A La Réunion, le choix de la Fondation Brigitte Bardot sur l’errance animale passe mal

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Brigitte Bardot.
Brigitte Bardot. ©ERIC FEFERBERG / AFP
La décision du gouvernement de confier une étude sur l’errance animale en outre-mer à la Fondation Brigitte Bardot fait polémique. L’ancienne actrice va en effet passer devant les tribunaux le 7 octobre prochain pour « injures raciales » envers les Réunionnais.

L’errance animale dans les territoires ultra-marins est un véritable problème. A La Réunion, ce phénomène est devenu un fléau. En effet, pour une population de 850 000 habitants, il y aurait selon le dernier recensement effectué sur l’île en 2018, une population de 222 800 chiens. Malheureusement, le tiers d’entre eux, soit environ 73 000 canidés, ère dans la nature, sur les routes, ou rôde autour des habitations.

Pour lutter contre ça, l’Etat a lancé au début de cette année un appel à projet auprès des associations réunionnaises avec une enveloppe de 300 000 € pour endiguer la prolifération des canidés. De plus, le gouvernement, dans le cadre du Plan de Relance dans les outre-mer, a lancé un audit sur ce problème d’errance animale. Seulement, c’est l’association choisie qui pose problème.

Chiens errants
Des chiens errants (photo d'illustration). ©JOEL ROBINE / AFP

"Notre dignité n’est pas à brader" : affirme le député de La Réunion, Jean-Hugues Ratenon (LFI).  Il faut dire que les propos tenus par Brigitte Bardot dans une lettre adressée à l’ancien Préfet de La Réunion en 2019 avaient provoqué un tollé général. Elle avait écrit "J’ai honte de cette île, de la sauvagerie qui y règne encore, des risques que prennent les êtres humains qui tentent au péril de leurs vies de sauver des chiens, des chats pris pour cible par une population dégénérée encore imprégnée des coutumes ancestrales, des traditions barbares qui sont leurs souches". De véritables insultes que toute la classe politique avait condamné, à commencer par la Ministre des Outre-mer de l’époque, Annick Girardin.

Un problème à régler

Le député de la France Insoumise a envoyé une lettre au Ministre de l’Agriculture et de L’Alimentation, Julien Denormandie pour dénoncer ce choix. Pour Jean-Hugues Ratenon, l’errance animale est un fléau à régler, arguant que "si nous voulons régler ces problèmes, nous pouvons le faire dans la dignité, il y a un respect à avoir", avant d’ajouter que "si la politique en France, c’est l’argent plus que la dignité, ce n’est pas normal". Pour lui, d’autres associations peuvent parfaitement réaliser cette étude.

Chien SPA
©Réunion la 1ère

A cause du manque de place dans les refuges de l’île, les euthanasies sont particulièrement nombreuses. Selon la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de La Réunion, en moyenne, 7 250 chiens et 2 250 chats sont euthanasiés chaque année. Ce chiffre très élevé fait que 19 % des euthanasies pratiquées sur le sol français le sont à La Réunion. A cela, il convient d’ajouter les chiens et chats écrasés sur la route chaque année, au nombre de 6 500 environ.

Un coût et des solutions 

Les conséquences de l’errance animale sont lourdes à supporter pour les Réunionnais et les pouvoirs publics locaux, tant financièrement qu’écologiquement. Tout d’abord, selon La Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt, l’euthanasie est mal tolérée par la population. De plus, cela à un coût, entre 30 et 90 € selon la taille et le poids de l’animal. A cela, il convient d’ajouter les frais de crémation qui se situent entre 40 et 200 €. Un prix total qui grimpe vite et qui coûte cher aux autorités locales.

Un prix qui est aussi lourd pour les particuliers et la sécurité sociale puisqu’environ 27 000 personnes sont mordues chaque année ! En plus des morsures, la présence de ces animaux sur le bord des routes provoque des accidents. Ajouter à cela la prédation des chats sur les oiseaux dont certaines espèces sont en danger critique d’extinction, le problème des animaux errants devient vite un problème majeur pour l’île de La Réunion.

Heureusement, des solutions existent, mais la difficulté est leur mise en œuvre. Pour Jean-Hugues Ratenon, « la première mesure, la mesure phare, c’est la stérilisation de masse, il faut mettre le paquet dessus ». Le but est d’empêcher la reproduction de ces animaux errants, qui sont aujourd’hui à 80 % non-stérilisé. Une solution à compléter avec l’augmentation du nombre de refuges et une aide financière selon le député. Une errance des animaux qui est un véritable problème et auquel essaye de faire face l’Etat, mais le choix de la Fondation Brigitte Bardot pour effectuer un audit dans les outre-mer, fait tache.

 

Regardez ce reportage d'Inès de Rousiers sur l'accueil des chiens errants dans l'Hexagone :