Essais nucléaires en Polynésie : demande d'indemnisation rejetée par la justice à Nantes

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Moruroa nucléaire
Photo de l'essai nucléaire "Licorne 1" du 3 juillet 1970 sur l’atoll de Moruroa en Polynésie française. ©AFP
Jugeant que son mari n'aurait pas été "particulièrement exposé aux risques nucléaires en Polynésie", le tribunal administratif de Nantes a rejeté ce mois-ci la demande d'indemnisation de la veuve d'un matelot. Atteint par plusieurs cancers, ce dernier avait séjourné à Moruroa entre 1966 et 1967.
Cancer cutané, cancer du poumon, cancer de la vessie... Décédé en 2004, cet ancien matelot a développé de multiples maladies des dizaines d'années après avoir séjourné à Moruroa, en Polynésie, pour son service militaire. A-t-il été victime des essais nucléaires menés dans la région à cette époque ? Non, d'après le tribunal administratif de Nantes, qui a rejeté, le 20 juillet, la demande d'indemnisation présentée par son épouse.

Se tourner vers la justice, c'est le parcours "classique" des victimes d'essais nucléaires dont les demandes ont été préalablement rejetées par le Civen (Comité d'indemnisation des victimes d'essais nucléaires). S'il arrive que les tribunaux administratifs se montrent plus cléments, ça n'a pas été le cas à Nantes.

L'atoll de Moruroa
L'atoll de Moruroa, au beau milieu de l'océan Pacifique. ©Google Maps

"Pas particulièrement exposé aux risques nucléaires"

"Considérant que les maladies dont Monsieur X a souffert ont été diagnostiquées respectivement 28 ans, 35 ans et 37 ans après la fin de son affectation en Polynésie française et qu'il était affecté sur des navires situés à une distance de sécurité conforme à la réglementation, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait été particulièrement exposé aux risques nucléaires", note le tribunal administratif de Nantes dans sa décision.

Un argumentaire qui fait bondir Jean-Luc Sans, président de l'Association des vétérans des essais nucléaires (Aven). "A partir du moment où cette personne n'a pas assisté directement à une explosion nucléaire, le Civen et le tribunal administratif considèrent qu'elle n'a pas été touchée. Or ce monsieur travaillait bel et bien dans un milieu contaminé." Et d'ajouter, rageur : "Ces jugements sont vraiment faits à l'emporte pièce...". Pour l'heure, nous ne savons pas si l'épouse de cet ancien matelot a décidé de faire appel.
Peu d'indemnisations
Au 31 décembre 2014, sur plus de 900 dossiers examinés par le Civen, seules 17 personnes ont été indemnisées (dont 13 ayant résidé ou séjourné en Polynésie française), auxquelles il faut ajouter la centaine de requérants ayant obtenu indemnisation après s'être tournés vers la justice administrative.