Réinsertion : des anciens détenus témoignent

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Réinsertion : des anciens détenus témoignent
La cinquantaine, Jean-Yves et Yves se reconstruisent après plusieurs passages sous les verrous. ©Julie Straboni
Comment se reconstruire après la détention ? A leur sortie de prison, les libérés n’ont souvent que quelques euros en poche. Certains peuvent compter sur leurs proches, quand d’autres n’ont aucun point de chute. Heureusement il existe des structures d'accompagnement pour les remettre sur les rails.
Dans les locaux de l'Arapej (l’Association réflexion action prison et justice), dans le XIIIe arrondissement de Paris, plusieurs anciens détenus attendent leur tour. Ici il est possible de rencontrer des travailleurs sociaux, une psychologue ou une conseillère en insertion professionnelle. La salle informatique offre l'accès à internet, des offres d'emploi sont affichées au mur. 47 places d'hébergement accueillent principalement des hommes, qui restent en moyenne 17 mois. Certains en bénéficient depuis plusieurs années, quand d'autres ont repris le chemin de la prison. Selon l'Observatoire international des prisons, 61% des personnes condamnées à une peine ferme sont réincarcérées dans les 5 ans. Pourtant les moyens de l'administration pénitentiaire se concentre principalement sur le tout carcéral et les moyens manquent cruellement aux personnels et aux structures qui assurent l’accompagnement socio-éducatif et l’hébergement des sortants de prison.

Réinsertion : des anciens détenus témoignent
Jean-Yves a une mère martiniquaise et un père guadeloupéen : "Il y a plus malheureux que moi... Mais aujourd'hui je serai mieux si j'avais un CDI." ©Julie Straboni

"Refaire surface"

Jean-Yves, 50 ans, est suivi par l'Arapej depuis 3 ans. Il occupe un studio dans le même arrondissement. "Grâce à l'Arapej, j'ai un logement. Cela me permet de refaire surface, de chercher un travail, de me créer un cercle de connaissances et de me remettre en question, surtout." L'Antillais a passé dix ans derrière les barreaux pour des braquages. Il a entrepris une formation pour travailler dans la restauration collective. "Ça me permet d'avoir du temps pour faire ce dont j'ai envie. Je me lève tôt le matin, je prends mon poste entre sept et huit heures et j'ai terminé en début d'après-midi. C'est un rythme qui me va bien car j'ai beaucoup de liberté pour faire du sport ou autre."

Le Graal du CDI

Jean-Yves semble prêt à vivre une existence sans argent facile. "Je suis passé à autre chose. Gagner de l'argent avec la sueur de son front, et gagner de l'argent de façon malhonnête c'est deux choses différentes : si vous ne respectez pas l'argent, il ne vous respecte pas." Après un CDD d'un an, il est au chômage, et en recherche active. "Pour l'instant, je vois qu'il y a un éclaircissement. Parce que je suis dans une dynamique où je veux un boulot, emprunter de l'argent à une banque et rembourser par prélèvements automatiques. Je vous le détaille comme ça parce que c'est vraiment ce que je veux ! J'aimerais voyager. J'ai peu d'expérience mais il ne faut pas s'arrêter là-dessus, il faut continuer de se battre. Après vaille que vaille : il faut retourner poussière, alors on attend."

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Yves : "Ça se passe super bien car cette fois je suis suivi par l'Arapej" ©Julie Straboni


"Je sortais... et je retombais"

Pour Yves, 52 ans, la perspective de l'emploi semble encore lointaine. Il dit n'avoir connu que le "business" dans sa jeunesse en Martinique. Dans les années 90, sa famille le presse donc de s'installer dans l'Hexagone pour trouver du travail. Il fera un peu d'interim avant de se retrouver SDF, après une séparation. Il est arrêté plusieurs fois pour des vols, "des petits trucs, explique-t-il. Il fallait que je fasse quelque chose pour me débrouiller parce que c'est pas évident quand on est à la rue. On ne fréquente pas les bonnes personnes. Donc je ne restais pas longtemps dehors : je sortais et je retombais." Libéré depuis deux ans, le Martiniquais ne sait pas dire combien de temps il a passé sous les verrous.
 

Rentrer en Martinique la tête haute

L'accompagnement de l'Arapej lui a permis de retrouver une situation. "Cette fois ci à ma sortie de prison j'ai eu un suivi. Les autres fois je me trouvais tout seul, à la rue... J'ai passé trois mois dans un centre de désintoxication pour me faire soigner. Là j'ai pu m'en sortir car on m'a orienté vers l'Arapej. Ils m'ont aidé sur toutes mes démarches : maintenant j'ai des papiers, j'ai la CMU et le RSA." L'ex-taulard essaye de se "remettre sur pied. Je ne peux pas travailler pour le moment car j'ai des soucis de santé. Mais le fait de ne rien faire ne m'aide pas. Alors il m'arrive de me faire quelques petits délires, mais beaucoup moins qu'avant." Yves réfléchit à se réinstaller dans son île natale. "Je veux y arriver de moi-même, sans aide de ma famille. Ils ont déjà tellement fait pour moi..."