français des mines et métaux.

Une ressource importante

La Nouvelle-Calédonie possède environ 10% des réserves mondiales de nickel, derrière l'Indonésie (21%), l'Australie (20%) et le Brésil (16%) selon l’Insitut géologique américain US Geological Survey, l’équivalent du BRGM français.

Le territoire est le quatrième producteur mondial de minerai, mais loin derrière les Philippines. En 2020, le caillou a exporté 8,1 millions de tonnes de minerai brut de nickel vers la Chine, la Corée du Sud et le Japon.

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Massif de nickel de Thio en Nouvelle-Calédonie ©JEAN-PHILIPPE VANTIGHEM/AFP

En ce qui concerne la production métallurgique (ferronickel/acier inox et Nickel Hydroxyde Cake/batteries électriques), elle s'est élevée en 2020 à 90.708 tonnes, vendues principalement à la Chine, à Taïwan et au Japon, mais aussi aux Etats-Unis et à l’Espagne. La Nouvelle-Calédonie occupe, selon les années, la cinquième ou la sixième place mondiale pour la production des alliages de ferronickel et du nickel des batteries.

"La Nouvelle-Calédonie représente 7 à 8 % de l'offre mondiale. Je suis optimiste quant à l'avenir du marché du nickel en raison de la forte croissance de la demande (6-7% par an en tendance). La Nouvelle-Calédonie dispose d'une large base de réserves. Les exportations de minerai sont très rentables. Prony a l'opportunité de capitaliser sur un marché des batteries solide. Les producteurs de ferronickel doivent réduire leurs coûts." a estimé Jim Lennon, analyste et expert de Red Door Research et de Macquarie, géant bancaire australien dU secteur des matières premières.

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La rade du port de Nouméa. Minéraliers venant chercher leur cargaison de ferronickel à l'usine SLN-Eramet de Doniambo. ©Julien TOMAZO/AFP

En 2021, la production métallurgique globale du Territoire ne devrait pas progresser malgré la relance réussie de l'usine du Sud (Prony), celles des batteries électriques. L'usine du Nord (KNS) a peu produit en raison de travaux d'amélioration de ses fours, et l'usine historique de Doniambo (SLN) peine à augmenter sa production, toujours pénalisée par le coût de son électricité dans l'attente, sans cesse repoussée, d'une nouvelle centrale électrique. Une météo particulièrement pluvieuse a également ralenti l'exploitation sur mine.

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Mine de nickel de Kopeto en Nouvelle-Calédonie. ©THIBAUT VERGOZ/AFP

Les exportations de minerai et de métal représentent 90% des exportations du pays mais le poids économique du secteur, mesuré par sa valeur ajoutée dans le produit intérieur brut (PIB), se limitait en 2019 à 6% et ne reflète pas cette importance, selon l'Institut de la statistique et des études économique de Nouvelle-Calédonie (ISEE).

Trois grandes usines 

Sur un Territoire grand comme un peu plus de deux fois la Corse, la Nouvelle-Calédonie possède trois usines métallurgiques. Opérateur historique du nickel calédonien depuis la fin du 19ème siècle, la Société Le Nickel (SLN), filiale du groupe français Eramet, dont l'usine métallurgique se trouve à l'entrée de Nouméa, a longtemps été le seul acteur de cette industrie. La SLN est toujours le premier producteur mondial de ferronickel, l’alliage premium de l’acier inoxydable haut de gamme. Les trois provinces de Nouvelle-Calédonie détiennent 34% du capital de la SLN.

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L'usine de Doniambo (SLN-ERAMET) est le berceau mondial de l'industrie du nickel ©Delphine MAYEUR/AFP

Koniambo Nickel (KNS) est une co-entreprise minière et métallurgique entre le géant industriel et du négoce en matières premières suisse, Glencore, et la Société minière du Sud Pacifique (SMSP), détenue à 51 % par les indépendantistes kanak de la province Nord. L’usine du Nord produit, elle aussi, un alliage de haute pureté, alimenté par l’énorme gisement voisin du Koniambo.

La SMSP possède également à hauteur de 51% du capital une usine métallurgique off-shore en Corée du Sud en partenariat avec l'aciériste Posco. L'unité est alimentée par du minerai calédonien.

Usine Koniambo nickel (KNS-Glencore-SMSP) en Nouvelle-Calédonie
Usine Koniambo nickel (KNS-Glencore-SMSP) en Nouvelle-Calédonie ©Alain Jeannin

Prony Resources (ex-usine du groupe brésilien Vale en Nouvelle-Calédonie vendue en mars 2021) est détenue à 51% par des intérêts calédoniens (Provinces, salariés et communautés locales), et par le négociant suisse de la transition énergétique Trafigura (19%) sans oublier une compagnie financière (30%), montée avec le management et le fonds d'investissement néo-zélandais Agio.

L’usine de Prony (Usine du Sud) produit un nickel intermédiaire de type (NHC-MHP) spécifiquement destiné au marché des batteries électriques et c'est un atout de taille. Le secteur est sous-tension en raison d’une forte demande et d’une offre mondiale insuffisante.

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Usine du Sud (Prony Resources) en Nouvelle-Calédonie. Elle produit le nickel des batteries électriques. ©Claudine WERY/AFP

Le Territoire compte aussi des mineurs privés historiques qui exportent leur minerai vers les pays industriels d’Asie. 

Emploi et salaires 

L'exploitation du nickel fournit 24% des emplois du privé directement ou indirectement en Nouvelle-Calédonie, selon des données de l'Isee.

La filière compte une vingtaine d'entreprises de tailles inégales qui extraient du minerai pour l'exporter ou le revendre sur place, dont trois sont aussi métallurgistes et possèdent des usines d'envergure mondiale.

Ces entreprises employaient 5.960 personnes en 2019, soit 9% de l'emploi salarié privé. Si l'on y ajoute les emplois indirects (5.790) et les emplois induits (3.840), l'industrie minière représentait 15.590 emplois.

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Métallurgiste du nickel dans l'une des deux usines du Territoire produisant l'alliage de l'acier inoxydable. ©Julien THOMAZO/AFP

En 2019, les rémunérations brutes des employés de la filière nickel se sont élevées à 32 milliards CFP (267 millions euros), avec une moyenne nette mensuelle de 394.000 CFP (3.300 euros) supérieure d'un tiers au reste du secteur privé du Caillou. Des salaires comparables à ceux des mineurs canadiens, australiens ou finlandais mais nettement supérieurs à ceux pratiqués en Indonésie, le nouveau géant du nickel, qui concurrence la Nouvelle-Calédonie.

LME-Nickel le 18/12/2021 (clôture hebdomadaire de la Bourse des métaux de Londres) : 19.625 dollars/t. -0,60%