Antoine Kombouaré : "J’ai toujours compris qu’avec le métier d’entraîneur, je n’étais que de passage" [#MaParole]

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Antoine Kombouaré #MaParole
©Cécile Baquey
Footballeur professionnel puis entraîneur, Antoine Kombouaré a enchaîné les clubs avec une faculté d’adaptation assez rare. Natif de Plum au Mont-Dore en Nouvelle-Calédonie, il poursuit sa carrière de coach au FC Nantes où il s’est formé. Il a accepté de se raconter dans #MaParole.

"Si tu m’avais dit que j’allais entraîner le PSG, je t’aurais pris pour un fou" s’était exclamé Antoine Kombouaré répondant aux questions de Wallès Kotra qui lui a consacré un livre d’entretien (Editions Au vent des îles). Et pourtant, il l'a fait et il est à ce jour toujours entraîneur d’un grand club français, à savoir le FC Nantes.

Certes, sa carrière a connu des hauts et des bas, mais dans le football le nom de Kombouaré rime avec entraineur. Un métier qu’il a complétement endossé au point de ne plus pouvoir s’en passer. Sauf pour aller jouer au golf, son autre passion.

 

#1 De Plum à Nantes

►Antoine Kombouaré 1/3

Né à Nouméa en 1963, Antoine Kombouaré a passé son enfance à Plum au Mont-Dore chez ses grands-parents. Ses parents se sont séparés quand il avait 7 ans et chacun a fait sa vie de son côté. Il est resté avec les grands-parents et n’a jamais eu à le regretter. La vie était douce à Plum, "vraiment heureuse", souligne Antoine Kombouaré dans #MaParole. Le week-end, la famille se rassemblait. Or "la famille, on sait où elle commence, on ne sait pas où elle s’arrête" rappelle l’entraîneur qui a apprécié "ces moments de partage et de repas au bord de la mer".

Pendant la semaine, entre les activités sportives nombreuses et l’école, l’enfant n’avait guère le temps de s’ennuyer. Ses premiers pas de footballeur, il les a faits au Mont-Dore avec les copains ou à l’île des Pins dans les tribus pendant les vacances scolaires. A Plum, il pratiquait d’autres sports comme le hand-ball, le basket et l’athlétisme. A l’âge de 15 ans, on lui a proposé de faire un stage au PSG, mais ses grands-parents ont refusé. "Dans les années 80, la métropole, c’était loin et pour eux, c’était comme l’étranger". Antoine Kombouaré n’a pas insisté. Pour sa famille, il était trop tôt pour partir. A 16 ans, il a intégré le club de Wajekol créé par son oncle. "C’était un club de copains, on avait un entraînement et un match par semaine", se souvient-il

Puis en 1983, Antoine Kombouaré est parvenu à se faire sélectionner aux jeux du Pacifique. Ils se déroulaient à Apia dans les îles Samoa. Le footballeur s’est fait à nouveau remarquer. A 19 ans, on lui a proposé d’aller faire un essai à Nantes. Il en rêvait. Cette fois, sa famille n’a pas eu le cœur de lui refuser cette opportunité. Il était "assez mûr" pour partir. Le jour de son départ, à l’aéroport de la Tontouta, "il y avait énormément de monde". Antoine Kombouaré s’en souvient "comme de moments très durs". Même s'il avait décidé de partir, la séparation avec la famille a été particulièrement dououreuse.

 

#2 Casque d'or

►Antoine Kombouaré 2/3

"Quitter la famille, c’est un déchirement", insiste l’entraîneur dans #MaParole. A Nantes, personne ne l’attendait. Il a fallu rapidement s’acclimater. Le froid, la solitude, le travail, l’isolement, Antoine Kombouaré les a endurés. "J’avais deux solutions : soit je me battais pour rester, soit je baissais les bras", raconte-t-il dans #MaParole. Grâce aux coups de fil passés à la famille, après avoir fait la queue devant la cabine téléphonique, il a tenu. Au bout de quelques mois, il a réussi à signer son premier contrat professionnel à Nantes. Le jour de la signature, il s’en rappelle encore. Il est allé pleurer et crier dans sa voiture tellement, il était content. A Nantes, le défenseur a fait quatre saisons. Il a même accueilli chez lui, les week-ends, les jeunes Christian Karembeu et Victor Zeoula en formation à Nantes.

