23 mai à Saint-Denis: la mémoire retrouvée de l'esclavage

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Monument esclavage Saint-Denis
Détail du monument dédié à la mémoire des esclaves, à Saint-Denis (93) ©Louis-Gérard Salcède
Environ 1.500 personnes se sont rassemblées ce 23 mai à Saint-Denis (93) à l'occasion de la commémoration des victimes de l'esclavage colonial. Un monument portant 213 prénoms d'esclaves et leurs matricules à été inauguré par Victorin Lurel. 
C'est sous un ciel gris, quelques averses de pluie et par une température très fraîche pour la saison que s'est déroulée la cérémonie en fin d'après-midi à Saint-Denis, à deux pas de la basilique et de la mairie de la commune. Environ 1.500 personnes ont assisté à une cérémonie religieuse, suivie de l'inauguration officielle d'une sculpture dédiée à la mémoire des victimes de l'esclavage.

Cérémonie oecuménique

A 17h00, environ un millier de personnes ont d'abord assisté à une cérémonie oecuménique dans la basilique de Saint-Denis, là même ou reposent les rois de France. La célébration a débuté par un chant intitulé Esklav nou te ye. Ecoutez cet extrait:

Chant basilique Saint Denis Esclavage 23 mai

Inauguration officielle du monument

L'inauguration officielle du monument dédié aux victimes de l'esclavage a débuté à 18H45 sur la place de la légion d'honneur, à deux pas de la basilique et de l'hôtel de ville de Saint Denis. Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, a déposé une gerbe devant cette sculpture qui porte les prénoms de 213 esclaves, ainsi que leurs matricules et les noms qui leur furent attribués en 1848. Le ministre a découvert que parmi les 213 noms, figurait Gustave Lurel, un de ses ancêtres.

Discours en série

Sous une toile de tente qui abritait la tribune, le maire de Saint-Denis Denis Paillard a expliqué que sa commune était, après Sarcelles, la ville d'île de France qui compte le plus grand nombre d'originaires des Outre-mer. Il s'est dit "fier que ce monument soit à Saint-Denis".
Le président du conseil régional d'île de France, Jean-Paul Huchon, a expliqué que "cette stèle ne répare pas l'Histoire de l'esclavage, car l'Histoire est irréparable". Le plus applaudi fut Serge Romana, le président du Comité Marche du 23 mai 98, l'initiateur de cette journée du souvenir. S'adressant à ses "chers parents", les ancêtres qui furent esclaves, il leur a dit sa fierté d'avoir "vaincu l'oubli. Nous voulons faire triompher la réconciliation et non la haine et le ressentiment (...) il est temps de faire la paix avec l'Afrique qui est en nous." 


"Ces 213 noms sont ceux de la liberté"

Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, a pris la parole pour expliquer que les deux stèles inaugurées en ce 23 mai à Sarcelles et Saint-Denis "sont désormais des lieux de mémoire d'une Histoire trop longtemps occultée".  Et comme François Hollande le 10 mai dernier, il a rejeté l'idée de réparations financières pour les descendants d'esclaves: "Les demandes de réparation sont à rebours de la démarche enclenchée par la République. Il y a des dettes qu'aucune monnaie ne pourra rembourser".

Retrouver la mémoire

Mais le véritable temps fort de cette cérémonie débuta lorsque les élus et représentants officiels quittèrent la place de la légion d'honneur. Les dizaines de personnes présentes se sont alors approchés de la sculpture, à la recherche d'un prénom, d'un nom ou d'un matricule. Dans la foule qui se pressait autour du monument, trois femmes ont retrouvées la petite plaque sur laquelle est gravé un prénom, un nom et un matricule: Aimée Bidard, matricule 3907. Cette femme est leur ancêtre. Toutes trois originaires de Martinique, elles ont été gagnées par l'émotion:

 

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