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Nickel, manganèse : la "route de l'acier" est coupée

Début avril dans le nord de la Chine. Les eaux grises du port de Rizhao accueillent en plus grand nombre les minéraliers qui nourrissent l'appétit insatiable des usines chinoises d'acier inoxydable. Une situation qui profite aux producteurs de nickel… 

Minéralier de nickel dans le port de Vavouto, en Nouvelle-Calédonie. © Alain Jeannin
© Alain Jeannin Minéralier de nickel dans le port de Vavouto, en Nouvelle-Calédonie.
  • Par Alain Jeannin
  • Publié le
Les navires russes ou canadiens attendent dans la baie de Rizhao balayée par les vents, sans débarquer leur précieuse cargaison de ferronickel. Cette attente est due à la forte progression des cours du métal à la bourse des matières premières de Hongkong, le bras asiatique du London Metal Exchange (LME) de Londres. Les capitaines des navires attendent l'ordre de débarquer leur chargement de nickel. Il n'arrivera que lorsque la cargaison aura été vendue. L'attente peut durer plusieurs jours. La période est à la spéculation haussière, le nickel frôle désormais les 18.000 dollars la tonne. 
 

La Chine représente 44 % de la demande mondiale de nickel

L'ordre arrivera par Internet de Russie ou de Toronto. Il surviendra après la négociation qu'un Trader de Hongkong aura conclu avec un autre Trader aux ordres de Tsingshan, l'un des grands producteurs d'inox du nord de la Chine et gros consommateur de nickel.
 
Ces navires qui attendent un ordre venu d'ailleurs démontrent que la Chine n'est pas encore arrivée à contrôler le prix et le volume des matières premières. Cette politique permanente de sécurisation des minerais est essentielle pour le pays qui compte à lui seul pour 44 % de la demande mondiale de nickel.
 

Le marché des métaux et les traders du nickel sont à la fête

Depuis deux mois, les cours du métal remontent à une vitesse vertigineuse. La raison est connue, le procédé chinois de Nickel Pig Iron (NPI), mis au point en 2005 est fragile et fondé sur l'utilisation d'un minerai à faible teneur en provenance principalement d'Indonésie. Or ces exportations ont cessé, elles sont désormais soumises à embargo. Pour Pékin, la route de Djakarta est donc coupée. En conséquence, les stocks chinois de nickel indonésien s'épuisent, Pékin doit modifier ses fours et se tourner vers des producteurs traditionnels.
 
Le marché des métaux et les traders du nickel, ceux de Londres ou de Hongkong sont à la fête, ils servent d'intermédiaire. Ils se remplissent les poches avec les cours du nickel qui sont de plus en plus élevés. La dernière analyse de Morgan Stanley envisage même un retour à des pics supérieurs à 30.000 dollars la tonne ! De la pure et folle spéculation pour le moment. Le chiffre de 30.000 dollars fait sans doute rêver les producteurs calédoniens de nickel. Ce prix résoudrait ou dissimulerait bien des problèmes de rentabilité.
 

La route ukrainienne du manganèse est coupée 

La région pluvieuse du Donbass, dont Donetsk est la capitale, est le bassin minier, le siège de l'industrie lourde et la région la plus peuplée de l'Ukraine, mais aussi la plus riche : 25 % des richesses du pays sont produites dans cette zone.
 
À deux heures de route de la capitale du Donbass, la ville de Dnepropetrovsk est le siège d'Interpipe, une entreprise ou plutôt un conglomérat qui produit des moteurs pour les sous-marins russes ou encore des tubes en acier pour les gazoducs. Interpipe est aussi et surtout l'un des premiers producteurs mondiaux de manganèse, une matière première indispensable à la production mondiale d'acier au carbone. La situation en Ukraine perturbe depuis plusieurs semaines les livraisons de manganèse d'Interpipe. Les routes et les ports sont paralysés.
Les industriels européens et américains se tournent encore plus qu'auparavant vers le numéro deux mondial du manganèse : Le groupe français Eramet.
 

Eramet-Comilog de Moanda à plein régime au Gabon

Au Gabon, l'usine Eramet-Comilog de Moanda tourne à plein régime, malgré un sérieux accident qui s'est produit fin mars et dont personne n'a parlé. Le train du manganèse, celui d'Eramet qui relie Franceville à la capitale gabonaise a déraillé à son arrivée au port minéralier d'Owendo. Une quarantaine de wagons chargés de manganèse a basculé dans un ravin. Sans faire de victimes. Le trafic ferroviaire a été interrompu plusieurs jours. Pas de quoi interrompre durablement les livraisons du producteur français aux anciens clients de l'ukrainien Interpipe. Et ils sont nombreux.
 
Ces sidérurgistes de l'acier sont fébriles et dépendants. La remontée du cours de l'action Eramet est donc liée aussi à la hausse brutale des cours du manganèse. Principale conséquence pour Eramet, la remontée des cours du nickel à Londres et les ventes en forte hausse de manganèse gabonais améliorent la trésorerie de l'entreprise dans son ensemble et celle de la SLN en particulier. « It's a wild world ».
 

alain.jeannin@francetv.fr

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