Et puis il a eu envie de voir du pays. Il se voyait bien à l’OM et pour cela, il est parti à Toulon, la meilleure porte d’entrée pour Marseille à l’époque. Seulement voilà, l’entraîneur de Toulon Rolland Courbis a été embarqué par la police et la virée toulonnaise a tourné court. Antoine Kombouaré a alors été recruté au PSG. A Paris, le footballeur a vécu ses meilleures années de joueur. Grâce au but décisif, le 18 mars 1993, lors des quarts de finale de la coupe de l’UEFA face au Real Madrid, il a été surnommé "casque d’or". "Les gens m’en parlent encore", dit-il aujourd’hui. Après Paris, sa culture de la gagne et sa folie, Antoine Kombouaré a choisi la tranquillité. Sion en Suisse puis Aberdeen en Ecosse avant de finir sa carrière au Racing de Paris en nationale. Le joueur voulait devenir entraîneur. Il s’y était préparé dès l’âge de 26 ans. "J’avais envie de rendre au foot ce qu’il m’avait donné", dit-il.  

 

#3 Les chtis, le PSG et retour à Nantes

►Antoine Kombouaré 3/3

Son premier poste d’entraîneur, il l’a eu au PSG. Antoine Kombouaré s’occupait de la réserve. Puis direction Strasbourg et Valenciennes. A Valenciennes, le kanak a vécu une véritable épopée. Le club est passé en ligue 1 sous son impulsion. La gloire. Les supporters étaient ravis. "On a fait un parcours fantastique, avec un public chaud, des chtis amoureux de leur club", souligne-t-il.

Après de tels faits d’armes, l’entraîneur a été recruté au PSG. Il y a vécu encore des années intenses et compliquées. Avec l’arrivée du Qatar et de Leonardo, sa présence n’était plus souhaitée. "J’ai toujours compris qu’avec le métier d’entraîneur, je n’étais que de passage", note-t-il philosophe.  L’entraîneur a décidé de faire un break de six mois. Costa Rica, Etats-Unis, Tahiti, Nouméa, la Thaïlande et… Rurutu. Antoine Kombouaré a découvert l’île d’origine de la famille de sa femme : Rurutu, petite île de l’archipel des Australes.

C’est alors que l’Arabie Saoudite lui a proposé un contrat alléchant. Antoine Kombouaré a donc décidé de s’embarquer dans une nouvelle aventure : entraîner l’équipe d’Al Hilal en Arabie Saoudite. Pendant un an, l’entraîneur avec son traducteur tunisien a coaché l’équipe phare de Ryad. "L’ambiance était très chaude. Quand on perdait, on se faisait caillasser le bus", raconte-t-il. A son retour en France, Antoine Kombouaré a atterri dans un univers radicalement différent avec Lens. A Lens, le football, c’est une religion. Dans le stade, les supporters chantent "les corons", et Antoine Kombouaré n’a pas ménagé ses efforts pour faire monter Lens en ligue 1. Puis il est parti pour une nouvelle destination. Dijon, Toulouse, Guingamp, aujourd’hui le FC Nantes. La boucle est-elle bouclée ? Antoine Kombouaré confie penser à la retraite, mais pour l’instant, il ne pense qu’à une chose : maintenir coûte que coûte Nantes en ligue 1.

Antoine Kombouaré
Antoine Kombouaré ©Outremer La 1ère

A la prise de son : Anatole Debeaumont.

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►Reportage de RFO sur les premiers pas d'Antoine Kombouaré à Nantes ci-dessous 

 

♦♦ Antoine Kombouaré en 5 dates ♦♦♦

16 novembre 1963

Naissance à Nouméa

►13 novembre 1984

Premier match pro (Toulouse-Nantes)

►18 mars 1993

But face au Real de Madrid

1998

Entraineur au PSG

2021

Entraineur au FC Nantes