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Glencore met sous pression l'usine du Nord et le nickel du Koniambo

Glencore envisage des "décisions graves d'ici le mois de juin" pour l’usine du Koniambo. Ivan Glasenberg, son PDG, l'a annoncé pendant une visioconférence mondiale. Il répondait aux questions de ses investisseurs financiers. 

L'usine du Nord KNS-Glencore-SMSP Province nord de la Nouvelle-Calédonie
L'usine du Nord KNS-Glencore-SMSP Province nord de la Nouvelle-Calédonie
  • Par Alain Jeannin avec Tracy Annis-Champion
  • Publié le , mis à jour le

L’usine du Nord sous pression

Journaliste au Metal Bulletin (MB) de Londres, Jany Davies a pu assister à la visioconférence entre le patron de la multinationale Glencore et ses investisseurs mondiaux. Elle nous déclare: "Ivan Glasenberg était dépité quand il a évoqué le Koniambo. Selon lui, le site industriel est un gouffre financier".  En réponse aux inquiétudes de ses investisseurs, Ivan Glasenberg a donc confirmé la gravité de la situation. Et le patron de Glencore d'indiquer qu’il mettait la pression sur la direction de son usine calédonienne : "Le temps des décisions les plus sérieuses approche. Nous nous donnons jusqu’au mois de juin pour voir si le site peut fonctionner normalement", rapporte la journaliste du MB.

Ivan Glasenberg n’a pas mâché ses mots. L’usine du Nord est en grande difficulté. Elle serait responsable, pour la seule année 2015, d’une perte de 1,4 milliard de dollars qui plombe les résultats de la multinationale anglo-suisse. Au total, la dépréciation du Koniambo atteindrait la somme de 4 milliards de dollars, plus de la moitié de la valeur de l’usine calédonienne. Le Metal Bulletin ne précise pas qui doit prendre en compte la perte complémentaire de 2,6 milliards de dollars. La direction de Glencore en Suisse nous a confirmé les propos rapportés par le journal de référence du marché londonien des métaux, mais elle n'a pas souhaité en dire plus.

Nous n’avons pas l’intention de continuer à assumer une opération qui perd autant d’argent. Si on ne résout pas rapidement, d’ici le mois de juin, les problèmes de l’usine du Nord, nous serons dans une situation intenable...












Des résultats et vite

En Nouvelle-Calédonie, l’usine du Nord est adossée au grand gisement de nickel du Koniambo. Glencore ne cesse d’affirmer que le complexe métallurgique est un gouffre financier. Pourtant, sur place, les équipes techniques de Koniambo-Nickel veulent encore y croire. Elles déclarent même que les soucis opérationnels de l’usine sont en train de se résoudre progressivement. Problème : ces ingénieurs, Canadiens pour la plupart, n’auraient pas tout à fait la confiance de leur PDG, car ils sont à l’origine des innovations technologiques et peut-être des défaillances des deux fours métallurgiques.
 

Ils pensent que ça avance. Est-ce qu’ils sont certains à 100 % que nous avons résolu tous les problèmes ? Non, mais ils pensent qu’on y arrive petit à petit. En tout cas, nous devons arriver à un résultat rapide, sinon nous devrons prendre d’autres décisions...

Site industriel de l'usine de nickel du Koniambo en Nouvelle-Calédonie © Alain Jeannin
© Alain Jeannin Site industriel de l'usine de nickel du Koniambo en Nouvelle-Calédonie


Le prix nickel s'est effondré

En conclusion de sa visioconférence, Ivan Glasenberg a regretté une nouvelle fois le manque de réduction de la production mondiale de nickel. "S’il est cohérent avec lui-même, on peut s’inquiéter pour l’avenir de l’usine du Nord", précise un expert du dossier, sous couvert d’anonymat. Mais, toujours selon cet expert, le PDG de Glencore pourrait aussi "vouloir faire passer un message" au gouvernement français : "Vous soutenez la SLN et Eramet, vous allez devoir aussi soutenir financièrement l’usine du Nord et Glencore".
 

Le rééquilbrage est menacé

L'usine du Koniambo est détenue par la Société Minière du Sud Pacifique (SMSP, gérée par les indépendantistes de la province Nord) à 51 % et par Glencore à 49 %. La multinationale anglo-suisse assume en quasi totalité les pertes et les investissements financiers de l’usine. Son histoire s'ancre directement dans le "préalable minier", condition posée en 1996 par le FLNKS (Front de libération national kanak et socialiste) au moment des négociations sur la fin de l'accord de Matignon. En clair, la solution politique en Nouvelle-Calédonie, passe aussi pour les Kanak par l'accès à la ressource du nickel. C'est l'origine de l’usine du Nord et de l'échange minier du Koniambo. Une histoire qui se trouve compromise par la terrible crise mondiale des cours du nickel.

Vue du massif du Koniambo. © ALAIN JEANNIN
© ALAIN JEANNIN Vue du massif du Koniambo.
 

Le coût du Koniambo a triplé

En septembre 2013, le PDG de Glencore déclarait à propos du Koniambo qu’il avait payé 6 milliards de dollars, le coût de l'usine, pour "un gros tas de nickel". Puis, en décembre 2015 Ivan Glasenberg précisait que Glencore "n’était pas marié avec le Koniambo pas plus qu’avec n’importe quel autre investissement dans le nickel, où qu’il se trouve sur la planète." 

L’usine calédonienne avait pourtant bien démarré, mais une fuite de métal est survenue en décembre 2014. La conception des deux fours verticaux de l’usine est en cause. En 2015, l’usine du Koniambo n’a produit que 9 100 tonnes de nickel pur sous forme de ferro-nickel. 


Bataille pour un gisement

L’usine du Nord est un héritage du portefeuille industriel de la multinationale Xstrata, que Glencore a racheté quand les deux sociétés ont fusionné en 2013. A l'origine, le projet a été initié en 1992 par les indépendantistes calédoniens, avec le métallurgiste et mineur canadien Falconbridge. Racheté ensuite par Xstrata. Aucune de ces entreprises n'a su résister à l'attrait du nickel du Koniambo, sans doute le gisement le plus riche de la planète. Mais qui est aussi le plus cher à exploiter.

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