Un naturopathe antillais né à Nouméa condamné à deux ans de prison avec sursis pour exercice illégal de la médecine

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Salle d'audience au Tribunal de Paris
31ᵉ chambre correctionnelle du TGI de Paris. ©Karine ZABULON
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné Miguel B., né à Nouméa et d'origine antillaise, à deux ans de prison avec sursis pour exercice illégal de la médecine et usurpation du titre de médecin. Il était jugé après le décès d'un homme atteint d'un cancer à qui il avait conseillé des purges.

Des purges et des jus en lieu et place d'une chimiothérapie et désormais, une interdiction définitive d'exercer en lieu et place des consultations dans son cabinet du Val-de-Marne. Miguel B., d'origine antillaise et né à Nouméa, a été condamné ce vendredi 15 octobre par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans de prison avec sursis pour exercice illégal de la médecine et usurpation du titre de médecin en France. 

"Plan de santé"

La justice n'avait pas retenu le chef d'homicide involontaire pour lequel l'enquête a été lancée en février 2019 après la plainte d'une femme, dont le compagnon est décédé en décembre 2018. Ce dernier, atteint d'un cancer des testicules diagnostiqué en 2016, était suivi par Miguel B. qui lui avait élaboré un "plan de santé" constitué de purges, de jeûnes, d'aliments crus et de cures d'huiles essentielles. "Il a fait croire à mon compagnon qu'en suivant ce protocole, il n'allait pas avoir besoin de chirurgie, alors que ne serait-ce qu'une ablation l'aurait sauvé", avait déclaré la plaignante lors de l'audience, qualifiant le naturopathe de "gourou".  

Proche d'Irène Grosjean, la "papesse" du crudivorisme et des médecines alternatives, Miguel B. se présente comme docteur en médecine moléculaire, spécialisé en neurosciences et en biochimie.

Docteur, mais pas médecin

Sur son CV, il mentionne un doctorat et un post-doctorat de deux universités américaines. Des diplômes dont l'authenticité n'a pourtant pas été vérifiée durant l'enquête, rappelle son avocat, Me Guillaume Martine. Une enquête largement critiquée durant le procès par l'ensemble des parties.

Mais si ces diplômes autorisent Miguel B. à se faire appeler "docteur", ils ne lui permettent pas d'être médecin, ce que lui reproche la justice. "L'ensemble des éléments rendent compte de la volonté persistante de Miguel B. de susciter la confusion sur sa qualité de médecin en France", a noté la cour. "Sa visibilité médiatique a trouvé écho dans la fragilité des personnes malades parce que se présentant comme "docteur" Miguel B."

Le tribunal conclut que Miguel B., en toute conscience et volonté, s'est substitué à un médecin, détournant ses patients de la médecine traditionnelle.



Depuis l'ouverture de l'enquête, Miguel B. a continué d'exercer son activité de naturopathe, de participer à des conférences et de vendre des extracteurs de jus, dont il prône l'usage pour la cuisine "vivante". Il organise aussi régulièrement des stages "pour changer de vie", autour de la santé "naturelle et vraie", dont un est prévu dès ce 16 octobre dans le sud de la France pour un coût de 450 euros par participant. 

Sauf s'il fait appel, Miguel B. ne pourra désormais plus exercer en tant que "naturopathe", "magnétiseur" ni "radiesthésiste". Il devra également faire publier sa condamnation, à ses frais, dans les annonces judiciaires et légales de plusieurs titres de presse. 

"Punir et préserver"

"Une décision lourde de conséquences", estime Me Martine, "et qui interroge par ailleurs, au-delà du cas de mon client, sur l'appréciation que l'on a désormais des pratiques alternatives qui semblent, bien que non interdites par la loi, pouvoir faire l'objet d'une condamnation de la part des tribunaux." Il indique que son client, qui n'était pas présent lors du délibéré, pourrait envisager de faire appel.

De son côté, l'avocat des parties civiles, Me Manuel Abitbol, voit dans cette condamnation un message fort envoyé aux praticiens qui voudraient "s'adonner aux mêmes dérives". "C'est 'punir et préserver', estime-t-il. Ces personnes sont désormais prévenues qu'on ne peut pas faire n'importe quoi avec la santé des gens."

40 kilos pour 1,64 m

Au moins trois autres familles, qui s'estiment également victimes des pratiques de Miguel B., ont pris contact avec Me Abitbol et pourraient lancer une nouvelle action de justice. L'une d'elle, rencontrée par Le Parisien, est persuadée de la responsabilité du naturopathe dans le décès d'une mère de famille en juillet 2020. À sa mort, elle pesait moins de 40 kilos pour 1,64 m. "Miguel a profité de sa faiblesse, il l’a manipulée, lui a retourné le cerveau", raconte sa sœur. "Je n’ai pas eu les moyens de prendre un avocat jusque-là, ajoute sa mère. Mais je ne veux plus qu’il y ait d’autres victimes."