À Lyon, un "bokit suspendu" pour aider les étudiants ultramarins en difficulté

solidarité
La Caribéenne / Maïna Rinaldo
Maïna Rinaldo, propriétaire du restaurant La Caribéenne à Lyon, propose des "bokits suspendus" pour les étudiants en situation de précarité pendant le confinement. ©La Caribéenne / Maïna Rinaldo
Le confinement a permis de faire naître de nouveaux élans de solidarité, notamment dans la communauté ultramarine. C'est le cas à Lyon où Maïna Rinaldo, restauratrice antillaise, vient de lancer le concept de "bokit suspendu" pour aider les étudiants précaires.
Après le café suspendu et la baguette suspendue, voici venu le bokit suspendu. La solidarité à la sauce antillaise. Le concept a été lancé par Maïna Rinaldo, propriétaire du restaurant La Caraibéenne à Lyon. Dans cette enseigne, elle propose des plats traditionnels des Antilles, dont des bokits, ces fameux sandwich frits de la Guadeloupe. Vendu 6,50 euros en temps normal, Maïna Rinaldo peut le proposer gratuitement aux étudiants précaires grâce à cette astuce du bokit suspendu. 
 

Opération générosité réussie

Le principe est simple : "Mes clients, ou d'autres personnes, me font un don de 3 euros qu'ils payent sans contact", explique-t-elle. Elle ajoute les 3,50 manquants avant de prévenir la Maison des Outre-mer de Lyon, avec elle qui elle fonctionne. "Je note chaque don et l'association me dit de combien de bokits ils ont besoin". La maison des Outre-mer se charge ensuite d'identifier les étudiants en situation de précarité et de leur distribuer les bokits.

Avec le confinement, le nombre d'étudiants en difficulté a fortement augmenté. Pour la première semaine du bokit suspendu, la Maison des Outre-mer a identifié 37 étudiants dans le besoin, majoritairement des Mahorais. Une situation compliquée bien connue dans la communauté ultramarine, à en croire le succès immédiat de l'opération solidaire lancée par l'association et par Maïna Rinaldo : dès le lendemain de sa mise en place, elle a reçu 47 dons. Le surlendemain, 79. De quoi "retrouver le goût des Antilles", note la restauratrice, le sourire dans la voix.
 
Des racines très importantes pour la jeune femme de 35 ans, reconvertie dans la restauration tout récemment, après 7 années de travail en tant que consultante en ressources humaines. "C'est une fierté de pouvoir cuisiner les plats traditionnels de la cuisine antillaise", confie-t-elle. "Ce n'est pas mon coeur de métier, c'est une passion. Et c'est un métier très difficile. Mais c'est là que je retrouve des étoiles dans les yeux, grâce aux retours de mes clients."
 

Systèmes D et solidarité

La débrouillardise, les sytèmes D et l'entraide, Maïna Rinaldo connaît. Toute jeune, elle a quitté ses parents installés à Lyon pour aller étudier à Paris. "Ma mère est ouvrière et mon père est décédé quand j'avais 19 ans. Donc je n'ai pas eu d'aides et je sais ce que c'est de vivre juste avec la bourse." Difficile aujourd'hui pour les étudiants de compter sur cette débrouillardise et les jobs étudiants, alors que tout a été stoppé par le confinement général le 17 mars dernier. Les restaurants universitaires ont fermé et les associations sont débordées. 

Le local de Maïna, ouvert début mars dans le 7ème arrondissement de Lyon, a lui aussi dû fermer ses portes au bout de deux semaines seulement de fonctionnement. Heureusement, elle a pu maintenir son activité grâce à un laboratoire de préparation où elle peut continuer de cuisiner pour assurer les livraisons. Et conserver, aussi, cet esprit de solidarité. Qu'en sera-t-il dans les mois à venir ? "Je pense qu'il n'y aura pas de fin" au bokit suspendu, affirme Maïna. "Même après le confinement il y aura toujours des besoins."
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