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"Thierry Dol aurait pu être libéré bien plus tôt" selon Jean-Marc Gadoullet

Les otages d'Arlit dont le Martiniquais Thierry Dol auraient pu être libérés 18 mois plus tôt s'il n'y avait pas eu de "réseaux mafieux". C'est ce que révèle Jean-Marc Gadoullet, ex-colonel de la DGSE, dans son livre Agent secret. La1ere.fr l'a rencontré.

Jean-Marc Gadoullet, l'agent secret qui parle
  • Par Cécile Baquey
  • Publié le
Au siège des éditions Robert Laffont, Jean-Marc Gadoullet dédicace des livres. Une pile d'"Agent secret", son récit, trône sur la table de la salle de réunion. Son livre écrit avec Matthieu Pelloli, journaliste au Parisien, retrace son parcours d’espion. Du Cambodge au Tchad en passant par la Guyane sur les traces des orpailleurs illégaux jusqu’au Mali, Jean-Marc Gadoullet se livre avec parcimonie. 
 
Jean-Marc Gadoullet, ex-colonel de la DGSE © DR
© DR Jean-Marc Gadoullet, ex-colonel de la DGSE

Dix-huit mois plus tôt

Sans aucun doute, l’ex-colonel de la DGSE a décidé de prendre la plume pour raconter sa version de la libération des otages d’Arlit et régler ses comptes dans ce dossier. Jean-Marc Gadoullet estime que les quatre otages libérés en octobre 2013, parmi lesquels Thierry Dol, auraient pu l’être 18 mois plus tôt si son action n’avait pas été court-circuitée. 

Thierry Dol à son arrivée à l'aéroport militaire de Villacoublay © KENZO TRIBOUILLARD / AFP
© KENZO TRIBOUILLARD / AFP Thierry Dol à son arrivée à l'aéroport militaire de Villacoublay
 

Septembre 2010

Pour bien saisir l’affaire, faisons un bref retour en arrière. Dans la nuit du 15 au 16 septembre 2010 à Arlit, une ville minière au nord du Niger, une poignée de djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) enlève sept employés d’Areva et de Sogea-Satom, une filiale du groupe Vinci.

Abou Zeid, responsable d'Aqmi

Les hommes menés par Abou Zeid l’un des chefs d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), pénètrent sur le site d’extraction d’uranium où logiquement la sécurité aurait dû être particulièrement élevée. Daniel et Françoise Larribe, Pierre Legrand, Marc Féret et Thierry Dol, sont victimes de ce rapt, ainsi que le Togolais Alex Kodjo Ahonado et le Malgache Jean-Claude Rakotoarilalao. 
 
Thierry Dol, otage d'Aqmi © Martinique 1ère
© Martinique 1ère Thierry Dol, otage d'Aqmi

Les otages sont emmenés au nord du Mali, dans la région désertique de l’Adrar des Ifoghas. Au moment de la prise d’otage en septembre 2010, Jean-Marc Gadoullet a quitté la DGSE, il vient de monter sa société OPOS (Opérations et organisations spéciales).
 

Intime des touaregs

L’ex-colonel de la DGSE propose ses services. Il a déjà silloné la région de l’Adrar des Ifoghas et connaît de manière intime des touaregs qui parcourent ses pistes. "Je connais la région comme ma poche, j’y ai noué des amitiés solides, et à la tête de ma société, j’ai élaboré le protocole de sécurité des sites Sogea-Satom au Mali", écrit Jean-Marc Gadoullet dans son livre. 

Adrar des Ifoghas au nord du Mali © DR
© DR Adrar des Ifoghas au nord du Mali

Rencontre avec Abou Zeid

L’agent secret se retrouve donc convoqué par les dirigeants de Vinci puis d’Areva. Il propose tout simplement de rencontrer le responsable de la prise d’otage Abou Zeid. Dans son livre, Jean-Marc Gadoullet fait le récit de cette rencontre qu’il finit par obtenir avec le chef terroriste d’Aqmi. L'agent secret n'en mène pas large. Il sait qu'il risque sa peau dans cette mission.
 
Abou Zeid, responsable d'Aqmi © DR
© DR Abou Zeid, responsable d'Aqmi

L'entretien avec Abou Zeid a lieu en plein désert de l'Adrar des Ifhogas. L'émir souffle le chaud et le froid, mais l'agent secret parvient à nouer le dialogue et entame des tractations. Après de multiples négociations, en février 2011, Jean-Marc Gadoullet parvient, si l'on en croit son récit, à faire libérer Françoise Larribe ainsi que les otages togolais et malgache. Pour prouver sa bonne foi, l'agent secret publie dans son récit le témoignage de Françoise Larribe qui confirme son rôle de négociateur et de libérateur. 
 

