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"Décoloniser les arts" : la charte d’un collectif d’artistes de la diversité contre les discriminations dans le spectacle

L’association « Décoloniser les arts », qui comprend notamment des professionnels de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Réunion, vient de publier un manifeste et une charte destinés aux décideurs du spectacle. Objectif : lutter contre les discriminations dans le domaine de la culture. 

Affiches de promotions de spectacles au Festival d’Avignon. © Philippe Triay
© Philippe Triay Affiches de promotions de spectacles au Festival d’Avignon.
  • Par Philippe Triay
  • Publié le , mis à jour le
Le collectif « Décoloniser les arts » a envoyé son manifeste et sa charte à un peu plus de 300 directrices et directeurs de théâtre, de festivals, ainsi qu’à de nombreux responsables culturels. Faisant le constat « d’une réalité alarmante », cette association d’artistes et de professionnels de la culture, « porteurs et porteuses de Cultures minorées », comme elle se définit, a décidé d’agir « contre les discriminations ethniques dans le spectacle vivant et les arts. » Le collectif compte parmi ses fondateurs la dramaturge et romancière Gerty Dambury (Guadeloupe), le comédien et metteur en scène Jalil Leclaire (Guadeloupe), la chorégraphe Sandra Sainte-Rose Fanchine (Martinique) ainsi que l’écrivaine Françoise Vergès (La Réunion), entre autres.
 

Inciter les professionnels à s'engager 

« La réalité nous invite à une réflexion en profondeur dans nos pratiques : pouvons-nous continuer à affirmer une Culture qui ne ressemble plus à la population française d’aujourd’hui ? Si la Culture est le moyen de lutter contre les replis identitaires, une Culture qui exclut et ne considère pas prend le risque de contribuer à l’apparition de certains identitarismes, nationalismes ou extrémismes religieux de tous crins », écrit le collectif dans son manifeste.
 
« Vous savez mieux que personne la triste corrélation entre les origines de ceux qui sont sur les plateaux et de ceux que l’on espère dans les salles. Où sont les Noirs, les Arabes, les Asiatiques, les Latins, les Français des cultures minorées dans les Théâtres de France ? Dans la Culture de France ? », poursuit le texte. Et l’association d’inciter les professionnels de la culture à s’engager et faire place à une plus grande diversité dans les théâtres, pour que toutes et tous « puissent se reconnaître sur les plateaux ».

Où sont les Noirs, les Arabes, les Asiatiques, les Latins, les Français des cultures minorées dans les Théâtres de France ? Dans la Culture de France ?" (Le collectif "Décoloniser les arts") 










La collectif souhaite des statistiques ethniques pour avoir une idée plus précise de la diversité existante et des pratiques à l’œuvre, afin d’instaurer des actions volontaristes visant une meilleure représentation des cultures marginalisées. A cet égard, un questionnaire spécifique a été élaboré à l’intention des décideurs du spectacle, pour faire l’état des lieux et éveiller les consciences. Exemple de question : « Dans votre établissement, les "non-blancs" sont-ils principalement programmés en danse et en musique (domaines de compétences généralement concédés aux Noirs dans un imaginaire colonial) ? »
 

Cinq domaines d'intervention

Un lexique visant à « faire avancer l’acceptation de la diversité », et qui ne manque pas d’humour, est également proposé. Morceaux choisis : « Discrimination positive : cela n’existe pas. C’est une mauvaise traduction plus ou moins volontaire de "positive action". Nous lui préférons donc la traduction d’ "action positive contre les discriminations". Et d’un seul coup il devient plus facile et plus positif d’être volontaire quand on empêche les détenteurs du privilège blanc de définir notre langage ! » ; « Black : il serait préférable de ne pas. À part notre premier ministre, personne ne parle de "White" pour définir les Blancs. » ; « Noir : n’est pas un gros mot, aucune gêne à avoir. Un Noir, une Noire. »
 
Pour finir, l’association « Décoloniser les arts » propose cinq domaines d’intervention dans les actions publiques : la programmation, la production, la formation, l’emploi et les récits. Elle publie également sa charte fondatrice dans laquelle ses ambitions sont clairement affichées, notamment : « Faire reconnaître nos esthétiques singulières et ne plus avoir à nous justifier de leur caractère universel » ; et « faire reconnaître, au sein du débat actuel sur le manque de visibilité, la problématique particulière des artistes racisé.E.s de nationalité française constamment ignoré.E.S. »
 

LIRE le manifeste et la charte du collectif « Décoloniser les arts » 

 

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