VIDEO. À la 1ère page : Daniel Picouly fait parler la montagne Pelée

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Daniel Picouly présente son livre "Quatre-vingt-dix secondes", paru aux Éditions Albin Michel. Dans ce roman historique, l'auteur donne la parole à la montagne Pelée. Celle-ci observe les habitants et détaille les heures précédant l'éruption volcanique de 1902, qui transforma à jamais la Martinique.

"Le diable a bu du rhum. On a souillé les églises, déterré les cadavres. Saint-Pierre doit se repentir. Tandis que je crache de la boue et du feu, que je ravage les champs, les bêtes et les hommes, ils battent des mains comme des enfants à Carnaval. Ils oublient de redevenir des animaux sages, de faire confiance à leur instinct. Fuyez ! Je suis la montagne Pelée, dans trois heures, je vais raser la ville. Trente mille morts en quatre-vingt-dix secondes.

Avec une verve baroque et vibrante, Daniel Picouly incarne l’épopée terrifiante de la Montagne Pelée, force mythologique, dans un roman foisonnant aux résonances étrangement actuelles. 

L'auteur : Daniel Picouly

Daniel Picouly s’est imposé en 1996 avec  "Le Champ de personne" (Grand prix des lectrices de ELLE) puis avec  "L’enfant léopard" (Prix Renaudot, 1999). Il a publié aux éditions Albin Michel, "La nuit de Lampedusa",  "La faute d’orthographe est ma langue maternelle"  et  "Le cri muet de l’iguane". "Quatre-vingt-dix secondes" paraît  fin août 2018 toujours chez le même éditeur. Ce dernier roman remporte le prix Nice Baie des Anges 2019. L'écrivain aux racines martiniquaises a animé de nombreuses émissions littéraires sur France Télévisions dont "Café Picouly", "le Monde vu par" et "Page 19".

 

Extrait de "Quatre-vingt dix secondes"

Saint-Pierre est surtout une fille du port, les jambes ouvertes à tous les embruns. 

Rien n’entre ici ou n’en sort sans lui payer son écot en droits de quai. 

Saint-Pierre fait tapiner son port. Une sacrée gagneuse. Près de dix fois plus à la comptée que Fort-de-France. 

L’austère laisse la sale besogne à cette maquerelle parvenue. Saint-Pierre est la plus matador des femmes matadors, ces travailleuses de la chair, rentières du baldaquin qui pavoisent dans les rues, bourrelées d’or et d’arrogance, au bras de distingués protecteurs. 

Comme elles, Saint-Pierre se pare de poudre et se pince le nez pour ne pas être incommodée par l’odeur  de sueur, de nègre et de rhum qui imprègnent ces bas quartiers.