Amazonie : appel des Amérindiens pour une "alliance mondiale" contre l’exploitation pétrolière

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Un membre de la nation Achuar, en train de pêcher sur le fleuve Amazone en Équateur (photo d'illustration) ©JAMES MORGAN / Robert Harding Premium / robertharding via AFP
Les Amérindiens des bassins sacrés de l’Amazonie, en Equateur et au Pérou, appellent à l’aide la communauté internationale. Ils craignent que la crise liée au coronavirus ne soit un prétexte pour relancer les forages pétroliers désastreux pour leur région.

Nous, peuples autochtones, sommes unis maintenant, mais cela nécessite une unité mondiale, une conscience mondiale. Par conséquent, nous avons parlé d'une "alliance mondiale", une alliance entre les peuples autochtones et d'autres frères non autochtones, conscients que nous devons tous ensemble construire de nouvelles voies.

 
C'est l'appel à l’aide de Domingo Peas et d’autres dirigeants amérindiens en direction de la communauté internationale, via l’agence Reuters. Le coordinateur de la campagne de protection des bassins sacrés de l’Amazonie mène une lutte sans merci contre les forages pétroliers. Objectif : en luttant contre le changement climatique, protéger un mode de vie ancestral respectueux de la nature. "Nous avons pris soin de notre forêt tropicale toute notre vie, nous invitons donc tout le monde (à partager) cette conscience." 
 

"L’Amazonie purifie l’air" de tous mais "le pétrole et les mines détruisent le fleuve"

Domingo Peas est membre de la nation Achuar (18 000 personnes), l’un des vingt peuples regroupant les 500 000 Amérindiens qui vivent dans cette région à cheval sur l’Equateur et le Pérou, en amont de l’Amazone. Le leader indigène suggère que leur lutte bénéficie à l’ensemble des habitants de la planète, en particulier aux nouvelles générations :
 

Pour les jeunes du monde, qui sont dans le monde moderne, beaucoup croient que la forêt est si loin qu’elle n’a pas d’effet sur le changement climatique. Maintenant, les grands scientifiques savent que le plus grand rôle de l'Amazonie c’est que l'Amazonie purifie l'air pour l'ensemble du continent. Il est donc important de ne plus extraire de pétrole, car le pétrole et les mines détruisent le fleuve.

 
Effectivement, dans le passé, des fuites d’oléoducs ont pollué des cours d’eau utilisés pour l’eau potable, nuisant aux humains et aux animaux.
 

Gisements de pétrole et projets de forage

Les gisements de pétrole et de gaz se répartissent sur 725 000 km2. C’est 1,3 fois la France. Près de huit fois et demie la Guyane. Actuellement, seuls 7% de ces gisements sont utilisés. Mais les autorités équatoriennes et péruviennes souhaitent en exploiter 40% supplémentaires. Notamment dans des forêts abritant de nombreux animaux sauvages, comme le parc national équatorien Yasuni, craignent les Amérindiens. D’autant que l’expérience du passé prouve que nouveaux forages nécessiteraient le percement de routes provoquant une déforestation rapide.
 

Crainte que le Covid justifie l’extension des forages

Auparavant les communautés avaient réussi à bloquer les nouvelles exploitations par voie judiciaire. Mais la volonté des autorités pourrait être exacerbée par la crise du coronavirus qui a fortement affaibli l’économie des pays de la région. C’est du moins ce que redoute Tuntiak Katan, membre de la communauté autonome shuar et vice-coordinateur de COICA (Coordination des Organisations Autochtones du Bassin Amazonien) :

Avec la justification qu'il est nécessaire de relancer l'économie du pays, les zones les plus touchées seront celles-ci, car il y aura une activité extractive plus intense, via la production de pétrole et l'exploitation minière. Donc la pression environnementale, socioculturelle sera très forte. Elle peut peut-être causer un problème, plus grave que ce que nous vivons. Il s'agit d'un danger fondamental !

 

Développement "post-extractiviste"

Tuntiak Katan déplore qu’en 50 ans l’Equateur et le Pérou n’aient pas trouvé d’autre système de développement économique, qu’il n’y ait pas eu d’investissement dans les énergies alternatives moins nocives. Au lieu d’un modèle qui, selon lui, "nuit aux peuples indigènes, endommage leurs espaces de vie, leurs espaces sacrés" et "l’eau, vitale pour l’Humanité", il propose un changement de cap majeur :

Arrêtons-nous maintenant et changeons le mécanisme, le style, vers un développement post-extractiviste. Que la relance économique se fasse avec des principes écologiques, des principes éthiques et le respect des droits de l'homme, pour les peuples autochtones et les collectivités qui vivent dans le secteur.

 
Un vœu que Domingo Peas résume et veut donc faire appliquer par, et surtout "pour, l’ensemble de l’Humanité, pas seulement pour les peuples indigènes" : "Plus de pétrole ! Pour créer de nouveaux systèmes de développement, créer de nouveaux systèmes énergétiques."
 

Une région vitale pour la survie de l’Amazonie

En attendant, la région abrite des jaguars, des dauphins roses d’eau douce, des anacondas, des singes hurleurs, et des milliers d’autres espèces. En de nombreux endroits elle n’a pas été touchée par le monde moderne. Elle est considérée comme vitale pour l’intégrité de l’Amazonie.

Un élément d’autant plus important que la plus grande forêt de la planète a subi des dégâts importants, particulièrement au Brésil, à cause de la déforestation et des incendies.

Il y aurait même urgence : le recul de l’écosystème pour les cultures de soja et autres produits d’exportation a été massif. Au point que des scientifiques pensent qu’il pourrait passer d’absorbeur net de CO2, à émetteur majeur de gaz à effet de serre. On imagine aisément le bouleversement climatique majeur que cela provoquerait.
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