"Représenter le peuple français" : George Pau-Langevin dans le texte

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George Pau-Langevin sur le banc des ministres à l'Assemblée nationale ©JOEL SAGET/AFP
Encore peu connue de ses concitoyens, la nouvelle ministre des Outre-mer publiait en 2011 un ouvrage autobiographique, intitulé « Représenter le peuple français », durant son mandat de députée. La1ere.fr a relu ce livre. Extraits choisis. 
Mais qui est vraiment George Pau-Langevin ? Militante socialiste de longue date, première députée originaire de l’Outre-mer élue dans l’hexagone, compagnon de route de l’ex-maire de Paris Bertrand Delanoë, elle a fait un passage plutôt discret dans le gouvernement Ayrault comme ministre déléguée en charge de la Réussite éducative. Au point que personne n’aurait parié un centime qu’elle se retrouverait dans le gouvernement de Manuel Valls. Comme ministre de plein exercice, et des Outre-mer en plus !
 
Peu connue et peu médiatisée dans l’hexagone, la ministre souffre aussi d’un déficit d’image dans les Outre-mer, surtout si l’on compare avec son prédécesseur Victorin Lurel, certes élu de longue date de son département natal, la Guadeloupe. 
 
En 2007, George Pau-Langevin devenait députée de la 21e circonscription de Paris, et la première parlementaire originaire de l’Outre-mer élue en métropole. A la suite de cette élection, elle décidait d’écrire un livre retraçant son parcours. « J’arrive à un stade de l’existence où il n’est pas indifférent de faire un point sur ce qu’on est, ce qu’on a fait, et ce qui reste à faire », écrivait-elle. « Je tiens également à mettre au clair mes positions sur un certain nombre de sujets qui me tiennent à cœur pour éviter toute dénaturation ». Le livre fut publié en avril 2011 par une maison d’édition du XXe arrondissement, où réside la ministre, avec une préface de Bertrand Delanoë.  
 
Sur près de 250 pages, cet ouvrage largement autobiographique, intitulé « Représenter le peuple français », revient sur l’itinéraire personnel et professionnel de George Pau-Langevin. Ecrit à la première personne, avec sobriété, le texte comporte de nombreuses informations sur la vie politique parisienne et envoie des charges impitoyables contre la droite et le président de l’époque Nicolas Sarkozy.
 
Voici quelques « verbatim » du livre, qui permettront de mieux appréhender la personnalité et les orientations politiques de la nouvelle ministre des Outre-mer.
 

Une jeunesse antillaise

George Pau-Langevin est née en octobre 1948 en Guadeloupe, d’une mère martiniquaise et d’un père guadeloupéen. C’est pendant la guerre que son père, venu en Martinique suite à sa mobilisation, fait la connaissance de sa mère. « Je suis la troisième et dernière fille, ce qui explique sans doute mon prénom inhabituel car mes parents aspiraient à avoir enfin un fils », dit-elle.
 
« Inutile de préciser que le créole était banni de la maison alors de nombre d’amis à l’école n’affrontaient pas les mêmes restrictions. Nombre de fois j’ai été interpellée ultérieurement sur la nécessité absolue de m’exprimer en créole pour prétendre à une identité antillaise. J’ai eu du mal à faire comprendre que si j’adore la douceur du créole, notamment dans les chansons, il m’est difficile de m’exprimer et trouver spontanément les mots dans cette langue. J’ai été longtemps ennuyée par cela jusqu’au jour où, j’ai décidé une fois pour toute qu’il n’appartenait pas aux autres de me dicter ce que devait être mon identité. »
 

Plaider pour le MRAP

Devenue avocate en 1971, George Pau-Langevin adhère au Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) suivant l’avocat martiniquais Marcel Manville (décédé en 1997), membre du Parti communiste et ami de Frantz Fanon. Elle deviendra vice-présidente de cette organisation en 1976, puis présidente de 1984 à 1987.
 
« A cette période, lutter contre l’extrême-droite n’était pas toujours anodin. Les scores électoraux de Le Pen, Tixier Vingancour ou autre, étaient faibles, mais la violence était omniprésente. C’est ainsi que les principaux dirigeants du Mrap se trouvaient objets de menaces. L’un trouvait un engin incendiaire sur son palier, l’autre recevait par la poste un petit cercueil, personne n’était épargné. »

 
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©DR

L’Agence nationale pour l’insertion et la promotion des travailleurs d’Outre-mer (ANT)

La ministre des Outre-mer a dirigé l’Agence nationale pour l’insertion et la promotion des travailleurs d’Outre-mer (ANT), comme directrice générale adjointe de 1989 à 1993, puis comme directrice générale de 1997 à 2001.
 
