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Jounen Kréyòl Touwonlatè : la Journée internationale des créoles, c’est aujourd’hui !

La Journée internationale des langues créoles, inaugurée en 1983, fête aujourd’hui son trentième anniversaire. L’écrivaine guadeloupéenne Gerty Dambury donne son point de vue sur cet événement. Entretien.  

Gerty Dambury © Stéphane WEBER
© Stéphane WEBER Gerty Dambury
  • Par Philippe Triay
  • Publié le , mis à jour le
Gerty Dambury est une poétesse, nouvelliste et dramaturge guadeloupéenne. Ses pièces de théâtre les plus connues sont « Lettres indiennes » (1996, montée en Avignon et à New York) et «Trames » (prix SACD de la dramaturgie de langue française en 2008). En 2012 elle publie son premier roman, « Les rétifs » (éditions du Manguier). La même année, elle inaugure en région parisienne les rencontres du « Séna », conçu comme un espace convivial ou artistes et spectateurs se réunissent pour échanger sur des thèmes littéraires caribéens, en français et en créole.
 
Que représente cette Journée internationale des langues créoles pour vous ?
Gerty Dambury :
Au départ cette initiative était confidentielle, et c’est vraiment au bout de dix ans qu'elle s’est concrétisée. Cela avance petit à petit. Mais pour la réflexion, le développement, l’écriture, la poésie etc., on se sent particulièrement isolé. On ne peut pas dire que lorsque l’on parle de littérature créole, il y ait une place qui soit allouée aux auteurs qui écrivent en créole. Et c’est vraiment un problème.
 
Comment ça se fait d’après vous ? Le lectorat ne suit pas ?
Gerty Dambury :
Le lectorat suivra si on a enfin le sentiment que l'écriture en langue créole n‘est pas réservée à quelques militants obstinés. Chaque fois que l’on organise des manifestations en créole, on sent que les gens sont extrêmement heureux, qu’il y a une capacité à s’exprimer, à dire des choses, même avec des difficultés d’expression. Les gens sont heureux dans leur langue, ils sont notamment heureux dans la chanson créole, car la musique est le premier vecteur de transmission de la langue créole.
Malheureusement cela ne suit pas au niveau de la littérature. La première raison est que les gens lisent de moins en moins, et la deuxième, la plus importante, c’est que le travail éditorial est très confidentiel. Les gens qui écrivent en créole sont obligés de s’autoéditer, et les maisons d’édition sont extrêmement frileuses.

Quand on considérera le créole comme une langue, et non pas comme un exotisme de passage, on ne verra pas l’attrait de la jeunesse pour le créole comme une mode, mais comme un besoin de se réapproprier quelque chose qui est de l’ordre du maternel, de la constitution de l’individu. » (Gerty Dambury)














Ne serait-ce pas un problème de marché économique ? Des auteurs comme Raphaël Confiant ou Patrick Chamoiseau, pour qui la langue créole est extrêmement importante, dans leur imaginaire et leur manière de travailler, ne seraient pas aussi diffusés s’ils écrivaient en créole…
Gerty Dambury : Avec tout le respect pour le travail de ces deux écrivains, je crois qu’il faut que nous sortions des grands noms. Les grands noms le sont devenus parce qu’ils ont été obligés précisément d’abandonner le travail qu’ils faisaient sur le créole. C’est quand Raphaël Confiant a écrit ses romans en français qu’il a pu avoir la visibilité internationale qu’il a aujourd’hui. Mais il y a plein d’auteurs qu’on ne cite pas, qu’on ne citera jamais. Je pense à Simone Lagrand, Ti Malo, Tony Mango, Alain Rutil, Alain Vérin, Max Rippon, Michel Mélange qui fait un travail essentiel de traduction de grands textes du français en créole, etc. Pourtant ces textes sont utilisés par les professeurs de créole pour préparer les épreuves du CAPES de créole. Et si ces personnes ne sont pas mises en lumière, elles se décourageront.

