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Bras de fer autour du nickel en Nouvelle-Calédonie

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Le nickel à a SLN
«  Le métal du diable » c’est le surnom donné au nickel par le marché des matières premières. La mise en production de l'usine du Nord bouleverse profondément l'équilibre du nickel entre les acteurs Calédoniens et les multinationales du secteur. Les interrogations sont nombreuses.
Eramet face à Glencore-Xstrata. Le petit poucet français fera t-il le poids ?

En Nouvelle-Calédonie, l’entrée en production de la grande usine du Nord adossée au riche gisement du Koniambo permet un comparatif avec le producteur  historique de nickel et son usine de Doniambo à Nouméa. De toute évidence, la SLN (Société Le Nickel) née autour des années 1880 se trouve fragilisée par son nouveau concurrent Kanak associé à deux géants mondiaux de la production et du négoce. La SLN peut certes compter sur son vaste domaine minier, mais pour s’en sortir la filiale du groupe minier et métallurgique ERAMET doit sans doute adopter un mode de gouvernance beaucoup plus proche des réalités et des intérêts locaux. Tout en espérant une reprise des cours mondiaux du nickel.
 

Comme une montagne russe…

Le cours en bourse de l’action ERAMET avait atteint des sommets en 2006 (l’action montait jusqu’à 669 euros le 20 mai 2008 sous la rumeur de rachat par le brésilien Vale) mais, depuis, le nouveau management en place n’a pas réussi maintenir ces cours.  Au contraire, ils se sont effondrés jusqu’à valoir 8 fois moins à son cours actuel, autour de 80 euros.
A la différence des grandes compagnies minières et industrielles, ERAMET n’a consolidé aucun rebond durable depuis 2008. Les cours du nickel ont chuté et l’usine calédonienne du groupe perd de l’argent. 15.500 dollars la tonne, les cours du nickel à la bourse des matières premières de Londres sont nettement sous la barre des 20.000 dollars la tonne, seuil admis de rentabilité. On peut donc se demander quel est le montant de pertes totales qu’enregistreront les 55.000 à 60.0000 tonnes qui sortiront des fours de la SLN à Doniambo en 2013 ?
La chute des prix du nickel n’explique pas à elle seule la trajectoire inquiétante de la trésorerie d’ERAMET et si les cours du nickel restent là où ils sont, la société ne s’approche-t-elle pas de  points dangereux en 2014 ? Est-ce donc la raison pour laquelle la capitalisation boursière d’ERAMET est restée «plate» alors que celle des principaux groupes mondiaux a progressé ?
 

La SLN une usine et surtout des mines…

Mais la valeur du titre ERAMET, de l’action côté en bourse, est essentiellement fondée sur une estimation des actifs miniers sans pour autant qu'on connaisse précisément la valeur des mines calédoniennes de la SLN. Ce vaste domaine minier constitue pourtant la vraie richesse de l’entreprise. Les marchés mondiaux et les spéculateurs estiment en effet le domaine minier calédonien comme étant l’un des plus riches au monde. ERAMET et son entreprise locale, la SLN (Société Le Nickel), disposent de 54% des concessions minières de la Nouvelle-Calédonie.
Quelle est la teneur en nickel ? Quelle est la quantité de nickel disponible ? A quel prix valorise-t-on cette ressource ? Pourquoi développer une mine et un projet industriel en Indonésie avec un tel actif en Nouvelle-Calédonie ? Autant de questions sans vraies réponses.

ERAMET et ses actionnaires, si loin de Nouméa… 

Les pertes enregistrées par ERAMET avec le nickel ne sont pas compensées par les autres secteurs de l’entreprise et notamment la production de manganèse au Gabon, les métaux purs produits à Sandouville et les alliages d’Auvergne. En cas de gros soucis, ERAMET aurait-elle d’autres solutions que de se recapitaliser ? Pourrait-elle améliorer sa trésorerie, relancer ses investissements, notamment la modernisation de son usine calédonienne ? Mais un apport d’argent frais par l’ouverture du capital se heurterait semble t-il au refus de certains des principaux actionnaires. Et dans ce cas pour quelle raison ?
Dans ces conditions, l’usine calédonienne de nickel et la SLN ne risquent-elles pas de devoir faire face avec difficultés à d’éventuelles pertes ? Quel serait la position de l’Etat si le groupe était contraint de se séparer de son unité calédonienne historique alors que celle-ci dispose d’un savoir faire et de compétences parmi les meilleurs de l’industrie mondiale du nickel ? C’est tout le paradoxe.

Pour la S.L.N, une solution calédonienne ? 

On commentera longtemps le refus des dirigeants d’ERAMET de participer au projet de l’usine du Nord et par voie de conséquence d’avoir permis de faire entrer le loup, c'est-à-dire Xstrata et Glencore, ses principaux concurrents mondiaux dans sa « bergerie calédonienne ».
Les cours du nickel et l’économie mondiale se portaient bien, l’usine du Koniambo était le premier projet minier et industriel née d’une initiative politique du monde Kanak. Le site de production et la proximité de la ressource permettait d’envisager une alternative à l’usine vieillissante et polluante de Nouméa.
Finalement, Xstrata et Glencore ont construit la nouvelle usine du nord, forcément plus performante que l’usine ERAMET-SLN de Doniambo à Nouméa.
Comment peut-on expliquer que la nouvelle usine du Nord avec 4 % des surfaces minières concédées produira en 2014 plus de nickel que l’usine de la SLN qui dispose de 54% des surfaces minières calédoniennes ? Ne faudrait-il pas réallouer une partie de ces surfaces à des opérateurs locaux capables de mieux les utiliser ?
Si les pouvoirs publics calédoniens devenaient majoritaires dans la S.LN, la gestion du vaste domaine minier s’en trouverait forcément améliorer, au mieux des intérêts de l’industrie locale et des objectifs budgétaires du territoire.
C’est une vision stratégique commune motivée par un point de vue indépendant et neutre qui permettrait de créer une cohésion autour de l’industrie du nickel. Une SLN majoritairement calédonienne sur le modèle de la SMSP au nord qui détient 51% de l’usine du Koniambo ferait des pouvoirs publics calédoniens les acteurs dominants d’une mondialisation maitrisée au bénéfice des populations locales. La dernière polémique sur la construction d’une centrale à charbon pour l’usine de la SLN à Nouméa n’est qu’une nouvelle illustration de l’histoire complexe et conflictuelle d’ERAMET avec la société calédonienne.
 
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