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Rapport Cyclope 2019 : Outre-mer aussi, les matières premières à la peine

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NICKEL
©ECONOMICA
Nickel et cobalt de la Nouvelle-Calédonie ou produits de la région Asie-Pacifique, l’optimisme de 2018 laisse place à une inversion de tendance qui souffle sur l’économie mondiale. Ce vent de doute résume les "illusions perdues" de Philippe Chalmin.
 
Le Cercle Cyclope associe des spécialistes des commodités, autrement dit des matières premières, autour de Philippe Chalmin. L'historien, mémoire vivante des matières premières, a présenté ce 15 mai le 33e rapport de la série, sous-titré "Les illusions perdues", un titre emprunté à Honoré de Balzac. La désillusion est provoquée par des perspectives de croissance incertaines et par la multiplication des tensions commerciales, notamment entre la Chine et les Etats-Unis, qui pèsent sur les marchés de matières premières.
 

Langueur et doute

Oublié l’optimisme de 2018, place à "un vent de langueur et de doute sur l’économie mondiale", résume Philippe Chalmin, coordonnateur du rapport sur les marchés de matières premières et fondateur du cercle Cyclope. Les "illusions perdues" de Philippe Chalmin ? Une mondialisation heureuse, régulée et porteuse de croissance, telle qu'elle se dessinait il y a un an.
 

Le monde des matières premières, à Londres ou à Shanghai, vit au rythme des tweets de Donald Trump contre la Chine, loin des hommes et des femmes qui produisent dans les mines et dans les usines. 
Philippe Chalmin

Les véhicules électriques et le nickel

Cyclope analyse l’ensemble des commodités, scrutant leurs fondamentaux autant que les conséquences sur les prix des conflits géopolitiques. Cette année, l’accent est mis sur les métaux électriques et énergétiques (cobalt, nickel, lithium, palladium…). Les espoirs sur la demande de nickel des batteries électrique restent à confirmer, car leur usage reste au second plan par rapport à la demande pour l’acier inoxydable. "La crainte sur les perspectives de croissance du marché chinois pèse sur le nickel qui retrouve des zones de basses eaux, le nickel est particulièrement sensible à la géopolitique mondiale, à la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine", note Philippe Chalmin " bien que le marché mondial se trouve en déficit, les prix ont rechuté, ils sont scotchés à la baisse et ce n’est pas bon pour la Nouvelle-Calédonie." Malgré tout, l'économiste des matières premières estime que le nickel pourrait trouver une deuxième jeunesse avec l’essor des véhicules électriques.
 
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Philippe Chalmin, coordinateur du rapport Cyclope ©AFP
 

​​​​​Du gaz australien pour la région Asie-Pacifique

L’autre aspect important souligné par Philippe Chalmin est la croissance des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL). Grâce à l’arbitrage énergétique qu’il rend possible, " des marchés dérivés se développent, avec des investissements monstrueux en Australie". Les marchés du gaz ont été "dominés par des prix qui baissent fortement » ce qui renforce l’intérêt pour cette énergie performante et propre choisie pour la prochaine centrale électrique de Nouméa et l’usine de nickel de la SLN.
 

Doute sur la croissance mondiale

Si ce vent mauvais "épargne quelque peu les Etats-Unis", il a balayé la croissance des pays émergents comme celle de l’Europe, explique Philipe Chalmin. "D’un côté, nous assistons à l’arrivée sur le marché de nombre d’investissements industriels décidés dans les années 2006-2014, et de l’autre nous avons des doutes sur maintien de la croissance mondiale." Ainsi, l’appréciation du dollar, rappelle Philippe Chalmin "a une corrélation inverse avec les prix des matières premières". Pour le cobalt dont les prix ont baissé aprés avoir atteint des sommets "ils ont été minés par le jeu stratégique du Congo qui a inondé le marché".
 

La Chine et la Nouvelle-Zélande face à la peste porcine

Philippe Chalmin rappelle qu’en mai 2018, Pascal Lamy avait conclu le colloque sur l’Iran et la Chine face aux Etats-Unis. "Au moment de la sortie de l’édition 2019 de Cyclope, nous avons toujours ces deux fronts et bien d’autres encore, à l’instar des tensions accrues ces jours-ci dans le Golfe. Dans ce genre de conflits commerciaux, les matières premières sont aux premières loges." Illustration avec l'industrie de la viande de porc qui pâtit ou bénéficie, selon les acteurs de la peste porcine en Chine. Les prix du porc en Europe et dans les Outre-mer pourraient grimper de 30 %. Autre conséquence de la peste porcine en Chine, la forte augmentation des importations chinoises de viande ovine néo-zélandaise. Elle devrait entraîner une hausse des prix de la viande de mouton exportée par Wellington dans la région Asie-Pacifique.
 

Les illusions perdues de l'or

Concernant le marché de l’or, "il n’est pas très flamboyant" reconnaît Philippe Chalmin, et les prévisions sont moroses. La demande annuelle de bijoux en or en Inde et en Chine a peu progressé. La soif des banques centrales fait exception : elles n’ont pas acheté autant d’or depuis un demi-siècle. Évoquant les "illusions perdues" des projets aurifères en Guyane française, Philippe Chalmin conclut "il y a toujours l’opportunité de faire des mines propres dans le département, soumises à la réglementation française la plus stricte, mais visiblement nous sommes dans un pays qui a inscrit le principe de précaution dans son ADN."

Pour le 33eme rapport Cyclope, le contexte reste donc marqué par la poursuite de l'ajustement baissier des cours des matières premières. "Les perspectives sont devenues moins positives, et le tableau bien plus incertain que le précédent de 2018" conclut le professeur à l’Université de Paris-Dauphine.

 
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