Rassemblement des syndicats de police en soutien à leur collègue réunionnais

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Manifestation de syndicats de police pour leur collège réunionnais
Manifestation de syndicats de police pour leur collège réunionnais. ©Louis Metivier
Mobilisation des policiers dans une quarantaine de villes devant des tribunaux et des commissariats pour soutenir leur collègue réunionnais. Ce dernier a été mis en examen pour homicide volontaire pour la mort de deux hommes sur le Pont-Neuf, dimanche 24 avril.

A quelques centaines de mètres du lieu du drame, et à quelques pas du Palais de Justice de Paris, ils sont plusieurs centaines de policiers a manifester pour soutenir leur collègue réunionnais. Une manifestation qui a lieu dans d’autres villes de France et qui a été lancée par les syndicats Alliance, UNSA Police et Synergie.

"C’est un message envoyé au ministère de la Justice et au gouvernement, qu’ils comprennent notre collègue et notre incompréhension face à ce drame."

Eric Besge

" On manifeste aujourd’hui suite à la décision prise par les magistrats, celle de qualifier d’homicide volontaire ce qu’a commis mon collègue, donc on ne remet pas en cause la procédure, ni l’enquête", déclare Eric Besge, policier originaire de La Réunion tout comme son collègue mis en examen, et responsable au sein du syndicat Alliance du DROM-COM Île-de-France.

Eric Besge, responsable Drom Com Île-de-France au sein du syndicat policier Alliance
Eric Besge, responsable Drom Com Île-de-France au sein du syndicat policier Alliance. ©Louis Metivier

"Homicide volontaire" : une qualification qui ne passe pas

"On remet en cause la qualification d’homicide volontaire. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, homicide volontaire envoi l’image que ce collègue, c’est un meurtrier. C’est pour ça qu’on manifeste aujourd’hui, on une colère et une incompréhension", explique Eric Besge. Dans l’incompréhension justement, ce dernier ajoute : "Les réquisitions du procureur étaient moins importantes que la décision prise par les magistrats."

On voit qu’au niveau de la justice, le collègue, même s’il est dans le cadre légal, il est quand même embêté. On parle d’homicide volontaire, au niveau mental, surtout pour un jeune collègue, c’est compliqué.

David, policier originaire de la Guadeloupe

Pour Sébastien, policier originaire de la Martinique, "il faut retenir violence avec arme, ayant entraîné la mort sans intention de la donner", avant d’ajouter en ironisant : "Je ne pense pas que le collègue se soit levé le matin, ait pris son HK G36, ait préparé le terrain pour commettre son méfait, pas du tout ! On sait bien que ce sont des circonstances qui sont intervenues indépendamment de sa volonté, jamais le collègue a utilisé son arme volontairement, pour ôter la vie au conducteur et au passager."

Sébastien, Eric et David, des policiers qui soutiennent leur collègue réunionnais
Sébastien, Eric et David, des policiers qui soutiennent leur collègue réunionnais. ©Louis Metivier

Lorsque le policier a été mis en examen pour "homicide volontaire", le syndicat Alliance avait dans la foulée publié un tract dénonçant une "décision inadmissible" des juges d’instruction.

Soutenir et accompagner leur collègue

Plusieurs policiers ultramarins étaient présents à cette manifestation. La situation de leur collègue réunionnais les touche particulièrement. "Là, je sors d’une vacation de nuit très agitée, mais je me sens très concerné parce qu’il se passe avec le collègue, donc automatiquement, j’ai eu beaucoup d’empathie pour la situation", confie Sébastien, avant d’ajouter : "Je suppose que pour beaucoup de policiers qui vivent dans l’Hexagone, on se dit qu’on aurait pu se retrouver dans cette situation, (…) C’était essentiel pour moi de manifester mon soutien et ma solidarité pour mes collègues, surtout qu’en plus, il connaît les mêmes difficultés que nous. Je suis un ultramarin également, originaire de la Martinique, il est loin de sa famille, donc je sais exactement ce qu’il peut ressentir."

Sébastien, policier originaire de la Martinique
Sébastien, policier originaire de la Martinique. ©Louis Metivier

Je laisse la justice faire son travail, cependant, il faut savoir que pour moi, le collègue aura toujours tout mon soutien.

Sébastien, policier originaire de la Martinique

Une seule raison de se "réjouir" pour les policiers manifestants, l’autorisation pour leur collègue de rentrer à La Réunion le temps de la procédure. Pour David, policier originaire de la Guadeloupe, "on voit beaucoup de collègues ultramarins qui viennent dans l’Hexagone pour pouvoir exercer, qui sont souvent seuls. C’est bien qu’il soit accompagné dans ces moments difficiles, surtout qu’il ne peut pas être en contact avec ses collègues. Donc c’est bien qu’il soit à La Réunion pour traverser cette épreuve difficile." Le jeune policier mis en examen qui est au plus bas moralement selon ses collègues.

Les faits

Le soir du deuxième tour de l’élection présidentielle, le dimanche 24 avril, le policier réunionnais, qui patrouille autour de la préfecture de police, se dirige avec ses collègues vers une voiture garée à contre sens, feux de détresse allumés. Mais en s’approchant, la voiture démarre, "fait un refus d’obtempérer, entraînant une de mes collègues et fonçant sur l’un d’entre eux, donc mon collègue, en une fraction de seconde, a su réagir", détaille Eric Besge.

Le policier réunionnais a en effet tiré une dizaine de cartouches avec son fusil d’assaut, tuant le conducteur, le passager avant, et blessant le passager arrière. Pour ses collègues présents à la manifestation, leur collègue originaire de La Réunion a bien réagit. "On pourra se refaire le film plusieurs fois, mais je ne sais pas ce que j’aurais fait à sa place", avance Sébastien, quand Eric affirme que son "collègue a bien réagi, ce qu’il a fait, c’est son devoir de policier, c’est de protéger ses collègues, il a sauvé sa vie et celle de ses coéquipiers, tout simplement."

Eric Besge et ses collègues policiers ultramarins
Eric Besge et ses collègues policiers ultramarins. ©Louis Metivier