« Je persiste à penser qu’un Etat bien organisé, et attentif à la solidarité, doit essayer de palier pour les familles, les inconvénients de l’éloignement. Des sommes importantes, allouées à juste titre à des compagnies comme la SNCF ou la RATP parce que leur action comporte un intérêt général, sont investies pour faciliter les déplacements à l’intérieur de la France métropolitaine. Des tarifs aidés ont été créés pour les congés payés, pour la continuité territoriale avec la Corse. Si réellement les régions d’Outre-mer font partie du territoire national, il serait alors normal de prévoir des fonds d’un niveau suffisant pour assurer les échanges dans les deux sens, surtout pour les personnes modestes et les cas d’urgence. »
 

A la découverte de la Réunion

« Bien qu’elle ait connu de nombreuses crises, au vu d’une histoire aussi tourmentée que celle des Antilles, avec dans les grandes lignes, les mêmes épisodes historiques dont celui de l’abolition de l’esclavage en 1848, elle présente surtout l’image d’une société de métissage, où toutes les grandes religions comme le catholicisme, l’islam, l’hindouisme, le judaïsme cohabitent pacifiquement depuis longtemps. Quand périodiquement des débats passionnés agitent la société française qui se demande si l’islam est compatible avec la République, ou comment combiner port du voile à l’école et laïcité, nul ne pense et c’est dommage à méditer l’exemple de la Réunion où ces questions sont vécues avec souplesse depuis toujours. »
 

L’Europe et les DOM

« L’intégration européenne a sans doute entraîné certains désavantages pour les DOM, notamment la concurrence que peut faire à leur productions celles des pays avoisinants. Mais au final, elle s’est avérée porteuse de progrès. Les fonds européens investis dans les infrastructures routières, dans les grands équipements structurants, dans la formation des personnes, ont permis de rattraper des retards manifestes affectant ces régions. (…) En outre, le poids accru des régions dans l’organisation de l’Europe me semble contrebalancer efficacement la tradition centralisatrice ancrée dans notre pays et qui parfois, est difficile à supporter notamment dans les régions d’Outre-mer. »
 

Déléguée du maire de Paris à l’Outre-mer

Entre 2001 et 2007, George Pau-Langevin, qui avait été très engagée dans la campagne de Bertrand Delanoë pour les municipales à Paris, a été chargée du suivi de la vie associative et nommée parallèlement directrice de la Délégation générale à l’Outre-mer (DGOM) à la mairie de Paris. A ce poste, elle a relancé le Carnaval tropical de Paris, qui était tombé en désuétude.
 
« Si nous avons réussi à faire un événement bien fréquenté et attendu, en revanche nous n’avons pas vraiment pu intéresser les médias, à l’exception de France Ô bien sûr, qui le couvre entièrement. La réalité telle qu’on peut la constater, avec un long défilé sillonnant les rues de Paris, des dizaines de milliers de participants, ne correspond pas forcément à celle transcrite à la télévision où quasiment aucune image n’a été transmise au journal régional. C’est la différence avec le carnaval de Notting Hill qui est certes beaucoup plus ancien, mais qui est devenu un véritable temps festif majeur pour tous les Londoniens et pour le tourisme à Londres. Selon moi, le Carnaval tropical de Paris mériterait de devenir une manifestation de même importance ».
 

A l’Assemblée nationale

George Pau-Langevin a été députée de la 21e circonscription de Paris de 2007 à 2012. Troisième vice-présidente du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, elle a été chargée du pôle immigration et co-développement entre 2007 et 2009, puis responsable des questions de justice jusqu’à la fin de la mandature.
 
« Après six années passionnantes passées à l’Hôtel de ville, j’avais à nouveau envie de m’impliquer davantage en politique, notamment dans la lutte pour la représentation de la diversité en politique. Il ne s’agissait pas d’une simple vanité personnelle ou d’une lubie. Il me semblait indispensable pour notre société, que tous ces citoyens issus de l’immigration et plus généralement des anciennes colonies, aient le sentiment qu’ils n’étaient pas destinés à demeurer éternellement des citoyens de seconde zone, des spectateurs de la démocratie, mais qu’ils avaient vocation à en être aussi les acteurs. Les événements de 2005 et la révolte des jeunes des quartiers populaires m’avaient confortée dans cette conviction. (…) Il faut aussi que cette fraction de la population dite aujourd’hui de la diversité se sente reconnue symboliquement comme faisant partie du peuple, de son pays. A cet égard, la présence dans la représentation de personnes de toutes origines me semble quasiment indispensable. »
 

George Pau-Langevin, « Représenter le peuple français », éditions Dittmar, avril 2011, 243 pages, 15 euros. 

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