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« Junior » le comorien volait l'identité de chômeurs réunionnais et guyanais

Une alléchante offre d'emploi à La Réunion servait de prétexte pour voler à des chômeurs leurs pièces d'état-civil afin de les monnayer ensuite en métropole à des sans-papiers. Un escroc d'origine comorienne a été arrêté cette semaine dans l'Essonne mettant au jour une vraie filière.

Brigade de l'Ocriest en intervention © Martin Bureau/AFP
© Martin Bureau/AFP Brigade de l'Ocriest en intervention
  • Rachida Bettioui avec l'AFP
  • Publié le
Surnommé "Junior", ce Comorien illettré âgé d'une quarantaine d'années avait mis en place cette escroquerie bien rôdée avec l’aide de deux complices un angolais surnommé "Papeli" et un ivoirien "Ismaël".
Junior se présente en janvier 2013 à Pôle emploi comme un chef d’entreprise et propose d’embaucher une vingtaine de personnes. Près de 200 chômeurs lui fournissent leur CV et n’hésitent pas à donner des photocopies de leurs livrets de famille et actes de naissance.


Monnayer jusqu’à 6.000 euros

Ses deux complices, "Papeli" et  "Ismaël", lui prêtent main forte pour maquiller des documents visant à compléter les dossiers, des fausses quittances de loyer ou des fausses factures EDF. La bande d’escrocs  se met ensuite  en contact avec des rabatteurs qui chassent "le client africain" près de la gare du Nord à Paris.
Une fois, les clients repérés, "Junior" revend ces fausses identités jusqu’à 6.000 euros.


« Junior » déjà condamné à Cayenne

Étonné de la disparition du "chef d'entreprise" quinze jours après le début des entretiens, Pôle Emploi alerte l'Office central pour la répression de l'immigration irrégulière et de l'emploi d'étrangers sans titres (Ocriest).
Le numéro de téléphone donné lors des différents dépôts de dossier est alors mis sur écoute par les enquêteurs, qui identifient "Junior" comme la tête d'une filière d'aide au séjour irrégulier. L’enquête permet de découvrir qu’il est connu sous plusieurs identités et qu’il a déjà été condamné pour des faits similaires en 2007 à Cayenne.


Des identités Réunionnaises et Guyanaises

Une information judiciaire est ouverte en décembre dernier et les policiers de l'Ocriest répertorient 28 cas de dépôts de demandes frauduleuses de cartes d'identité.
"Junior" a été arrêté lundi dernier au petit matin dans un studio miteux de Viry-Châtillon (Essonne) où les enquêteurs découvrent un sac de voyage contenant près de 120 documents d’identité, dont une moitié appartient à des demandeurs d’emploi de La Réunion et une dizaine de sa précédente escroquerie en Guyane.
Ses complices "Papeli" et "Ismaël"ont également été interpellés le même jour ainsi que huit autres personnes soupçonnés d’aide au séjour irrégulier, un délit passible de dix ans de prison.
"Stratégiquement, la lutte contre ces filières, en particulier celles qui ont recours aux faux documents ou permettent l'obtention indue de titres d'identité, est très importante en raison du coût pour les budgets de l'Etat qui en résulte, notamment la fraude sociale", estime le patron de l'Ocriest Julien Gentile


Qui est vraiment "Junior"?

 
La bande d’escrocs est placé en garde à vue dans les locaux de l'office à Lognes (Seine-et-Marne). Tous ont reconnu les faits. "Le nombre d'identités usurpées n'est pas encore établi mais cette structure était potentiellement très nuisible car elle permettait d'obtenir facilement un titre d'identité", a expliqué à l'AFP Christian Duc, chef d'état-major de l'Ocriest.
Déférés mercredi, les trois hommes ont été présentés jeudi à un juge d'instruction de Melun (Seine-et-Marne) en vue de leur mise en examen pour "obtention frauduleuse de document administratif et aide au séjour irrégulier en bande organisée". Trois autres personnes seront convoquées ultérieurement. Deux autres ont été libérées.
Durant les perquisitions, aucune espèce n'a été retrouvée. Les enquêteurs ne parviendront peut-être jamais à connaître la véritable identité de Junior ; à l’heure actuelle impossible pour eux de remonter à un compte bancaire.

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