L'affaire du juge de Mayotte mis en examen pour viol sera instruite à Paris

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La Cour de cassation de Saint-Denis de la Réunion a décidé que l'affaire du juge Hakim Karki, mis en examen pour viol, serait instruite à Paris, selon une source judiciaire. 
"La Cour de cassation a dessaisi le juge d'instruction du tribunal de grande instance de Saint-Denis et a confié l'instruction du dossier à un juge du tribunal de grande instance de Paris", a indiqué jeudi Bruno Badré, substitut général à la cour d'appel de Saint-Denis. Cette décision a été prise "dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice", a-t-il ajouté.
 

Assigné à résidence 

Magistrat au tribunal de grande instance de Mamoudzou (Mayotte), Hakim Karki a été mis en examen pour viol au début du mois par trois juges d'instruction de Saint-Denis de La Réunion. Il a ensuite effectué quatre jours de détention avant d'être remis en liberté et assigné à résidence.
 
Hakim Karki exerçant dans une juridiction dépendant de La Réunion, c'est à la demande du procureur général de Saint-Denis que le dessaisissement a été prononcé par la Cour de cassation.
 
La plaignante est une jeune femme d'une trentaine d'années. Les faits présumés remontent à la nuit du 1er au 2 juillet. Après une soirée passée dans un restaurant de Mamoudzou, Hakim Karki serait rentré chez lui en compagnie de la plaignante, qui affirme que le magistrat l'a ensuite violée. M. Karki reconnaît avoir eu des relations sexuelles avec la jeune femme mais affirme qu'elles étaient consenties.
 

Aucune confrontation 

Le procureur de Mayotte, Joël Garrigue, s'était lui-même dessaisi de l'enquête, Hakim Karki étant magistrat dans le même tribunal que lui. Les investigations ont donc été confiées au parquet de Saint-Denis de La Réunion. Le juge Karki a été transféré le 7 juillet à La Réunion, la juridiction la plus proche de Mayotte dont elle dépend.
 
Aucune confrontation n'a encore été organisée entre le juge et la plaignante. La jeune femme a quitté Mayotte pour la métropole le 6 juillet.
Cette situation a provoqué la colère de plusieurs avocats du barreau de Mamoudzou. Dans une motion publiée la semaine dernière, ils estiment que des "atteintes graves aux droits de la défense (ont été) perpétrées au cours de cette procédure" et regrettent "la précipitation avec laquelle la décision de déférer le magistrat a été prise, sans une enquête sérieuse et équilibrée", ainsi que "l'absence, à (leur) connaissance, de vérification de la crédibilité des propos de la plaignante".
 
Le juge Hakim Karki instruisait plusieurs dossiers très sensibles. Il était notamment chargé de l'instruction de l'affaire Roukia, du nom d'une jeune fille morte d'une overdose en 2011. Ce dossier à multiples rebondissements met en cause des membres des forces de l'ordre appartenant au groupe d'intervention régional (GIR) dans une affaire de trafic de drogue entre Mayotte et les Comores. Plusieurs tentatives pour dessaisir Hakim Karki de ces dossiers n'avaient pas abouti.