TÉMOIGNAGE. Guadeloupe : le paradis bientôt perdu ?

en 1ère ligne
Plage de Guadeloupe ©Steve Salim
Et si c’était trop beau pour être vrai ? Derrière l’image parfaite de la plage qui fait rêver, il y a une réalité plus complexe. Steve, la vigie “En 1ère ligne” de la Guadeloupe, évoque le problème des saragasses, ces algues qui s’échouent en masse depuis une dizaine sur les côtes de son île. Voici son témoignage.

Voici une plage sur laquelle je vais tous les jours, au niveau du parc archéologique Ouatibi Tibi, près du Moule. Sable fin, palmiers, eau turquoise : le paysage, que vous pouvez voir en haut de l’article, a tout pour faire rêver. C’est le genre de lieu qui fait de la Guadeloupe une île sublime, ultra-attractive pour les touristes. 

Sauf qu’à partir de janvier, et pendant plusieurs mois, la “saison des sargasses” vient enlaidir ce paysage paradisiaque…

Sargasses ©Steve Salim

Une fois échouées, les sargasses pourrissent au soleil et dégagent une odeur nauséabonde, bien connue de tous les caribéens, je peux vous l’assurer. Des relents de soufre et d'œuf pourri… insupportables. Et en plus ces gaz sont dangereux pour les enfants, les personnes âgées et les animaux. Je croise souvent des poissons morts, des oiseaux piégés dans les algues ou des crabes asphyxiés.

Je pourrais encore donner de nombreux exemples de conséquences, avec des hôtels qui ont vu fuir leurs clients, ou qui ont même fermé, mais je pense particulièrement au restaurant du Lagon, à Saint-François. 35 ans d'existence et il a dû fermer à cause des sargasses, malgré les nombreux nettoyages et tous les efforts du personnel. Son gérant s’est battu jusqu’au bout mais a fini par se résigner. Il a dû licencier tout le monde et mettre la clé sous la porte. 

Mais d’où viennent les sargasses ?

Déjà, il est important de savoir que les sargasses ont toujours échoué sur nos côtes guadeloupéennes et caribéennes. Je me rappelle, enfant, avoir joué avec elles, sur la plage et dans l’eau. Sauf que depuis plus d’une dizaine d’années maintenant, leurs échouages n’ont plus rien de marginal…

En 2018, des images satellites ont démontré que ces algues provenaient de l’embouchure de l’Amazone. Les nutriments naturels contenus dans l’eau du fleuve, combinés à l’utilisation massive d'engrais, contribueraient à la croissance et au développement massif des sargasses. Elles dérivent sur 2000 kilomètres, au large des côtes brésiliennes et guyanaises, pour ensuite arriver sur nos plages.

Sargasses ©Steve Salim

Et ce phénomène devrait s’accentuer dans les prochaines années, en raison de la destruction de la mangrove d’Amérique latine, qui permettait jusqu’ici de retenir une grande partie des nutriments provenant des fleuves. Nous sommes donc des victimes collatérales des déforestations, de l’urbanisation et de l’agriculture intensive.

Comment régler le problème ?

Heureusement, il existe beaucoup d’idées et d’initiatives pour essayer de recycler ces sargasses et transformer ce fléau en opportunité. Des agriculteurs bio, par exemple, s’en servent comme engrais naturel (mais gardent le processus de transformation secret, pour l’instant). 

Une autre idée, venue des Etats-Unis, propose de mélanger les algues au sable pour lutter contre l’érosion des plages… et sûrement leur disparition partielle chez nous. Mais ce n’est pas tout : les sargasses peuvent être transformées en plastique, en papier ou encore en biomatériaux pour la construction. Quoi qu’il en soit, il serait temps de mettre réellement en place ces solutions, car malheureusement, le temps presse…

Steve, vigie "En 1ère ligne" de Guadeloupe