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Bahia Bakari, seule survivante du crash de la Yemenia, témoigne

Après la récente mise en examen de la Yemenia Airways, les familles des victimes restent mobilisées. Lors d'une conférence de presse, la seule survivante de ce crash qui a causé la mort de 152 personnes en 2009 au large de Moroni, rappelle que d'autres vies auraient pu être sauvées. 

Bahia Bakari, conférence de presse du 5 février 2014 © Cécile Baquey
© Cécile Baquey Bahia Bakari, conférence de presse du 5 février 2014
  • Par Cécile Baquey
  • Publié le , mis à jour le
Bahia Bakari vient de procéder à l'APB, la fameuse Admission post-Bac à faire sur Internet pour s'inscrire à l'université. La jeune femme de 17 ans, en terminale S à Corbeil-Essonnes, rêve de devenir médecin. Devant les quelques journalistes venus pour l'entendre, Bahia Bakari essaie de faire bonne figure, même si elle a bien du mal à cacher son embarras. Ecoutez cette déclaration recueillie par Toufaïli Andjilani

Interview Bahia Bakary


Mariage du grand-père maternel

Elle revient encore sur ce jour terrible, ce 30 juin 2009. Bahia Bakari et sa mère  Aziza étaient parties pour aller fêter le mariage du grand-père maternel au village de Nioumadzaha, sur l'île de la Grande Comore. Elles avaient pris un Airbus A330 à Marseille, puis changé d'appareil à Sanaa, au Yémen. Dans un A310 de 19 ans d'âge, avec un équipage différent, le voyage a tourné à la catastrophe. Bahia Bakary a raconté cette histoire dans un livre intitulée "Moi, Bahia, la miraculée", écrit avec le journaliste Omar Guendouz.

Bahia Bakari © Cécile Baquey
© Cécile Baquey Bahia Bakari


D'autres vies auraient pu être sauvées

Dans ce crash de la Yemenia du 30 juin 2009, 152 personnes sont mortes. Mais Bahia Bakari pense que beaucoup d'autres vies auraient pu être sauvées. Elle se souvient, "au début, dans la nuit, quand j'étais dans l'eau, accrochée à un débris d'avion, j'entendais des voix, beaucoup de voix d'hommes, mais la mer était très agitée. Quand il a fait jour, il n'y avait plus de voix. Un pêcheur comorien est venu me sauver. Je l'ai revu depuis, à plusieurs reprises aux Comores".

L'hôpital Trousseau

La jeune femme se souvient aussi qu'après le sauvetage, elle était persuadée de revoir sa mère. "Elle s'inquiétait toujours pour moi, je ne pouvais pas m'imaginer qu'elle était morte". Bahia Bakari a ensuite passé beaucoup de temps à l'hôpital Trousseau en France. "J'avais une fracture du bassin, la clavicule cassée, des brûlures et j'ai dû subir une opération de l'œil", précise la lycéenne. "Aujourd'hui, je me sens bien, j'ai certes des cicatrices, mais j'ai guéri. Sauf que j'ai perdu ma mère".

Bahia Bakari © Cécile Baquey
© Cécile Baquey Bahia Bakari


Retour aux Comores

En 2011, Bahia Bakari a repris l'avion pour la première fois après le crash pour se rendre dans la Grande Comore sur la tombe de sa mère dont le corps avait été retrouvé. "J'avais très peur de l'atterrissage mais finalement tout s'est bien passé. Nous n'avons pas volé avec la Yemenia". La jeune fille a alors pu revoir celui qui l'avait sauvé, Libouna Selemani Matafi.

Un symbole

Ce crash de la Yemenia, Bahia Bakari essaie de ne pas trop y penser. Elle affirme aux journalistes n'avoir jamais été suivie psychologiquement. "Mon père dit que je suis très forte. C'est vrai que j'ai grandi vite, mais je me sens comme une fille normale de 17-18 ans, qui a des amies, qui sort, qui fait des études". La jeune fille reconnaît toutefois que ce n'est pas simple pour elle d'être un symbole. "Il faut surtout ne pas oublier ceux qui sont partis. Moi, j'ai perdu ma mère, mais d'autres ont perdu leurs enfants, leurs frères et sœurs, plusieurs membres de leur famille." 

Mogni Ibrahim, membre de l'AFVCA. Il a perdu dans le crash sa mère, son frère et sa petite soeur © Cécile Baquey
© Cécile Baquey Mogni Ibrahim, membre de l'AFVCA. Il a perdu dans le crash sa mère, son frère et sa petite soeur


Ne pas oublier

La jeune femme se fait donc un devoir de venir soutenir le combat de l'Association des familles de victimes (AFVCA) qui se bat depuis plus de 4 ans pour obtenir réparation. Son père et sa petite sœur de 14 ans à qui elle donne des cours de maths l'accompagnent dans cette démarche. Après le crash, Bahia Bakari se rappelle avoir été traquée par des journalistes, mais elle sait aussi que le fait de parler permet aux parents des victimes du crash de la Yemenia de ne se pas se faire oublier. 

Famille Bakari © Cécile Baquey
© Cécile Baquey Famille Bakari

 

Procédures à venir

Au civil :
- 27 mai 2014 : Tribunal de Moroni

- 8 septembre 2014 : Tribunal de Grande Instance d'Aix-en-Provence
Audience civile

Au pénal :
L'affaire est en instruction au Tribunal de Bobigny. La Compagnie aérienne Yemenia a été mise en examen dans ce dossier.

Autre recours : 
Les avocats des familles des victimes Me Montigny et Me Bellecave envisagent de poursuivre le loueur de l'A310, l'entreprise ILFC basée en Californie. 

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