De Nouméa à Charleroi, la longue route du nickel

nickel
nickel Charleroi
©Alain Jeannin
L'usine sidérurgique de Charleroi, en Belgique, reçoit chaque année plusieurs milliers de tonnes de nickel pur produit en Nouvelle-Calédonie. C'est ici que se produit l'alchimie qui permet la fabrication de l'acier inoxydable. Reportage. 
Du quai ensoleillé de l'usine métallurgique de Doniambo au quai pluvieux de l'usine sidérurgique Aperam de Charleroi, il n'y a pas que la couleur du ciel qui change. C'est toute l'alchimie du minerai de nickel calédonien qui s'opère. Le SLN 25 est un "chips de métal". La meilleure matière première de l'acier inoxydable.

Le paysage wallon est façonné par la sidérurgie. La grande usine Aperam de Charleroi se fond dans le paysage. La crise, passée par là s'est éloignée avec la construction en 2005 d'une aciérie d'acier inoxydable qui produit près de 800 000 tonnes d'inox chaque année. Sous forme de bobines de 20 tonnes dont la valeur par unité, et selon les cours du nickel à Londres, va de 40 à 50 000 euros.
Bobine nickel Belgique
©Alain Jeannin

Pacifique Express : la CMA-CGM assure avec Eramet la régularité des livraisons de nickel

Pour Aperam, l'année passée a été un exemple en terme de tonnage de Ferro-nickel livré par la SLN. L'usine de Doniambo en a fourni près de 10 000 tonnes, soit environ 3 000 tonnes de nickel pur produit en Nouvelle-Calédonie. Le transport du nickel a été effectué par un porte-conteneur de la CMA-CGM, le "Latour", dont la silhouette est familière dans le port de Nouméa. La longue route du nickel emprunte toujours le canal de Panama, elle fait escale à Savannah sur la côte Est des Etats-Unis. Premier déchargement du SLN 25, mais pour la sidérurgie américaine de la "Belt Rust" la ceinture des usines de la vallée de l'Ohio. 
Au terme d'un trajet maritime de 49 jours, près de 600 containers, remplis chacun de 26 tonnes de Ferro-nickel, ont été débarqués en 2013 sur les quais d'Anvers ou de Rotterdam. La longue noria des camions a pris le relais et la route de Charleroi en Belgique. En fonction des commandes, il n'est pas rare que l'usine sidérurgique réceptionne jusqu'à 5 containers par jour. Eramet a pris le relais de la SLN. Le dernier groupe minier français affrète les camions qui font chacun 2 rotations quotidiennes. Et à chaque fois, ce sont 26 tonnes de ferro-nickel produit à Doniambo qui sont transportées.
Nickel Belgique
Conteneur de ferronickel calédonien SLN25 ERAMET pour l'acier inoxydable APERAM à Charleroi ©Alain Jeannin

Métal calédonien, acier belge ! Le nickel et la mondialisation de l'économie

Le cadencement des livraisons de SLN 25 sur le quai de la grande usine de Charleroi est donné par Yves Bernis. Le grand gourou du nickel est un passionné pour qui le sous-sol calédonien n'a pas de secret. Cet ingénieur maîtrise l'ensemble des processus de fabrication de l'acier inoxydable, c'est lui qui contrôle l'alchimie qui va permettre la fabrication de l'inox :  "Nous ne stockons rien au sol, car le nickel vaut cher, il est précieux. Chaque livraison part immédiatement sur un tapis vers les convertisseurs et les fours électriques : le Ferro-nickel a une composition parfaite et régulière. Pour nous, c'est essentiel".
Les fours électriques et le convertisseur vont permettre l'alchimie. La température va monter jusqu'à 1800 degrés. Yves Bernis a toute la confiance de Vincent Lambert, le directeur de l'aciérie. Le savoir-faire des sidérurgistes de Charleroi et la qualité de leur inox en font des concurrents redoutables pour l'Allemand Thyssen qui achète son nickel en Russie.
 
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Barre d'acier inoxydable (nickel SLN) dans l'usine Aperam de Charleroi en Belgique. ©Alain Jeannin

Métallurgistes du nickel, aciériste de l'inox, une fierté ouvrière

Il y a chez ces deux sidérurgistes belges une forme de reconnaissance vis-à-vis des métallurgistes calédoniens de la SLN. Comme l'explique Vincent Lambert : "Sans le SLN 25, nos produits ne seraient pas aussi parfaits. Bien sur, il y a d'autres sources d'approvisionnement, mais ce nickel permet d'optimiser notre démarche qualité. Il n'y a jamais de mauvaise surprise". L'acier de Charleroi sera affiné à Isbergues près de Béthune. Puis il sera livré à ses clients de l'industrie automobile ou de l'électro-ménager. L'acier inoxydable subira une dernière transformation. Le produit final ? Des pots d'échappement, des machines à laver, des éviers dont certains repartiront en Nouvelle-Calédonie.

L'usine Aperam de Charleroi produit chaque année plusieurs dizaines de milliers de barres ou "brames" de 20 tonnes. L'acier, totalement inoxydable, a une teneur en nickel de 8 % et il a une durée de vie presque éternelle. À Charleroi, l'aciérie fonctionne en continu. Quand la nuit tombe, le cadencement du métal ne s'interrompt pas. À Anvers ou à Rotterdam, sur les docks du nord, de nouveaux conteneurs de nickel du Pacifique Sud attendent l'aube du jour.
Usine nickel Belgique
©Alain Jeannin

 

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