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Guyane : Dans le Haut-Maroni, les élèves veulent un collège pour éviter le déracinement

Ils doivent faire plusieurs heures de navigation pour se rendre au collège et ne rentrent chez eux parfois que deux fois par an. Dans le Haut-Maroni, en Guyane, les élèves améridiens, sont contraints à l'internat et au déracinement, faute d'un collège de proximité.

Archives © Andre COGNAT / AFP
© Andre COGNAT / AFP Archives
  • La1ère avec AFP
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La centaine de collégiens internes à Maripasoula, commune fluviale à une heure d'avion de Cayenne, à la frontière avec le Suriname, sont issus de familles vivant à plusieurs heures de canot, dans les cinq villages wayana et teko du Haut-Maroni (sud-ouest de la Guyane), regroupant plus de 250 familles. Pour eux, la scolarisation est synonyme d'éloignement géographique, familial et culturel, souvent difficile à supporter.
 

Les parents réclament la fin de l'orpaillage et un collège

Mais, depuis le conflit social qui a paralysé la Guyane pendant près de cinq semaines pour obtenir un rattrapage avec l'hexagone, la revendication d'un collège de proximité
a refait surface. A l'entrée d'Elahé, commune d'une centaine d'habitants à deux heures de Maripasoula, un panneau a été installé au débarcadère: Les parents réclament la fin de "l'orpaillage", source d'insécurité et de destruction de l'environnement, et "un collège" dans le village majeur de la zone, Taluen, à trente minutes en pirogue à moteur.

Une revendication déjà formulée en juin 2016 quand des enfants de Taluen avaient fait cette demande à François Hollande, à l'Elysée. Un rapport parlementaire sur les suicides des amérindiens préconisait déjà en 2015 "la création d'un mini-collège à Taluen".
 

"Ma fille a dû partir à l'internat à 9 ans. C'était dur"

Un peu plus loin encore de Maripasoula, à Antécum Pata, Tapinkili Anaïman, conseiller municipal à Maripasoula, se souvient : "ma fille a dû partir à l'internat à 9 ans. C'était dur". Il cite les problèmes liés à "l'éloignement": "les enfants ne sont pas surveillés, parfois mal nourris". "Le dimanche après-midi, ma fille pleure, elle ne veut pas retourner à l'internat", raconte cette habitante d'Antécum, qui voit sa fille toutes les trois semaines. Pour d'autres enfants, le retour à la maison ne se fait que deux fois par an.


"La prison"

Début mai, les villageois des cinq bourgs du Haut-Maroni, où manque toujours l'électricité, ont relancé, à Taluen, leur demande d'un collège. Suite au conflit social, le gouvernement s'est engagé à verser "250 millions d'euros" à la Collectivité territoriale de Guyane (CTG) pour la construction de notamment "cinq collèges" d'ici à 2022. Mais rien ne dit que Taluen fera partie du lot. "Le projet est à l'étude", répond la CTG.

Une demande ravivée par l'état d'abandon plus ou moins avancé des trois bâtiments de l'internat de Maripasoula, ouvert en 2010 sous le label "internat d'excellence". Le bâtiment des 6e, que les parents d'élèves surnomment "la prison", manque d'entretien, a constaté l'AFP. Le bloc sanitaire chez les "garçons" est vétuste, l'ambiance générale, austère.
 

"Les enfants mangent des nourritures fermentées"

Lors du conflit social en mars, les internes s'étaient retrouvés quasiment livrés à eux-mêmes, en raison de la grève d'une grande partie du personnel, selon Aikumalé Alemin, conseiller municipal de Maripasoula. "Les enfants mangent des nourritures fermentées", avait-il alors dénoncé. Récemment, "une suspicion de gale" a entraîné l'évacuation des internes pour une désinfection des lieux.

Des travaux ont débuté sur l'internat des filles en janvier. Pendant les grandes vacances, "les conditions d'accueil" devraient être améliorées, s'est engagée la CTG, qui promet aussi une rénovation en profondeur pour l'internat des 6e, mais plus tard.

Mais la création d'un collège plus proche ne règlera pas tout. "Il faudra des logements pour les enseignants, résoudre les questions des transports scolaires, qui se font par voie fluviale avec des passages périlleux, pour éviter les mêmes problèmes que dans d'autres villages isolés où des enseignants manquent à l'appel à chaque rentrée en partie à cause des mauvaises conditions d'hébergement", commente André Cognat, responsable du village d'Antécum Pata.

A la fin des années 80, il avait créé un collège associatif dans sa commune, avec le CNED, puis avec un enseignant détaché par l'Education nationale. "Nous avons eu du succès pendant plus de vingt ans, avec des élèves qui parvenaient à décrocher le brevet, mais j'ai eu tout le monde contre moi" se remémore-t-il, élus locaux et Education nationale lui reprochant de maintenir les enfants loin de Maripasoula.
 

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