Conditions effroyables

Francoise Larribe laisse derrière elle son mari Pierre. Ce dernier est détenu avec Thierry Dol. Leurs conditions de détention sont effroyables, pires que celles de Marc Feret et de Pierre Legrand. Jean-Marc Gadoullet en livre quelques détails puisés dans les témoignages de Thierry Dol au Parisien. "Nous étions la plupart du temps attachés, les yeux bandés, vivant et dormant à même le sol. Il nous traitaient comme des esclaves, nous assignaient des corvées (...) nous avions droit à 2 litres d'une eau maculée de gazole par jour sous une température de 60°". 
 
Thierry Dol et Pierre Larribe © AFP
© AFP Thierry Dol et Pierre Larribe

Tentative d'évasion

L'agent secret raconte aussi comment Thierry Dol et Pierre Larribe ont essayé de s'évader en février 2012. Pendant deux mois les deux hommes ont stocké des restes de nourritures dans leurs vêtements. Ils ont marché de nuit trente kilomètres pendant deux jours, jusqu'à rencontrer un chamelier dont le fils les a dénoncé. "Ils ont pris des risques immenses, ajoute Jean-Marc Gadoullet, Abou Zeid était sans doute fou de rage, mais je sais d'une source très proche, ajoute l'agent secret, qu'il ne les a pas punis. Le chef d'Ami qui trouvaient les deux hommes courageux, a même adouci les conditions de leur détention par la suite". 
 

"Le clud de novembre"

Retour à la case départ pour les deux otages. Pendant ce temps, en France les élections présidentielles approchent. Mais pour Jean-Marc Gadoullet, ce n'est pas la raison du blocage. Il écrit : "en novembre 2011, huit mois après la libération des trois premiers otages, un petit groupe de personnes à Paris - je les ai surnommées "le club de novembre" s'est organisé depuis le printemps pour m'empêcher d'aboutir à la libération des quatre derniers captifs (NDLR dont Thierry Dol) détenus par Abou Zeid". Devant La1ere.fr,  le patron d'OPOS dénonce par ailleurs une campagne médiatique visant à le "démolir".
 
Jean-Marc Gadoullet, agent secret © DR
© DR Jean-Marc Gadoullet, agent secret

Procédure

Jean-Marc Gadoullet a porté plainte contre X pour tentative d'assassinat. A sa plainte s’ajoutent celles des deux ex-otages Thierry Dol et Marc Ferret contre l'Etat et Areva pour "complicité de séquestration en relation avec une entreprise terroriste et non-assistance à personne en danger déposées en décembre 2015 et janvier 2016. L’agent secret se dit dans son livre "prêt" pour la "confrontation des versions qui aura lieu prochainement".
 
© LP
© LP

Libérés en octobre 2013

Pour Jean-Marc Gadoullet , pas de doute, si "des personnes mal intionnés" n’avaient pas "bloqué son travail de négociateur". Il aurait pu libérer les derniers captifs "deux ans plus tôt !" Finalement, c’est en octobre 2013 que les quatre hommes ont retrouvé la liberté.
 
Présentés par François Hollande sur le tarmac de Villacoublay, les quatre barbus durement éprouvés par leur séjour se prêtent de mauvaise grâce au jeu des mondanités. Ils refusent de prendre la parole quand le président les y invite. Sont-ils au fait des intenses tergiversations, des luttes d’influences qui ont précédé leur libération ? Peut-être…
 
Le Martiniquais Thierry Dol est accueilli par ses proches à sa descente d'avion, le mercredi 30 octobre à l'aéroport militaire de Villacoublay © AFP/KENZO TRIBOUILLARD
© AFP/KENZO TRIBOUILLARD Le Martiniquais Thierry Dol est accueilli par ses proches à sa descente d'avion, le mercredi 30 octobre à l'aéroport militaire de Villacoublay

Les anciens d'Arlit

En septembre 2015, Jean-Marc Gadoullet a retrouvé les ex-otages d’Arlit dans une brasserie parisienne (photo ci-dessous). "C’était très joyeux, sourit Jean-Marc Gadoullet. Thierry Dol s’est beaucoup amusé comme tous les autres", ajoute-t-il. "Chaque année, autour de septembre octobre, j’appelle chacun des otages, pour célébrer l’anniversaire de leur libération. On n’a jamais coupé les ponts".

Les ex-otages (dont Thierry Dol) et jean-Marc Gadoullet en septembre 2015 à Paris © DR
© DR Les ex-otages (dont Thierry Dol) et jean-Marc Gadoullet en septembre 2015 à Paris

"Deux véritables responsables" 

Et l’agent secret n’a pas non plus coupé les ponts avec toute cette affaire d’Arlit. "Pendant trois ans, affirme-t-il, j’ai mené une enquête pour comprendre ce qui avait bloqué la libération des otages. Dans "ce club de novembre", j’ai identifié 12 personnes, mais au final il y a deux véritables responsables. J’attends que la justice fasse son travail. Ils aboutiront aux mêmes conclusions que moi et ensuite je publierai la suite de mon récit. Il est déjà écrit. Il attend, » conclut l’ex-colonel de la DGSE désormais installé en Suisse "par mesure de sécurité". 

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