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Trois questions à Franck Roux, spécialiste des cyclones [INTERVIEW]

L’Assemblée nationale a décidé de la création d’une mission d’information sur les événements climatiques majeurs. Plus de deux mois après le passage d'Irma qui a dévasté Saint-Martin et Saint-Barthélemy, La1ère interroge un spécialiste des cyclones, professeur à Toulouse. 

Franck Roux, spécialiste des cyclones © AFP
© AFP Franck Roux, spécialiste des cyclones
  • Par Cécile Baquey
  • Publié le , mis à jour le
La conférence internationale sur le climat (COP23) organisée par les îles Fidji se termine à Bonn en Allemagne. Selon des chercheurs, les signaux sont au rouge et menacent "la sécurité humaine". L’année 2017 a été particulièrement chaude et agitée. En témoigne le passage dévastateur d’Irma à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy. Le 6 septembre 2017, le cyclone a littéralement dévasté les deux îles françaises. Quelques jours après, Maria rasait l’île de la Dominique, voisine de la Martinique et de la Guadeloupe. 

Une rue de Saint-Martin après le passage de l'ouragan Irma. © Nordine Bensmail
© Nordine Bensmail Une rue de Saint-Martin après le passage de l'ouragan Irma.

Depuis 1992, Franck Roux s’intéresse aux cyclones après avoir beaucoup travaillé sur les radars météorologiques. La1ère.fr a contacté ce spécialiste des cyclones, professeur à l’Université de Toulouse et auteur de Fureurs des cieux, cyclones tropicaux et autres tempêtes (Ellipses).

La1ère : Les vents qui se sont abattus sur Saint-Barthélemy et Saint-Martin le 6 septembre causés par Irma ont été particulièrement violents (plus de 300 km / heure). L’intensité d’Irma est-elle due au changement climatique ?
Franck Roux : C’est encore difficile à affirmer avec certitude car nous travaillons avec des modèles qui ne sont pas encore assez précis. Chaque point du modèle est distant de 100 kilomètres. L’étude des cyclones demande plus de précisions.

Toutefois il y a autant de cyclones sur la planète que par le passé, mais ils risquent bien d’être plus intenses. Avec une mer plus chaude, il y a plus d’humidité. Ce duo est un carburant pour provoquer des pluies diluviennes. On l’a récemment observé au Texas avec la passage de l’ouragan Harvey.

Avec Irma, ce sont les vents qui se sont révélés d’une intensité incroyable. Au mois d’août, compte tenu des conditions océaniques et atmosphériques, on se doutait que l’activité cyclonique serait forte dans l’Atlantique. Cette année 2017 ressemble un peu aux années exceptionnelles 2004 et 2005 (cyclones Ophelia et Katrina).

Irma vu de la station spatiale internationale © Sergey ISS
© Sergey ISS Irma vu de la station spatiale internationale

Un événement comme Irma se produit normalement une fois par décennie et ne passe sur une petite île comme Saint-Martin ou Saint-Barthélemy qu'une fois par siècle environ. Avec le changement climatique, la probabilité d’avoir un événement exceptionnel sera plus élevée. 

La1ère : Comment s’adapter à de tels événement climatiques ?
Franck Roux : A La Réunion, en Nouvelle-Calédonie ou aux Antilles, les gens sont préparés aux cyclones. Mais à Saint-Barthélemy, si l'on se réfère à une récente étude mentionnant des archives remontant au 17ème siècle, il n'est pas sûr qu’un pareil événement se soit produit depuis. 

© Kevin Barrallon
© Kevin Barrallon

S’adapter à des cyclones de catégorie 3 ou 4, c’est une chose, mais quand les vents dépassent 300 km comme ce fût le cas pour Irma, cela devient très compliqué. Il faudrait tout construire en béton armé ! Certains ont pu dire, "il faut arrêter de vivre à certains endroits". Mais comment expliquer aux 30 millions de retraités installés en Floride de retourner dans le Minnesota ? 

C’est pareil pour les habitants de Saint-Martin ou de Saint-Barthélemy. Le plus grave, ce sont les îles pauvres comme Haïti où la question de l’adaptation n’est même pas envisagée.

La1ère : Une mission d’information sur les événements climatiques majeurs a été mise en place à l’Assemblée nationale, est-ce que vous pensez que les pouvoirs publics ont suffisamment alerté la population ?
Franck Roux : Je vous parle à titre personnel. Depuis 10 ans, Météo France fait un effort pour livrer des prévisions à haute résolution grâce à son logiciel Arome. A 24 heures de l’arrivée d’Irma sur les deux îles du nord, on connaissait la trajectoire du cyclone à 50 à 70 km près.

Mais le problème, c’est de prévoir l’intensité de l’ouragan. Un cyclone est une machine thermique complexe. On ne peut jamais être sûr que l’évolution prévue par le modèle va correspondre exactement à la réalité car on est loin de disposer de toutes les informations qui permettrait de comprendre parfaitement l'évolution du cyclone modélisé.

Cyclone Maria © Météo France
© Météo France Cyclone Maria

Le message de Météo France était le suivant : "le cyclone va passer très près, il risque d’être intense, voire très intense". Ce qui s’est produit fait partie des événements de catégorie 5, c’est vraiment le haut du panier.

Moi, je me rappelle avoir vécu le passage du cyclone Andrew de catégorie 5 à Miami en 1992. C’était terrifiant comme une scène de guerre. Nous étions quatre enfermés pendant plusieurs heures dans des toilettes avec un chien qui hurlait à la mort. A la fin du cyclone, des gens hagards erraient dans la rue. Donc concernant la gestion par les autorités des conséquences immédiates du passage d’Irma, je ne veux pas jeter la pierre.

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