Il semble y avoir un engouement et un regain d’intérêt des Antillais pour la langue créole dans l’Hexagone. Comment expliquez-vous cela ?
Gerty Dambury : Ce n’est pas un engouement, c’est un besoin vital. Quand on considérera le créole comme une langue, et non pas comme un exotisme de passage, on ne verra pas l’attrait de la jeunesse pour le créole comme une mode, mais comme un besoin de se réapproprier quelque chose qui est de l’ordre du maternel, de la constitution de l’individu. Une personne dont la mère est anglophone, ou russe, mais élevée en français, on ne s’étonnera jamais qu’elle veuille réapprendre l’anglais, ou le russe. Encore une fois c’est vital, et c’est pour cela que nous devons appuyer cette réappropriation de la langue, car elle aidera nos jeunes à constituer des identités ancrées et fortes. Ils seront ainsi capables de prendre entièrement leur place dans le concert du monde. Ce ne sont pas des grands mots. Plus un enfant est ancré dans sa langue maternelle, mieux il est capable d’appréhender d’autres langues.
 
Seriez-vous pour une reconnaissance officielle du créole dans les territoires d’Outre-mer où il est parlé, par exemple dans les administrations, avec des documents rédigés dans les deux langues français et créole ?
Gerty Dambury :
Pourquoi pas ? Mais travail de fond consiste en ce que nous-mêmes nous valorisions cette langue. Par exemple vous êtes en train de m’interviewer en français, et pas en créole ! (rires)
Mais je voudrais souligner le travail effectué par de nombreuses personnes pour écrire le créole et pour qu’il soit inscrit dans la littérature. Ce projet est concrétisé entre autres dans les deux tomes de « Solèy ho » paru aux éditions Nestor en 2010. Ces deux ouvrages sont notamment extrêmement utiles aux professeurs de créole qui l’enseignent pour le bac. 

Lyannaj Kréyòl

(Source : Collectif pour le créole au baccalauréat dans l'hexagone)

http://www.montraykreyol.org – Centre de ressources pour la préparation des concours et examens de langue Créole
 
http://www.potomitan.info – Site de promotion des cultures et des langues créoles – Annou voyé kreyòl douvan douvan
 
http://www.gensdelacaraibe.org - réseau d’information sur les cultures caribéennes
 
http://kapeskreyol.potomitan.info/guides/meteo2.php - Site d’information du CAPES de créole
 
http://karesol.org/accueil___paj_douvan_029.htm - Site de promotion du créole
 
http://karucrea.blogspot.fr – Site de promotion des cultures créoles
 
http://www.lameca.org – La Médiathèque Caraïbe
 
http://pousaolaj.blog4ever.com/blog/index-456495.html - Site de promotion du créole
 
http://www.facebook.com/events/102298593235174/#!/groups/213512012004700/ - Site de promotion du créole
 
http://www.facebook.com/events/102298593235174/#!/groups/206438516064131/ - Site de promotion du créole
 
http://www.kepkaa.com - Komite entènasyonal pou pwomosyon kreyòl ak alfabetizasyon
 
http://www.krakemanto.gf - Etude et promotion de l’oraliture guyanaise
 
http://www.lamaisondubele.com/accueil.html - La maison de tous les bèlès
 
http://www.reunionnaisdumonde.com/index.php - Les Réunionnais dans le monde
 
http://www.collectif-haiti.fr/creole.php - Collectif Haïti de France
 
http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/Langues/acces_languesmonde.htm - L’aménagement linguistique dans le monde
 
http://creoles.free.fr – Groupe Européen de Recherches en Langues Créoles
 
http://www1.univ-ag.fr/gerec-f – Groupe d’Etudes et de Recherches en Espace Créolophone et francophone
 
 http://www.dglf.culture.gouv.fr – Délégation générale à la langue française et aux langues de France 

Et aussi :

ÉRITAJ, pour la valorisation des langues et cultures créoles

An Paj Bèlè, Chimen-an ouvè Manmay, sé bra douvan pou nou alé, pou vréyé Bèlè-a monté an mannyè V.E.R.T.I.K.A.L...

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